Culte des Ancêtres (1) : impressions, bilan, deuil

(For a short English version, click here)

Sometimes all you got to do is cry.

Cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. D’avoir une phrase très précise qui me tourne dans la tête au sujet de quelque chose de spirituel. Est-ce que c’est un message ? Une coïncidence ? Mon autre Moi qui me parle ? Ma Brochette ? (Bien que je crois ne jamais avoir utilisé ce mot-là publiquement ici avant ; ceci vous donnera une idée) Je ne sais pas. Le temps me manque pour demander les 3 signes de confirmation requis. Pas le temps d’attendre un rêve, pas l’énergie de me faire un tirage, ni de demander à quelqu’un un tirage complémentaire… Je crois qu’en fait peu importe d’où ça vient. Je prends cette phrase et je la place sur mon cœur. Je la ressens, je la laisse se diffuser, pour saisir son message. Et je médite.

Parfois on n’est que l’ombre de soi-même. Avec les années qui passent, on évolue, on a de nouvelles priorités, on a moins d’énergie ou pas pour les mêmes choses… Si mes croyances n’ont pas changé, mes pratiques « religieuses », elles, sont très dématérialisées, voire « désintégrées » même. D’autres choses ont pris la place. J’ai dû freiner, économiser mes forces. La croyance, l’amour (pieux), restent dans mon coeur, dans cet espace intime. Mais en termes d’action, je suis limitée. En fait, avoir des pratiques mystiques ce n’est pas juste avoir des pratiques. C’est tout un mode de vie. J’avais clairement adapté ma vie pour y creuser une part non négligeable et dédiée. Mais si je n’ai pas plus ni cet espace, ni ce temps… Ça n’est pas tellement possible de maintenir ni un rythme, ni des pratiques de cette fréquence et de cette intensité. Le spirit-work c’est une forme de vocation (ou, comme dit, de style de vie).

Les temps changent. Je dois faire le deuil de cette vie-là. Le temps que je peux prendre pour moi, je le passe énormément à créer et à écrire, des choses qui sont en partie dédiées aux Esprits et aux Dieux de toute façon. Cela a toujours été une offrande pour Eux. Si je peux rouvrir la porte, leur accorder plus de temps, je le ferais… mais tout est une question de dosage. Ça serait peut-être plus sage de prioriser certaines questions de santé par exemple. Et ma vie professionnelle requiert toutes mes forces actuellement, et encore pour un temps. Alors les choses sont… réduites au minimum. Je dois gérer d’être en décalage avec cette autre image de moi, ce que j’ai pu être dans le passé. Ils sont loin les mois de Novembre où je faisais une cure de silence, des cycles quotidiens de prières, de pratiques d’écriture avec les Ancêtres, des fêtes des morts collectives et personnelles, des associations avec la lune… La transition octobre / novembre était souvent mon mois le plus chargé et le plus intense de l’année.

Sometimes all you got to do is cry.

Aujourd’hui, « je n’ai plus que mes yeux pour pleurer ». (Une phrase à prendre dans un sens métaphorique.) Aujourd’hui, meurtrie en différents endroits, il faut accepter une phase de vulnérabilité et de transition (ce qui n’est pas vraiment valorisé dans le milieu païen en ligne). Alors ce que je peux faire… est très peu. Soit. Mais je peux le faire, je peux prendre 10 minutes. M’assoir devant l’autel plein de poussière et m’y connecter. Être présente et m’ouvrir, le regarder vraiment. En jauger les équilibres et les déséquilibres, et modifier les placements. Faire circuler un peu d’énergie, et infuser chaque geste que je fais avec une intention marquée. Pour que chaque geste soit chargé, que chaque geste compte, puisque je dois les économiser. C’est être plantée là, et réfléchir à qui je souhaite appeler, honorer, et ce que je pourrais leur offrir. Alors, remplir quelques bols d’offrande, allumer deux bougies avec parcimonie (je vous renvoie ici à ce sujet), allumer un peu d’encens. Et regarder encore pleinement, sentir, voir briller.

