« You know nothing. »

Un article probablement sinueux, ça fait des mois que ça me titillait, mais ce n’était pas facile à mettre en mots, et j’ai longtemps hésiter à le poster ou pas.

J’avance sur le chemin, j’ai conscience d’avancer sur un chemin, depuis des années, avec des tas d’étapes. On peut se rappeler de jalons dans l’ouverture progressive de la conscience, dans l’acquisition de certaines connaissances, la fréquentation de certains groupes d’échanges, le marquage de telle ou telle initiation, …. De telle année à telle année j’étais sur X forum, je fréquentais souvent Y personnes, je me définissais comme Z. Je lisais beaucoup, je cherchais, j’ai rencontré F groupe féminin, participé au beau T groupe de tambours une fois. On marche, on marche, on marche, on cherche. Les « illuminations », compréhensions fulgurantes de qui nous sommes, de comment pourrait fonctionner le monde et l’Autre, sont déchirantes, comme de regarder trop longtemps le soleil ou de s’approcher un peu trop. Ca nous bouleverse, dans tous les sens du terme, et ça brûle un peu. Sauf que constamment, au fil de mois, des ans, on remet en question tout ce qu’on a trouvé. On apprend à se connaître mieux, ce qui nous convient ou pas, ce qui ne nous va plus, on change de trottoir, de tradition, de groupe. On revoit nos croyances, nos « certitudes », nos valeurs, nos savoirs.

Et on sait, on en a tous entendu parler, on l’a tous vécu au moins une fois, et même plusieurs, la fameuse « nuit noire de l’âme » fait aussi partie du chemin, elle reviendra toujours s’agripper à nous à un moment ou à un autre. On fatigue, on a besoin d’une pause. Ou alors…. le monde se vide, comme si quelqu’un avait débouché la baignoire cosmique, et tout part à la trappe, se dérobe sous les pieds, les symboles, les représentations, les acquis, tout se délite. Et si les Dieux n’étaient tous que les mêmes, avec des noms différents ? Et si les Dieux n’étaient que des égrégores que nous nourrissons ? (ou les théories inverses, selon le point de vue de départ) Et puis pourquoi les prier, s’ils sont juste là pour représenter des valeurs / archétypes / autres ? Qu’est-ce que ça nous apporte ? On a critiqué dans le passé, parfois on critique encore, les superstitions de certains catholiques, les gestes, leurs messes… Mais en quoi est-ce que leurs rites sont moins bons que d’autres ? moins justes ? Pourquoi leur dieu « du désert » serait-il une erreur ? (Puis il y en a d’autres, des dieux du désert) Pourquoi nourrir une haine / un rejet des églises et de ce culte, alors que nous aussi avons nos propres cultes ? Y a-t-il une échelle de valeur ? Laquelle ? Pourquoi ? Est-ce plus grave qu’un catholique (ou même peut-être plus un protestant) rejette ma religion sous prétexte que je vénère des idoles, plutôt qu’un wiccan ou un universaliste qui me disent que je suis folle de croire en la réelle existence des Dieux, que je me fourvoie sur leur « utilité« , et qu’ils ne sont que des archétypes ? (Note: pour chacun des deux termes cités, cela ne représente qu’une infime fraction du type de croyances qui peuvent leur être associé, ce n’est qu’un exemple, pas une dissertation exhaustive). Mais comment savoir après tout qui a raison ? Les éternels débat sur « la vérité », n’y en a-t-il qu’une ? Est-ce que simplement ce n’est pas à chacun de s’informer et de peser, pour lui-même (ou elle-même), et de choisir ce qui lui convient, ce qui le/la convainc le plus, et de l’adopter ? Pourquoi chercher à imposer aux autres sa façon de voir ?

J’ai souvent avancé par phases, par sorte de bonds, que j’ai souvent trouvé violents et gigantesques. Mais il y a eu aussi, entre ses phases dynamiques, soudaines, rapides, des phases de longues errances, recherches, décantations, et aussi des « trous » dans la trame. Des moments où je ne savais plus rien. Je ne savais plus où j’avais les pieds, sur quelle terre, comment j’étais arrivée là, pour quelle raison, qui j’étais, quels étaient mes buts…. Régulièrement tout se remet en question, or plus j’ai avancé, plus je suis allée dans l’intensification de ma « spiritualité » (pour faire large) et ses diverses implications. Je donnais, petit à petit, à la mesure de mes moyens, la place prépondérante aux interactions spirituelles, tel que cela semblait faire partie de mon être profond. Cela a duré longtemps, très longtemps. Malgré des moments flous, mon errance un peu partout, cette sorte de voyage autour du monde des panthéons, pour tirer la sonnette, ressentir la vibration, et voir si cela résonnait à l’intérieur de moi, si quelqu’un de l’autre côté de la Porte répondait. or avec le temps, les mêmes portes ne répondaient pas, parfois une seule des entités derrière X porte me répondait. Je me demandais si le chemin allait se poursuivre ensemble pour l’avenir. Parfois certaines sont restées, parfois pas, c’était une interaction temporaire. Le premier panthéon auquel je m’étais probablement présenté m’est resté bloqué des années entières, malgré offrandes / prières répétées, j’étais persuadée que ça n’était pas mon chemin ! Sauf que sept ans après, PAF, déchirement et « illumination », et aujourd’hui, c’est un de mes fondements. Il y en a eu des drôles de questionnements. IL y en a eu des désillusions, des virages à 180 degrés, parfois 360.