Prendre ce temps et l’offrir, prendre notre énergie et la dédier à ce moment. Ça compte. Offrir sa concentration, et pratiquer sa présence dans l’instant. Être ouvert. Ca n’a l’air de rien, mais c’est un retour à la base. Aussi, il faut accepter que parfois rien de « constructif » n’en ressortira. Mais on a pris le temps, et on a fait. Il y a effectivement des choses qui se passent une fois rendue là. Mais… ce qui remonte est très flou. De la tristesse, de la peur, de la confusion ? Un maelström d’émotion qui vient des tripes, masse informe ou inconnue, dont je n’arrive pas à identifier la forme. Mais la première étape c’est déjà d’être justement, de prendre le temps de faire cette pause, et de ressentir ces choses. De les accueillir, même quand c’est flou, même quand c’est désagréable. Même si ça n’ira pas plus loin cette fois. Même si ça ressemble à une forme deuil de personnes disparues depuis plus de 15 ans et que c’est derrière nous. Même si c’est le deuil d’une forme de soi-même a l’air débile (au pire), ou immature (moins de jugement).

Après tout… j’en connais Une qui m’interpellerait à l’idée que les larmes ne sont pas des offrandes précieuses qui peuvent transmuter ou être transmutées.

 

[Jeu sur la photo : l’Oracle des Runes de Gulliver l’Aventière et Lyra Ceoltóir]

Des petites dévotions quotidiennes, remise en question de l’usage des bougies

Pour une fois que je partage un petit peu mes pratiques, autant que je vienne par ici relayer ce petit texte que j’ai partagé sur Instagram ce midi, en lui donnant un titre plus explicite.

Avec bien du retard, le volume 2 du #folktoberautumn2019 de @la_fille_des_saisons : « Se mettre dans l’ambiance ». Pour moi l’essentiel au quotidien c’est cette petite bulle de sacré et de dévotion. Une lumière allumée pour appeler et honorer, et des perles de prière que je trimbale partout. Les rouges et noires reviennent ainsi souvent sur mes photos. Ici, pour la saison, j’ai sorti en plus mes « perles d’automne » dédiée à des Esprits alliés. Mais ce petit geste de rien a été bouleversé chez moi depuis 2016.

En effet, j’ai remis en cause ma consommation de bougies depuis que je sais ce qu’il y a dedans (comment j’ai pu fermer les yeux si longtemps ??), que je savais probablement déjà, mais que j’avais choisi d’oublier. J’y ai été forcée quand je me suis rendue compte que quelqu’un qui venait chez moi était rendu malade par la fumée (invisible pour moi) de mes bougies… Dur rappel à la réalité. Impossible de faire marche arrière. Si c’est mauvais pour sa santé, en fait la mienne aussi, et l’atmosphère… Coupable notamment de soirées entières éclairées à la bougie dans un pays loin de chez moi, quand ma santé foutait le camp et que toutes les ampoules sur place me vrillaient les yeux et le crâne, et que quand vraiment il était urgent que je me lève et que je bosse, malgré la migraine, je j’acceptais que la lueur de deux bougies.

Je suis très partagée à l’idée de brûler celles que j’avais accumulées sans savoir… À la paraffine, donc du pétrole, dont la récolte ruine les sols, et qui polluent à la fois l’atmosphère et nos poumons directement dans la maison en brûlant… Mais je ne peux pas les jeter non plus, cela n’aurait aucun sens. Alors j’ai arrêté un temps s’en utiliser pour encaisser le choc, puis j’ai repris doucement, pour ancrer une pratique de parcimonie. J’avais décidé que tant que je n’aurais pas fini mon stock, je n’achèterai plus rien (je me déplace beaucoup, et je n’ai plus tous mes supports pour brûler les grosses, je dois m’organiser pour pas que ça coince). En tout cas, les bougies non polluantes que j’achèterai (ou fabriquerai) plus tard quand j’aurais fini mon stock, je me suis bien rendue compte qu’elle serait beaucoup plus chère. Fini la démarche capitaliste du toujours moins cher, qui nous pousse à acheter des produits non éthiques ou polluants. En étudiant la question pour les faire ou en acheter, je me suis rendue compte des ressources que ça demande et du coup… Les bougies ça n’est pas un bas produit de consommation, c’est presque un luxe. Fini pour moi les scènes aux mille chauffe-plats. J’apprends à choisir les moments et les occasions plus précieusement. Cela redonne d’ailleurs de la valeur à cette offrande qui coûte, plutôt que d’être une consommation aveugle. Évidemment, je ne suis pas emballée non plus par l’idée de la cire de soja, il va venir d’où ? Il va être cultivé comment ? Et l’Amazonie qui brûle ?… Mais il ne sera pas toxique à l’air. À moins d’arrêter complètement d’utiliser des bougies, pour l’instant je n’ai pas mieux…