Et rien n’est jamais sûr. Rien n’est jamais su et définitivement acquis.

Je me sentais triste de quitter mon chez moi, de quitter ma terre, je me sentais pleine d’appréhension en août dernier. Je savais que cela serait différent, probablement perturbant, et que cela prendrait du temps. Pourtant j’avais la certitude que « tout irait bien ». Que mes alliances étaient solides, les liens intimes, que je ne me sentirais jamais seule et abandonnée, qu’une partie de ma pratique (même petite) allait demeurer tandis que le reste s’adapterait. C’est tout ce que je me suis dit, pour éviter de projeter au maximum, et pour laisser l’expérience se faire. Mais comme je me suis trompée ! Ca n’a pas suffi. Au début, j’étais tellement occupée, immergée dans les processus administratifs, la reprise du travail, etc, que je n’ai pu m’en rendre compte, je me doutais que j’allais être anesthésiée, que ça me tomberait dessus plus tard. Mon corps a beaucoup envoyé de signaux, résisté. L’eau était différente, son goût, son pH, les produits dedans. La nourriture aussi, pas la même teneur en eau, en nutriment, pas les mêmes variétés. Les énergies de la ville aussi, différentes, nécessairement, même en France dans une autre ville j’aurais dû m’adapter. Mais c’était un tout. le sol sous mes pieds étaient entièrement différent. Les vibrations, tantôt absentes, tantôt très présentes, mais d’un tout autre filtre, d’une autre nature. Comme une autre palette de couleurs, ou plutôt une autre langue. Le filtre de la culture s’appliquait aussi aux énergies, aux Voiles, aux Êtres ici. Le jour ça allait, la nuit l’angoisse montait car je sentais profondément en moi ma différence, ma non appartenance. C’était comme si la terre, les arbres, les êtres invisibles devenaient beaucoup plus présents, partout, leurs murmures, cette pression dans la nuque qui vous fait sentir que vous êtes regardé(e) ou suivi(e). L’étrangère de passage. Et puis au bout de 2 mois, puis 3, je n’étais pas que de passage, et ça s’est senti aussi. Quelles drôles de sensations.

Je n’ai voulu offenser personne, je n’ai pas importé mes pratiques avec moi. J’ai fait une offrande à l’arrivée, j’avais simplement besoin des mes outils dévotionnels et de mes autels. J’attendais les signes de mes Alliés, qui généralement, eux, font la logistique, les échanges, la négociation, pour m’indiquer la marche à suivre. Ce qu’il serait bon d’éviter de faire, ou de faire. J’attendais… Sauf qu’en fait, mis à part l’introduction à l’arrivée, et les restrictions sur telle et telle pratiques (pour lesquelles je n’avais pas le « passe droit » en ce lieu, ou pour lesquels je ne pouvais pas être protégés par eux comme d’habitude) , rien n’est venu. Aucun esprit du lieu n’est venu me parler, me demander des choses. S’il y a des divinités, aucune non plus. Et le plus perturbant…. mes Alliés ne sont pas revenus. Le lien s’est énormément distendu, je les sentais toujours loin. Et progressivement, ça s’étiolait. J’ai attendu, attendu, mais rien. J’ai demandé des rêves, j’ai prié, j’ai fait des offrandes, j’ai été en colère parfois, au désespoir à d’autres. Aucun changement. Il y a eu quelques sursauts, quelques rêves, mais vraiment des choses extrêmement minces et isolées. Certains échanges avec des amis ou connaissances semblaient m’indiquer que je portais toujours sur moi l’intérêt et la marque de notre Grande Reine (Morrigan, pour ceux qui ne le savent pas), donc j’essayais de me dire que  peut-être simplement un statu quo était maintenu malgré tout.