Méditation à thème : les Portes de l’Automne

C’est avec une joie et une appréhension non dissimulées que je vous propose ce soir la suite de mon travail d’auteure. Voici un nouveau format d’écriture dont je viens d’accoucher, qui répond à mon désir profond de lier tarot, croyances et pratiques spirituelles. J’y assume les longueurs que je prends, et qui tendent désormais vers le format petit livre. Je vais prendre un très grand plaisir à approfondir encore longuement cette méditation de plusieurs tirages et exercices. J’espère qu’il fera écho en vous qui aurez le courage de le lire, et j’espère que certaines et certains d’entre vous souhaiterons aller plus loin dans l’aventure avec moi. Un peu de temps à prendre encore pour créer et rassembler les dernières idées, et apprendre à mettre un tout petit peu en page pour vous proposer mon tout premier livret… C’est un grand moment pour moi, qui arrive à cette période de l’année si particulière pour moi, où ont souvent lieu mes initiations et mes projets naissants.

http://sur-le-seuil.com/2019/10/meditation-a-theme-1-les-portes-de-lautomne/

Tous vos retours seront grandement appréciés.

Pour lire les explications sur le déclenchement du projet sur Instagram, c’est par ici. Si je publie ici le relai de cette annonce, c’est parce que bien qu’elle soit publiée « Sur le Seuil », qui est mon site centré sur la pratique avec le tarot, sa thématique, ses réflexions, sont profondément spirituelles. Ce projet reflète ce que je souhaite approfondir dans mon travail avec les cartes désormais : des applications directement polythéistes et animistes. Cela n’aurait pas de sens de publier en double ici, donc je me contente de renvoyer vers le post originel, qui, d’autant plus, se situe sur un site dédié aux seuils

Aux dernières nouvelles

Une petite mise à jour pour les lecteurs qui ne suivent pas les news sur le groupe Facebook.

Malheureusement uniquement en anglais, mais je n’ai vraiment pas le temps et l’énergie de me traduire. Je poursuis mon travail dévotionnel et intuitif avec Freyja. J’ai écrit mon vécu sur les associations de Freyja et la mer : C’est par ici.

Du côté des cartes, j’ai relayé pour les absents la sortie très attendue du livre complet d’Alcide Nathanaël sur les cartes divinatoires d’Algariel. Puis, j’ai tenté une petite présentation d’un oracle féérique en ligne et gratuit, « The Soul Oracle », par Kundry.

Malheureusement, le Printemps créateurs semble un peu en berne, car les membres se sont éparpillés dans le silence :p Mais pour ma part, j’ai fait quelques tests et j’espère publier dans les semaines à venir un article. Vous pouvez découvrir le principe, et même nous rejoindre encore si vous voulez (bien que je doute que vous soyiez encore connectés aux énergies du printemps).

A bientôt !

« You know nothing. »

Un article probablement sinueux, ça fait des mois que ça me titillait, mais ce n’était pas facile à mettre en mots, et j’ai longtemps hésiter à le poster ou pas.

J’avance sur le chemin, j’ai conscience d’avancer sur un chemin, depuis des années, avec des tas d’étapes. On peut se rappeler de jalons dans l’ouverture progressive de la conscience, dans l’acquisition de certaines connaissances, la fréquentation de certains groupes d’échanges, le marquage de telle ou telle initiation, …. De telle année à telle année j’étais sur X forum, je fréquentais souvent Y personnes, je me définissais comme Z. Je lisais beaucoup, je cherchais, j’ai rencontré F groupe féminin, participé au beau T groupe de tambours une fois. On marche, on marche, on marche, on cherche. Les « illuminations », compréhensions fulgurantes de qui nous sommes, de comment pourrait fonctionner le monde et l’Autre, sont déchirantes, comme de regarder trop longtemps le soleil ou de s’approcher un peu trop. Ca nous bouleverse, dans tous les sens du terme, et ça brûle un peu. Sauf que constamment, au fil de mois, des ans, on remet en question tout ce qu’on a trouvé. On apprend à se connaître mieux, ce qui nous convient ou pas, ce qui ne nous va plus, on change de trottoir, de tradition, de groupe. On revoit nos croyances, nos « certitudes », nos valeurs, nos savoirs.

Et on sait, on en a tous entendu parler, on l’a tous vécu au moins une fois, et même plusieurs, la fameuse « nuit noire de l’âme » fait aussi partie du chemin, elle reviendra toujours s’agripper à nous à un moment ou à un autre. On fatigue, on a besoin d’une pause. Ou alors…. le monde se vide, comme si quelqu’un avait débouché la baignoire cosmique, et tout part à la trappe, se dérobe sous les pieds, les symboles, les représentations, les acquis, tout se délite. Et si les Dieux n’étaient tous que les mêmes, avec des noms différents ? Et si les Dieux n’étaient que des égrégores que nous nourrissons ? (ou les théories inverses, selon le point de vue de départ) Et puis pourquoi les prier, s’ils sont juste là pour représenter des valeurs / archétypes / autres ? Qu’est-ce que ça nous apporte ? On a critiqué dans le passé, parfois on critique encore, les superstitions de certains catholiques, les gestes, leurs messes… Mais en quoi est-ce que leurs rites sont moins bons que d’autres ? moins justes ? Pourquoi leur dieu « du désert » serait-il une erreur ? (Puis il y en a d’autres, des dieux du désert) Pourquoi nourrir une haine / un rejet des églises et de ce culte, alors que nous aussi avons nos propres cultes ? Y a-t-il une échelle de valeur ? Laquelle ? Pourquoi ? Est-ce plus grave qu’un catholique (ou même peut-être plus un protestant) rejette ma religion sous prétexte que je vénère des idoles, plutôt qu’un wiccan ou un universaliste qui me disent que je suis folle de croire en la réelle existence des Dieux, que je me fourvoie sur leur « utilité« , et qu’ils ne sont que des archétypes ? (Note: pour chacun des deux termes cités, cela ne représente qu’une infime fraction du type de croyances qui peuvent leur être associé, ce n’est qu’un exemple, pas une dissertation exhaustive). Mais comment savoir après tout qui a raison ? Les éternels débat sur « la vérité », n’y en a-t-il qu’une ? Est-ce que simplement ce n’est pas à chacun de s’informer et de peser, pour lui-même (ou elle-même), et de choisir ce qui lui convient, ce qui le/la convainc le plus, et de l’adopter ? Pourquoi chercher à imposer aux autres sa façon de voir ?

J’ai souvent avancé par phases, par sorte de bonds, que j’ai souvent trouvé violents et gigantesques. Mais il y a eu aussi, entre ses phases dynamiques, soudaines, rapides, des phases de longues errances, recherches, décantations, et aussi des « trous » dans la trame. Des moments où je ne savais plus rien. Je ne savais plus où j’avais les pieds, sur quelle terre, comment j’étais arrivée là, pour quelle raison, qui j’étais, quels étaient mes buts…. Régulièrement tout se remet en question, or plus j’ai avancé, plus je suis allée dans l’intensification de ma « spiritualité » (pour faire large) et ses diverses implications. Je donnais, petit à petit, à la mesure de mes moyens, la place prépondérante aux interactions spirituelles, tel que cela semblait faire partie de mon être profond. Cela a duré longtemps, très longtemps. Malgré des moments flous, mon errance un peu partout, cette sorte de voyage autour du monde des panthéons, pour tirer la sonnette, ressentir la vibration, et voir si cela résonnait à l’intérieur de moi, si quelqu’un de l’autre côté de la Porte répondait. or avec le temps, les mêmes portes ne répondaient pas, parfois une seule des entités derrière X porte me répondait. Je me demandais si le chemin allait se poursuivre ensemble pour l’avenir. Parfois certaines sont restées, parfois pas, c’était une interaction temporaire. Le premier panthéon auquel je m’étais probablement présenté m’est resté bloqué des années entières, malgré offrandes / prières répétées, j’étais persuadée que ça n’était pas mon chemin ! Sauf que sept ans après, PAF, déchirement et « illumination », et aujourd’hui, c’est un de mes fondements. Il y en a eu des drôles de questionnements. IL y en a eu des désillusions, des virages à 180 degrés, parfois 360.