Je manquais d’énergie et de temps. l’année ici était assez dingue. Donc je pensais que cela reviendrait lors des périodes plus calmes en termes d’activité, mais non. Ensuite je me suis dit, la chance que j’ai est d’avoir des alliés qui cessent de me demander des choses quand je ne suis pas bien ou que j’ai des priorités plus urgentes au travail, ce qui peut aller parfois jusqu’à leur retrait complet volontairement quand mon énergie n’est pas assez stable ou forte, pour éviter de me pomper / user (ce qui engendre des périodes plus « vides », mais pas des nuits noires donc). Je me suis dit alors que c’était peut-être un de ces cas-là, et j’attendais. Mais rien. Que penser lorsque l’on a au cœur de soi et sa vie quelque chose d’aussi constitutif, important, qui se dissout ? Comment se définir ? Comment justifier certaines valeurs et croyances?  Quand on n’est pas simplement dévot ou croyant, mais que l’on est pratiquant ? Quand nous sommes en interaction régulièrement avec Eux, que nous travaillons pour Eux, et qu’ils ne sont plus là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Comment se déroulera la suite ? Est-ce que cela reviendra plus tard ? Est-ce que cette partie-là est entièrement dissoute ? Est-ce que la Terre et ses Portes ici me sont fermées parce que je suis étrangère ? Est-ce que c’est une question de temps ? Est-ce que mes fonctions vont être délaissées, que je ne serais plus prêtresse, plus travailleuse des Esprits ? Impossible de savoir si autre chose viendra remplacer cela. Si ici, Certains vont venir frapper à ma porte pour s’introduire. Et si cela ne revient jamais ? Est-ce que cela constituerait être une période de ma vie, et qu’elle va s’arrêter ici ?

« You know nothing. »

Rien n’est certain.

Le vaudou haïtien, extrait vidéo

Un micro « reportage » sur une prêtresse vaudou en haïti, bien à revers des préjugés de magie noire et sale. Entre 15 et 16 minutes. La vidéo est en langue originale, le créole haïtien (lointain cousin du français) sous-titrée en anglais. L’illustration du sens de la communauté, quelques explications sur la possession… J’en envie de dire, juste histoire d’être sûre : ne pas regarder avec de jeunes enfants, et ne pas tenter de reproduire chez soi sans avoir un praticien.

Note : la vidéo est de très bonne qualité, allez la voir directement sur Youtube pour pouvoir l’agrandir vu que ma page est très étroite.

Vers d’Autres Terres

[Sujet rebattu peut-être. Sujet flou pour l’instant au milieu de mon tourbillon, mais on tente.]

Certains l’ignorent, certains le savent. Il y a le savoir ; il y a l’expérience.

C’est différent ici. Ca ne vibre pas de la même façon. La Terre est différente. Les sensations de 2012 ne sont plus. Les Esprits diffèrent ici de ceux du Nord qui m’avaient accueillie. La sensation est différente. J’étais bien ; ici je suis étrange, étrangère. Je m’étais préparée à ne pas être complètement à l’aise, mais pas assez. C’est une surprise, car je suis généralement bien à peu près partout où je vais. Mais les Esprits ne nous laissent rien passer.

Quand on se déplace sur une autre terre, dans un autre pays, en tant que touriste, on fait réellement une expérience différente. Que l’on soit ouvert, avec ou sans attentes, on sait que l’on va revenir chez soi ensuite. Les vacances sont une curiosité, une bulle temporaire, un dépaysement choisi pour briser la monotonie, changer d’air, voir autre chose, découvrir… Mais il y a toujours l’attache bien plantée que l’on possède, que l’on laisse derrière soi : le chez soi. Au moins son foyer, peut-être son immeuble, son quartier, sa ville, sa région, selon l’échelle à laquelle on vit et ressent les choses. Ce sont des habitudes, des certitudes, bien marquées. Il fera telle température quand je rentre. Je sais qu’à tel mois de l’année on peut avoir un été en avance. Le froid est humide, ou sec. Il givre le matin et la vue ressemble à telle ou telle. La vitre sera vrillée d’arches de glace, ou non. La pluie est fréquente ou non. Beaucoup de vent ou non. Le dimanche matin je sais que le quartier est animé de telle façon. Qu’il y aura tel volume de passages de voitures. Ça sera silencieux en telle proportion. On entendra tel oiseau chanter. Etc etc. On sait. Et même quand on n’y prête pas attention volontairement, dès qu’on se déplace, chez un ami, chez un parent, ailleurs, on se rend compte de tout ce qui fait le quotidien d’habitude et qui n’est plus – jusqu’à ce qu’on y retourne.

Quand on change de région, non pas dans le but passer des vacances, ou même un séjour de boulot, c’est pareil : on n’observe pas les mêmes choses… On la tête et le corps focalisés sur d’autres choses. L’expérience, la découverte, la jouissance, l’aspect temporaire de la chose ; j’accepte car c’est passager et je reviendrais à ce que j’ai de mieux si je ne suis pas convaincu(e).

Il y a dans le fond cette idée qui émerge : nous sommes profondément sédentaires, dans nos modes de vie, et dans nos mentalités. Peut-être du moins quand on a un certain âge (plutôt jeune donc?). Bien que l’on conçoive de déménager, parfois plusieurs fois, le paysage mental a l’air très fixe (et je dis bien a l’air, ce n’est qu’une impression). Certaines personnes d’ailleurs peuvent déménager très peu de fois ou peu loin, ne jamais sortir de leur département, voire tout faire dans leur ville de naissance, y grandir, y rencontrer le partenaire, s’y installer etc. Ça demeure rare cependant je crois. Globalement, on change de ville pour trouver son école, son lycée, son université, et puis pour son travail. Mais j’ai la sensation très étrange que, au final, quand on bouge, on se réancre automatiquement ailleurs ; on garde en tête cette « mentalité » de faire ses racines, son nid, des habitudes.