Et rien n’est jamais sûr. Rien n’est jamais su et définitivement acquis.

Je me sentais triste de quitter mon chez moi, de quitter ma terre, je me sentais pleine d’appréhension en août dernier. Je savais que cela serait différent, probablement perturbant, et que cela prendrait du temps. Pourtant j’avais la certitude que « tout irait bien ». Que mes alliances étaient solides, les liens intimes, que je ne me sentirais jamais seule et abandonnée, qu’une partie de ma pratique (même petite) allait demeurer tandis que le reste s’adapterait. C’est tout ce que je me suis dit, pour éviter de projeter au maximum, et pour laisser l’expérience se faire. Mais comme je me suis trompée ! Ca n’a pas suffi. Au début, j’étais tellement occupée, immergée dans les processus administratifs, la reprise du travail, etc, que je n’ai pu m’en rendre compte, je me doutais que j’allais être anesthésiée, que ça me tomberait dessus plus tard. Mon corps a beaucoup envoyé de signaux, résisté. L’eau était différente, son goût, son pH, les produits dedans. La nourriture aussi, pas la même teneur en eau, en nutriment, pas les mêmes variétés. Les énergies de la ville aussi, différentes, nécessairement, même en France dans une autre ville j’aurais dû m’adapter. Mais c’était un tout. le sol sous mes pieds étaient entièrement différent. Les vibrations, tantôt absentes, tantôt très présentes, mais d’un tout autre filtre, d’une autre nature. Comme une autre palette de couleurs, ou plutôt une autre langue. Le filtre de la culture s’appliquait aussi aux énergies, aux Voiles, aux Êtres ici. Le jour ça allait, la nuit l’angoisse montait car je sentais profondément en moi ma différence, ma non appartenance. C’était comme si la terre, les arbres, les êtres invisibles devenaient beaucoup plus présents, partout, leurs murmures, cette pression dans la nuque qui vous fait sentir que vous êtes regardé(e) ou suivi(e). L’étrangère de passage. Et puis au bout de 2 mois, puis 3, je n’étais pas que de passage, et ça s’est senti aussi. Quelles drôles de sensations.

Je n’ai voulu offenser personne, je n’ai pas importé mes pratiques avec moi. J’ai fait une offrande à l’arrivée, j’avais simplement besoin des mes outils dévotionnels et de mes autels. J’attendais les signes de mes Alliés, qui généralement, eux, font la logistique, les échanges, la négociation, pour m’indiquer la marche à suivre. Ce qu’il serait bon d’éviter de faire, ou de faire. J’attendais… Sauf qu’en fait, mis à part l’introduction à l’arrivée, et les restrictions sur telle et telle pratiques (pour lesquelles je n’avais pas le « passe droit » en ce lieu, ou pour lesquels je ne pouvais pas être protégés par eux comme d’habitude) , rien n’est venu. Aucun esprit du lieu n’est venu me parler, me demander des choses. S’il y a des divinités, aucune non plus. Et le plus perturbant…. mes Alliés ne sont pas revenus. Le lien s’est énormément distendu, je les sentais toujours loin. Et progressivement, ça s’étiolait. J’ai attendu, attendu, mais rien. J’ai demandé des rêves, j’ai prié, j’ai fait des offrandes, j’ai été en colère parfois, au désespoir à d’autres. Aucun changement. Il y a eu quelques sursauts, quelques rêves, mais vraiment des choses extrêmement minces et isolées. Certains échanges avec des amis ou connaissances semblaient m’indiquer que je portais toujours sur moi l’intérêt et la marque de notre Grande Reine (Morrigan, pour ceux qui ne le savent pas), donc j’essayais de me dire que  peut-être simplement un statu quo était maintenu malgré tout.

Je manquais d’énergie et de temps. l’année ici était assez dingue. Donc je pensais que cela reviendrait lors des périodes plus calmes en termes d’activité, mais non. Ensuite je me suis dit, la chance que j’ai est d’avoir des alliés qui cessent de me demander des choses quand je ne suis pas bien ou que j’ai des priorités plus urgentes au travail, ce qui peut aller parfois jusqu’à leur retrait complet volontairement quand mon énergie n’est pas assez stable ou forte, pour éviter de me pomper / user (ce qui engendre des périodes plus « vides », mais pas des nuits noires donc). Je me suis dit alors que c’était peut-être un de ces cas-là, et j’attendais. Mais rien. Que penser lorsque l’on a au cœur de soi et sa vie quelque chose d’aussi constitutif, important, qui se dissout ? Comment se définir ? Comment justifier certaines valeurs et croyances?  Quand on n’est pas simplement dévot ou croyant, mais que l’on est pratiquant ? Quand nous sommes en interaction régulièrement avec Eux, que nous travaillons pour Eux, et qu’ils ne sont plus là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Comment se déroulera la suite ? Est-ce que cela reviendra plus tard ? Est-ce que cette partie-là est entièrement dissoute ? Est-ce que la Terre et ses Portes ici me sont fermées parce que je suis étrangère ? Est-ce que c’est une question de temps ? Est-ce que mes fonctions vont être délaissées, que je ne serais plus prêtresse, plus travailleuse des Esprits ? Impossible de savoir si autre chose viendra remplacer cela. Si ici, Certains vont venir frapper à ma porte pour s’introduire. Et si cela ne revient jamais ? Est-ce que cela constituerait être une période de ma vie, et qu’elle va s’arrêter ici ?

« You know nothing. »

Rien n’est certain.

Le vaudou haïtien, extrait vidéo

Un micro « reportage » sur une prêtresse vaudou en haïti, bien à revers des préjugés de magie noire et sale. Entre 15 et 16 minutes. La vidéo est en langue originale, le créole haïtien (lointain cousin du français) sous-titrée en anglais. L’illustration du sens de la communauté, quelques explications sur la possession… J’en envie de dire, juste histoire d’être sûre : ne pas regarder avec de jeunes enfants, et ne pas tenter de reproduire chez soi sans avoir un praticien.

Note : la vidéo est de très bonne qualité, allez la voir directement sur Youtube pour pouvoir l’agrandir vu que ma page est très étroite.

Vers d’Autres Terres

[Sujet rebattu peut-être. Sujet flou pour l’instant au milieu de mon tourbillon, mais on tente.]

Certains l’ignorent, certains le savent. Il y a le savoir ; il y a l’expérience.

C’est différent ici. Ca ne vibre pas de la même façon. La Terre est différente. Les sensations de 2012 ne sont plus. Les Esprits diffèrent ici de ceux du Nord qui m’avaient accueillie. La sensation est différente. J’étais bien ; ici je suis étrange, étrangère. Je m’étais préparée à ne pas être complètement à l’aise, mais pas assez. C’est une surprise, car je suis généralement bien à peu près partout où je vais. Mais les Esprits ne nous laissent rien passer.

Quand on se déplace sur une autre terre, dans un autre pays, en tant que touriste, on fait réellement une expérience différente. Que l’on soit ouvert, avec ou sans attentes, on sait que l’on va revenir chez soi ensuite. Les vacances sont une curiosité, une bulle temporaire, un dépaysement choisi pour briser la monotonie, changer d’air, voir autre chose, découvrir… Mais il y a toujours l’attache bien plantée que l’on possède, que l’on laisse derrière soi : le chez soi. Au moins son foyer, peut-être son immeuble, son quartier, sa ville, sa région, selon l’échelle à laquelle on vit et ressent les choses. Ce sont des habitudes, des certitudes, bien marquées. Il fera telle température quand je rentre. Je sais qu’à tel mois de l’année on peut avoir un été en avance. Le froid est humide, ou sec. Il givre le matin et la vue ressemble à telle ou telle. La vitre sera vrillée d’arches de glace, ou non. La pluie est fréquente ou non. Beaucoup de vent ou non. Le dimanche matin je sais que le quartier est animé de telle façon. Qu’il y aura tel volume de passages de voitures. Ça sera silencieux en telle proportion. On entendra tel oiseau chanter. Etc etc. On sait. Et même quand on n’y prête pas attention volontairement, dès qu’on se déplace, chez un ami, chez un parent, ailleurs, on se rend compte de tout ce qui fait le quotidien d’habitude et qui n’est plus – jusqu’à ce qu’on y retourne.