Se déplacer pour une longue durée loin de chez soi peut arriver après tout dans le même pays. On peut changer de département, voire de région, et effectivement le vivre plus ou moins bien. Pas le même air, en qualité, pas le même vent, ni l’odeur, ni la texture, ni l’orientation, etc ; pas la même dureté de l’eau ni les mêmes produits dedans ; pas les mêmes essences d’arbres ; pas les mêmes couleurs ; pas les mêmes coutumes locales (du nombre de bise à la façon de célébrer la St Jean) ; pas les mêmes mentalités ; … etc.

Je me suis rendue compte qu’après tout, ça a été mon travail l’année dernière. Après un gros électrochoc dans ma vie, à un moment évidemment clé, j’ai dû m’arracher à mon nid et à ma terre. Même sans l’aspect spirituel, il a fallu faire le deuil d’un quotidien très bien huilé, d’un endroit que j’aimais contre tout ce que pouvaient en dire les gens (la réputation de certaines villes…), des tonnes de repères spatiaux que j’avais, du confort, de l’indépendance, etc. Tout est parti à vau-l’eau en même temps. Et par-dessus est effectivement venu se greffer un contexte spirituel bien rôdé, des partenariats avec moult Esprits des lieux, depuis l’immeuble, le foyer, aux alentours, aux carrefours, et deux lieux de pratiques particulièrement intimes. Arrachement. J’aurais pu retourner chez mes parents à ce moment-là, dans la même région, que ça n’aurait rien changé : départ forcé, le deuil aurait été le même à faire. Maintenant non, par là-dessus est venue se greffer une autre problématique : suivre un flux, suivre une voix, suivre les amis qui m’offraient leurs bras ouverts pour m’accueillir, et tenter le tout pour le tout afin de provoquer une rupture radicale dans ce moment où j’en avais besoin. Nouvelle région entièrement, loin, isolée, là où je ne connaissais rien.

Il est évident que tout ce que j’allais y rencontrer prendrait un autre goût, car la question demeurait ouverte de savoir si j’allais y rester ou non, pour ne pas revenir. Et qu’il allait falloir s’accommoder de tout. Et puis au milieu de tout ça, j’ai repris le train en marche arrière pour rendre visite à mes parents de nouveau, et puis poursuivre encore plus loin la route, entièrement à l’opposé, pour voir un ami et regroup comme disent les anglais (aka, rassembler les troupes). Il a été dit, observé, puis confirmé à ce moment-là que peut-être la Grande Reine faisait des appels de phares, avec quelque chose à m’apprendre, mais aussi notamment pour me rassurer sur mes peurs profondes face à toutes ces circulations et mouvements migratoires. Au bout de 3 mois, set et match, retour la balle au centre, une voiture, des cartons, et retour au foyer familial pour d’autres projets. Nouveau déménagement, et retour au foyer historique, familial, d’enfance. Retour sur la Terre. Etranges sensations.

J’ai eu un an pour me mettre la tête dans le guidon et m’assommer jusqu’à engourdissement pour ne plus rien sentir face à ce qui n’allait pas, puis tenter de reprendre les rennes, et tout du long tenter de bosser, bosser, bosser sur le projet professionnel choisi. Et un an, pour paniquer, s’interroger, questionner, rechercher, les réponses et solutions pour une éventuellement nouvelle migration, un arrachement plus conséquent qui allait me mener hors de France. Et pourtant, pourtant ! J’y ai mis du soin, j’avais déjà préparé tout ça du coin de l’oeil en 2012, et puis durant l’année un séjour professionnel, tissé des liens, trouvé des contacts fiables, des informations, des repères géographiques… Mais ça reste fondamentalement différent. Aucune des bonnes sensations que j’ai eues en venant en visite n’a été rencontrée à nouveau. Tout est différent.

Le troll étant qu’après du jetlag bien violent, de la fatigue, un corps qui refuse de s’alimenter, une course folle par tous les bureaux, les premières rencontres professionnelles mettent l’accent sur les migrants. « Nous sommes tous issus, à une ou deux générations près, de personnes qui ont fait de gros sacrifices pour que leurs descendants se trouvent où ils sont. Nous sommes tous des enfants de migrants. » (Et j’en passe) Je me suis rendue compte à quel point j’avais eu, toutes ces années jusqu’à récemment, cette conception entièrement figée et statique de ma personne et de ma famille. Dans ma jeunesse, mon horizon ne dépassait pas les grands-parents, déjà qu’il y a en a qu’on n’a jamais connus, et d’autres très peu, et que la famille n’est pas très bien en point… (les toxiques, tout ça). La famille a dû survivre à plusieurs chocs et pas mal se battre, mais dans cette lutte, la mémoire collective, ou la mémoire transmise à la nouvelle génération, cette « forme », était que nous étions ancrés là, que nous étions d’ici. Et puis avec le temps, des récits de famille, des recherches… mais même, autre chose que je n’arrive pas à cerner, tout ce vernis s’est fendu. J’ai été extrêmement bien « ici » car c’est la Terre qui m’a portée, qui a porté mes parents aussi, mais nous ne sommes pas d’ici, nous étions les deux jeunes générations. Nous nous sommes beaucoup déplacés, et mes grands-parents, des deux côtés, étaient venus ici pour tenter d’offrir mieux à leur famille ; d’un côté par choix, pour tenter sa chance ; de l’autre par nécessité, la fuite d’un pays qui avait tourné à la violence et au rejet. Mais une grande partie vient du Nord d’ailleurs, moi qui ne comprenait pas ces histoires de froid et de Dieux scandinaves, ne voyant que le sol gaulois sur lequel je vivais… Bref.