Quand on change de région, non pas dans le but passer des vacances, ou même un séjour de boulot, c’est pareil : on n’observe pas les mêmes choses… On la tête et le corps focalisés sur d’autres choses. L’expérience, la découverte, la jouissance, l’aspect temporaire de la chose ; j’accepte car c’est passager et je reviendrais à ce que j’ai de mieux si je ne suis pas convaincu(e).

Il y a dans le fond cette idée qui émerge : nous sommes profondément sédentaires, dans nos modes de vie, et dans nos mentalités. Peut-être du moins quand on a un certain âge (plutôt jeune donc?). Bien que l’on conçoive de déménager, parfois plusieurs fois, le paysage mental a l’air très fixe (et je dis bien a l’air, ce n’est qu’une impression). Certaines personnes d’ailleurs peuvent déménager très peu de fois ou peu loin, ne jamais sortir de leur département, voire tout faire dans leur ville de naissance, y grandir, y rencontrer le partenaire, s’y installer etc. Ça demeure rare cependant je crois. Globalement, on change de ville pour trouver son école, son lycée, son université, et puis pour son travail. Mais j’ai la sensation très étrange que, au final, quand on bouge, on se réancre automatiquement ailleurs ; on garde en tête cette « mentalité » de faire ses racines, son nid, des habitudes.

Se déplacer pour une longue durée loin de chez soi peut arriver après tout dans le même pays. On peut changer de département, voire de région, et effectivement le vivre plus ou moins bien. Pas le même air, en qualité, pas le même vent, ni l’odeur, ni la texture, ni l’orientation, etc ; pas la même dureté de l’eau ni les mêmes produits dedans ; pas les mêmes essences d’arbres ; pas les mêmes couleurs ; pas les mêmes coutumes locales (du nombre de bise à la façon de célébrer la St Jean) ; pas les mêmes mentalités ; … etc.

Je me suis rendue compte qu’après tout, ça a été mon travail l’année dernière. Après un gros électrochoc dans ma vie, à un moment évidemment clé, j’ai dû m’arracher à mon nid et à ma terre. Même sans l’aspect spirituel, il a fallu faire le deuil d’un quotidien très bien huilé, d’un endroit que j’aimais contre tout ce que pouvaient en dire les gens (la réputation de certaines villes…), des tonnes de repères spatiaux que j’avais, du confort, de l’indépendance, etc. Tout est parti à vau-l’eau en même temps. Et par-dessus est effectivement venu se greffer un contexte spirituel bien rôdé, des partenariats avec moult Esprits des lieux, depuis l’immeuble, le foyer, aux alentours, aux carrefours, et deux lieux de pratiques particulièrement intimes. Arrachement. J’aurais pu retourner chez mes parents à ce moment-là, dans la même région, que ça n’aurait rien changé : départ forcé, le deuil aurait été le même à faire. Maintenant non, par là-dessus est venue se greffer une autre problématique : suivre un flux, suivre une voix, suivre les amis qui m’offraient leurs bras ouverts pour m’accueillir, et tenter le tout pour le tout afin de provoquer une rupture radicale dans ce moment où j’en avais besoin. Nouvelle région entièrement, loin, isolée, là où je ne connaissais rien.