La Morrigan doit sûrement se demander pourquoi je mets autant de temps à comprendre ce qu’Elle veut m’apprendre… Heureusement qu’elle est patiente. Je me rends compte que, peut-être, je suis en train d’expérimenter tour à tour toutes les problématiques qui lui sont liées. Qu’après tout, Déesse de la Terre, après les différents exercices de Souveraineté, il était bien temps d’expérimenter de cette façon la question de la Terre. Après les mariages sacrés, les passations de royauté, l’observation sacrée… Fouler la Terre et ressentir, soi-même, au creux de son être, ce que cela signifie qu’être et habiter. Le co-rayonnement de l’homme en écosystème sur une terre. La question du déplacement, des types de déplacements. Des migrations familiales, ancestrales, archétypales. Connaître, savoir, de l’intérieur.

Retour au gardiennage

Ouais, il faut bien l’avouer, le terme français « n’est pas bandant ». Ca manque de précision et de poétique… Ou alors je suis trop impliquée pour me rendre compte que non. Mais je trouve que les désignations anglaise sont bien plus précises et imagées : land stewardship, land guardianship.

Nota: Rappelons-le d’entrée, je ne suis pas une experte, je livre mes ressentis, et des fragments d’expérience obtenus sur le terrain. Très peu de monde « ose » (ce n’est peut-être pas le terme exact évidemment) parler de ça en français, or on m’a demandé d’écrire plus dans cette langue, donc je me lance. D’autant plus que ceci illustre une petite partie du travail que je réalise pour Morrigan, et tant qu’à faire autant parler un peu plus de ce que je fais, puisque c’était un engagement pour l’Antre également.

C’est une pratique que j’avais eue il y a longtemps, dans mon adolescence, et que j’avais discuté avec quelques enthousiastes sur le défunt forum « Quercus Robur ». Et puis j’y suis revenue avec le temps, d’abord autour de mon lieu d’habitation parisien, et puis tout récemment sur les mêmes lieux que ceux de mon enfance, avec mon retour au foyer. Mais bref. Qu’est-ce que c’est le « Land Stewardship », ou Gardiennage de la Terre ? C’est à la fois un « rôle » et un type de travail. Je pars du principe que tout le monde peut l’effectuer, que les Esprits, ainsi que les divinités de la Terre, aimeraient que nous retrouvions ce rapport sain à notre environnement comme nos ancêtres avant nous. Que c’est une forme d’hygiène spirituelle et de mode de vie. Mais pour ma part, c’est aussi un « rôle » puisque l’on (les Esprits et Morrigan) m’a clairement demandé d’approfondir très clairement cette « pratique » et de la transmettre (d’où cet article). Ensuite, a priori, cela peut être un rapport aux Lieux qui se retrouvent à n’importe quel endroit (on honore chaque lieu où on se trouve avec le même protocole), ou bien, quand c’est plus précis (d’où le terme de Gardien), il s’agit de veiller sur un Lieu spécifique, d’en être littéralement le Gardien sacré.

[Nota2: J’ai bien conscience, effectivement, que certaines « traditions » ou « associations » ou même personnes font ça naturellement, certains « sorciers », certains wiccans, certains druidisants, etc. Tout ceci n’est qu’un concept pratique pour désigner une chose]

Après cette mini glose qui établit plein de catégories, que l’on peut trouver factices, mais qui servent juste à se rendre clair, à savoir de quoi on parle, et si possible à éviter des amalgames… passons dans le vif du sujet. En quoi ça consiste ? A nous remettre à notre juste place dans la chaîne, dans l’environnement. Nous ne sommes « que » des humains, des maillons de la chaîne, de passage d’un territoire à un autre. On peut acheter une terre, un terrain, un endroit, mais pour moi on ne peut pas le « posséder », cette notion me gêne énormément. On ne possède pas la terre, on l’emprunte. On traite avec ses gardiens (esprits), et des gardiens il y en a partout. Le « gardiennage », c’est reconnaître que le terrain est habité par d’autres que nous, et peut-être déjà « possédé », et que par conséquent pour nous y établir, ou pour le traverser, ou pour y faire un rituel, il y a probablement des règles à suivre : reconnaître où est la Porte (ou bien l’endroit où se tient le gardien), se présenter avant, dire qui l’on est, ce que l’on vient faire, quelle éthique on possède, saluer le gardien spirituel (qui peut être individuel ou collectif), venir avec une offrande de nourriture et/ou de boisson, attendre une réponse, écouter, proposer d’offrir autre chose dans l’avenir…

Alors oui, effectivement, il y a des gestes comme nettoyer qui sont d’une nature toute simple, écologique et non spirituelle, et que l’on peut avoir partout et pas juste sur un lieu etc, que cela n’a pas un qualité particulièrement extraordinaire. Mais qui a dit qu’il s’agissait de faire quelque chose d’extraordinaire ? C’est simplement une discipline à prendre. Dans le lieu « sacré » (lieu de pratique) auquel je me rends, j’arrive toujours avec une offrande à l’entrée, à remettre au gardien, pour demander mon droit de passage. C’est devenu automatique de le faire, et je considère que la réponse, elle, ne l’est jamais. J’attends sur le seuil, un signe, quelque chose, un ressenti, pour savoir si le jour est faste ou pas, si ma venue va déranger le flux du Bois. Maintenant, étant donné qu’on m’a chargé de « prendre en charge » cet endroit, je suppose que ça arrivera moins souvent que dans un autre, puisque je dois y travailler. Mais il n’empêche. J’ai avec moi un gâteau fait maison, un biscuit (bio), un fruit, une boisson… et régulièrement, je remets en question la pertinence de ce que j’offre : ce que ça me coûte, si c’est polluant ou non, si c’est quelque chose que les esprits vont aimer, mais est-ce bon pour les animaux qui vont passer par là (le sucre, la graisse etc), et autres considérations du type. Pour cela que le mieux est de pratiquer régulièrement le décentrage : si j’étais un esprit, un animal, comment je fonctionnerais, et qu’est-ce qui pourrait m’intéresser / m’être nécessaire ? Si j’imagine un humain qui débarque avec son morceau de gâteau, qu’est-ce que je vais en penser ? (rire probablement, et trouver ça absurde, mais ça dépend quel type d’esprit je suis). Entre en ligne de mire ici la connaissance générale du monde des esprits, mais aussi la connaissance du règne animal (les comportements, l’habitat, les habitudes alimentaires). Et pour ce faire, il est pratique non seulement d’y réfléchir, mais bien de demander aux Esprits directement (par des biais traditionnels comme des signes mais pas seulement) ce qu’ils souhaitent. Ainsi, maintenant, j’ai devoir d’avoir toujours avec moi un sac poubelle pour ramasser tout que je trouve : les bouteilles, les morceaux de sacs, tous les plastiques, mais aussi les papiers, les déchets… Je pense qu’il y en a globalement peu, mais il y en a quand même.

Mais il y a d’autres règles. On m’a clairement demandé de ne pas couper de plantes, ce n’est pas mon rôle. D’ailleurs, je suis ravie, car j’ai toujours été extrêmement horrifiée par cette idée, et « flippée » aussi, car je considère que je n’ai pas la connaissance botanique pour ça et que j’avais toujours la trouille de faire une connerie (couper d’une mauvaise façon, couper au mauvais endroit, choisir de couper la mauvaise plante dans l’écosystème etc). Bien que cela ait été transformé en discours culcul par le New Age, comment choisir de couper un être vivant ? Surtout sur prétexte que madame ne peut pas passer. XD (Et encore pire : que la clairière n’est pas ronde ou pas « propre ») Si je voulais le faire, si jamais un jour c’était vraiment trop entravant, je demanderai clairement aux Esprits leur autorisation et je devrais procéder avec des règles sacrées. Mais pour l’instant, je suis contente, on m’a dit que pour pratiquer à cet endroit je devais le laisser entièrement en l’état, untouched. Et quand il y aura besoin, je suppose qu’on me fera signe, comme ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsque les esprits m’ont pour une fois demandé d’arracher du lierre sur un arbre qui avait l’air de souffrir. Certains jours, on m’impose aussi une règle de silence : ne pas chanter, ne pas faire trop de bruits avec tout le « ramdam » que je me trimballe, ou à grands coups de chaussures (quand j’en ai) etc. Tout est relatif je suppose, mais par moment ils me font comprendre que l’humain est super bruyant, et que c’est inapproprié.