Il est évident que tout ce que j’allais y rencontrer prendrait un autre goût, car la question demeurait ouverte de savoir si j’allais y rester ou non, pour ne pas revenir. Et qu’il allait falloir s’accommoder de tout. Et puis au milieu de tout ça, j’ai repris le train en marche arrière pour rendre visite à mes parents de nouveau, et puis poursuivre encore plus loin la route, entièrement à l’opposé, pour voir un ami et regroup comme disent les anglais (aka, rassembler les troupes). Il a été dit, observé, puis confirmé à ce moment-là que peut-être la Grande Reine faisait des appels de phares, avec quelque chose à m’apprendre, mais aussi notamment pour me rassurer sur mes peurs profondes face à toutes ces circulations et mouvements migratoires. Au bout de 3 mois, set et match, retour la balle au centre, une voiture, des cartons, et retour au foyer familial pour d’autres projets. Nouveau déménagement, et retour au foyer historique, familial, d’enfance. Retour sur la Terre. Etranges sensations.

J’ai eu un an pour me mettre la tête dans le guidon et m’assommer jusqu’à engourdissement pour ne plus rien sentir face à ce qui n’allait pas, puis tenter de reprendre les rennes, et tout du long tenter de bosser, bosser, bosser sur le projet professionnel choisi. Et un an, pour paniquer, s’interroger, questionner, rechercher, les réponses et solutions pour une éventuellement nouvelle migration, un arrachement plus conséquent qui allait me mener hors de France. Et pourtant, pourtant ! J’y ai mis du soin, j’avais déjà préparé tout ça du coin de l’oeil en 2012, et puis durant l’année un séjour professionnel, tissé des liens, trouvé des contacts fiables, des informations, des repères géographiques… Mais ça reste fondamentalement différent. Aucune des bonnes sensations que j’ai eues en venant en visite n’a été rencontrée à nouveau. Tout est différent.

Le troll étant qu’après du jetlag bien violent, de la fatigue, un corps qui refuse de s’alimenter, une course folle par tous les bureaux, les premières rencontres professionnelles mettent l’accent sur les migrants. « Nous sommes tous issus, à une ou deux générations près, de personnes qui ont fait de gros sacrifices pour que leurs descendants se trouvent où ils sont. Nous sommes tous des enfants de migrants. » (Et j’en passe) Je me suis rendue compte à quel point j’avais eu, toutes ces années jusqu’à récemment, cette conception entièrement figée et statique de ma personne et de ma famille. Dans ma jeunesse, mon horizon ne dépassait pas les grands-parents, déjà qu’il y a en a qu’on n’a jamais connus, et d’autres très peu, et que la famille n’est pas très bien en point… (les toxiques, tout ça). La famille a dû survivre à plusieurs chocs et pas mal se battre, mais dans cette lutte, la mémoire collective, ou la mémoire transmise à la nouvelle génération, cette « forme », était que nous étions ancrés là, que nous étions d’ici. Et puis avec le temps, des récits de famille, des recherches… mais même, autre chose que je n’arrive pas à cerner, tout ce vernis s’est fendu. J’ai été extrêmement bien « ici » car c’est la Terre qui m’a portée, qui a porté mes parents aussi, mais nous ne sommes pas d’ici, nous étions les deux jeunes générations. Nous nous sommes beaucoup déplacés, et mes grands-parents, des deux côtés, étaient venus ici pour tenter d’offrir mieux à leur famille ; d’un côté par choix, pour tenter sa chance ; de l’autre par nécessité, la fuite d’un pays qui avait tourné à la violence et au rejet. Mais une grande partie vient du Nord d’ailleurs, moi qui ne comprenait pas ces histoires de froid et de Dieux scandinaves, ne voyant que le sol gaulois sur lequel je vivais… Bref.

La Morrigan doit sûrement se demander pourquoi je mets autant de temps à comprendre ce qu’Elle veut m’apprendre… Heureusement qu’elle est patiente. Je me rends compte que, peut-être, je suis en train d’expérimenter tour à tour toutes les problématiques qui lui sont liées. Qu’après tout, Déesse de la Terre, après les différents exercices de Souveraineté, il était bien temps d’expérimenter de cette façon la question de la Terre. Après les mariages sacrés, les passations de royauté, l’observation sacrée… Fouler la Terre et ressentir, soi-même, au creux de son être, ce que cela signifie qu’être et habiter. Le co-rayonnement de l’homme en écosystème sur une terre. La question du déplacement, des types de déplacements. Des migrations familiales, ancestrales, archétypales. Connaître, savoir, de l’intérieur.