Pour le reste, je suis encore en pleine exploration. Je parcours, de jour, de nuit, dans un sens, dans l’autre. Je prends des repères mentaux pour ne pas me perdre (surtout quand les esprits décident de lever le voile et que la forêt changé de visage derrière vous et que vous ne vous y retrouvez plus). Je procède à une cartographie mentale, pour l’instant, pour entraîner ma mémoire, et je renomme les coins avec des petits noms naturels. Je prends note des espèces animales qui se baladent et à quelles heures, des plantes (de leur nom, leurs implantations) selon les saisons. Tout doucement, à mon rythme. Puis, en tant que gardienne, on me fait découvrir des petits lieux cachés dans le bois, des clairières derrière des tas d’arbustes plein d’épines ou des arbres qui ont une énergie beaucoup plus fortes que les autres et qui semblent être des « veilleurs » du lieu comme si tout le complexe énergétique reposait sur eux. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a commencé à me demander d’agir pour eux, de surveiller leurs « besoins » spirituels, l’équilibre de l’ensemble, ou leur état d’agitation (on m’a envoyé faire certains rituels de nuit, spécifiquement pour les esprits locaux), ou de redresser certaines barrières protectrices naturelles (que les non praticiens sentent tout de même inconsciemment) par exemple.

Et puis le vagabondage, encore et encore, du Lieu, pour le connaître par coeur. Le moindre tournant, le moindre dénivelé, observer les arbustes morts et ceux qui croissent, le bruit du vent dans les feuilles, selon la saison, le quota de vent, la pression atmosphérique, les oiseaux dans les coins, selon les heures… La texture du sol selon le degré d’humidité, le son sous les pas, les herbes folles qui seront sèches et crissantes ou molles et glissantes. La couleur exacte du soleil qui se couche sur le tronc des arbustes, selon son degré par rapport à l’horizon. Le ciel, dégagé ou non, et son dégradé de bleu. Les nuages de pluie qui arrivent, leur texture, leur couleur, leur poids au-dessus des monts. Et les nuages aériens de glace. Et les paillettes brillantes ou étouffantes du brouillard qui monte du ruisseau au fond du val, selon qu’il est givrant ou non. Le tout entrecoupé par l’activité humaine qui ronronne alentour bien sûr, les voitures sur la départementale selon l’horaire. Car nous ne sommes pas en rase campagne ici. Nous sommes entre-deux. Mais malgré tout, l’écrin est possible, à flanc de colline, et le travail commun sur ce lieu, avec les Esprits. Mélange des plans, liens qui se tissent dans un environnement moderne qui est le nôtre.

Difficile d’entrer plus dans le détail, c’est une multitude d’expériences, répétées, à vivre soi-même. J’espère que l’article ne sera pas trop confus parce que dans ma tête ça l’était, et je n’étais pas forcément super à l’aise pour partager tout ça. On finira sur quelques photos.

Le mois des Morts

Tous les ans, il se vérifie, depuis ma jeunesse. Et depuis certains déclencheurs spirituels sur mon chemin, en 2011, toujours un peu plus chaque année. Bien qu’il ne soit pas toujours marqué du sceau du Silence comme les années précédents (2013, 2012), la tonalité demeure, égale à elle-même, tous les ans.

Le mois de novembre, à cheval sur les quelques jours qui précédent et qui marquent l’ouverte de « Samhain », et jusqu’aux premiers jours de décembre au moins, voit se rassembler les Morts. Le voile est plus fin, mais les énergies sont plus agitées également. Les esprits troublés peuvent revenir, et ceux qui sont entre la vie et la mort peuvent être emportés par la Chasse Sauvage à ce moment-là. Je suis constamment étonnée de l’intensité que cela peut prendre, et des humeurs qui remontent par la Porte grande ouverte. Les Morts ont besoin qu’on s’occupe d’eux parfois. Eux aussi ont des émotions non-digérées, des tristesses, des chagrins, des colères… Cette période est également extrêmement poignante et mélancolique. Les murmures se font un peu plus que murmures, les esprits quand ils peuvent se regroupent, s’entre-aident, mais cela n’est pas toujours possible. Mes veilleuses sont allumées tout le mois, et « ma porte » est souvent sollicitée. Il suffit de pas grand chose. J’entends les chants, et je réponds. Je les sens passer, se demander, je réponds à leurs interrogations, et ils reprennent leur chemin. Et aussi con que je puisse me sentir, dans ma petite pièce, avec mes activités mondaines et mes propres doutes, avec une absence totale de maîtrise de technique vocale ou autre, je sens bien que quand il y a un fil qui passe, un flux, que je l’attrape, et que je chante pour le suivre, ceux qui sont pas très loin et qui sont blessés se rapprochent et se roulent en boule. Un peu comme des chats. Je chante, et ils se mettent à la lisière, ils écoutent, et ça leur fait du bien. Ils ont parfois soif et faim, mais ce que je leur offre le plus souvent, ce sont ces chants.

Le mois de novembre est cruel et difficile. N’oubliez pas les morts si vous pouvez, une coupe de lait à table ou au coin d’une fenêtre, au pied d’un arbre, à un carrefour. Une part de gâteau, une pomme coupée, du raisin, de la confiture… Ou une lumière à la fenêtre de nuit, une musique apaisante, votre présence.

Et la roue tourne… Equinoxe

La saison humide revient, et je sens ce ruissellement spirituel qui caractérise cette partie de l’année. Impossible à définir, à dépeindre, à expliquer. Mais je vois depuis assez longtemps l’équinoxe d’automne comme une sorte de rivière souterraine. C’est la sensation que ça me procure à ce moment-là de l’année. Et on n’y a pas coupé. Quelque chose qui court, qui produit un espace de transition, et qui emporte des choses avec lui.

A cette période je passe souvent mes caps. Et j’en avais déjà parlé l’année dernière, de pourquoi cette date est importante pour moi. Et j’avais raconté ce que j’y avais fait. Ca me paraît loin, j’ai dû faire un effort pour m’en souvenir ; nécessairement après tout ce qui est arrivé. Si je me rappelle bien de l’ouverture de la roue, ce qu’il y avait juste avant était comme derrière un fossé. Quoiqu’il en soit, je suis contente car je n’ai pas fini l’année seule. Plus le temps passe et plus je ressens une double dimension émerger. Pour des tas de raisons et de pratiques, la majorité de mes activités se fait encore en solitaire, c’est comme ça que ça fonctionne. Mes divers projets, objectifs, et travaux spirituels. Mais j’ai réellement besoin aussi de me réunir avec d’autres pour passer certains caps, j’y ai pris goût, à cette dynamique de groupe, et au sens fort du « relier » de notre religion. Car pour moi c’en est une. Une culture et une religion.

Des visages connus sur un quai de gare. Les habitués. Je ne suis venue que deux fois mais il y a une telle ambiance dans ce groupe, une forme d’osmose, que je m’y coule comme je peux. C’est fluide,  étonnant. Par ailleurs, on sent que quelque chose change, que c’est en recomposition. Des membres qui vont et viennent, et un noyau dur éclaté entre plusieurs groupes. Mais ce jour-là, pour la dernière  célébration, les personnes qui sont présentes font sens. Ca me semble bien convenir aux énergies du moment. Des choses qui se cristallisent doucement, mais qui ont été fluides.

Nouvelle structure rituelle. J’ai du mal avec le changement de mes habitudes, j’ai besoin d’un minimum de repère, mais on fera avec. J’aime découvrir et expérimenter. Je suis* le leader (*du verbe suivre). Et à ma grande surprise, lors des explications je soupçonne des trouvailles inspirées, et au plein coeur du rituel, je ressens clairement une forme d’alignement avec des « gestes » ancestraux ; c’est très difficile à décrire, mais très puissant. Je ne sais pas comment je pourrais me passer de ces moments de rituels de nuit dans les bois autour d’un feu. Les sensations que ça procure à l’intérieur de soi sont incomparables, et pour la mise en place de rituels aussi. Les lieux vibrent, on se met au diapason. Il y a des murmures, des sifflements, des grognements, des chants, des percussions ; on marche, on saute… Et on se tait aussi beaucoup. La qualité du silence rituel est extraordinaire à expérimenter. Chacun s’immerge, s’imbibe… Des gestes discrets alternent avec les chants, les incantations.

Et puis comme souvent, le rituel monte, les gens prennent leurs aises, et on obtient des effets très intéressants sur chacun. Des énergies qui se modulent, ; des chants lâchés, libres ; des petits sauts qui se transforment en danse. Une forme d’énergie commune, qui tient à la fois de la période, du lieu, et de l’événement, qui produit un courant qui se transmet de l’un à l’autre, repris, transformé, communiqué, dans une fluidité remarquable. « Osmose ». Le mot me revient beaucoup à la bouche depuis la célébration. La beauté d’entendre des invocations, des incantations, pour inviter les Esprits et les Dieux à prendre leurs dûs. La possibilité vivante de se voir refuser… Silence vibrant après la fin d’un écho, réverbérations entre les arbres. Et tout le groupe debout, amassé, côte à côte, tous immobiles, dans l’attente. Percutant.

Ensuite, le repas est convivial et égal à la joie de vivre du groupe, avec la soirée qui suit le même rythme parallèle à celui du rituel :  ça monte en intensité et en débordements. D’autres chants montent, dans plusieurs langues, dans plusieurs tonalités. D’autres invocations. Etonnant moment avec des personnes issues de lieux et de groupes différents rassemblées à ce moment-là, ce soir-là, dans le même but. Y compris pour réaffirmer leur lien avec l’une des personnes présentes, qui marque nos vies. Bien que pris par surprise, chacun à sa façon, chacun pour ses raisons, tous acceptent de se mouiller.

Photo foireuse des braises incroyables d’une de ces fins de soirée,
en pleine nuit, histoire d’illustrer, parce que je remarque
que je n’ai jamais pris de photos jusqu’ici.

 

Et finalement une nuit sur place pour certains des habitués, dans une forêt bien animée après une telle soirée. Se lever sur les lieux après une nuit de rituel. Se rendre compte que les différents lieux où ont été sacrifié les offrandes sont transfigurés énergétiquement après la nuit ; la marque claire du passage des Esprits et des Dieux qui sont venus festoyer après nous. Percevoir, malgré des modifications récentes, la puissance qui se dégage de la nouvelle enceinte sacrée, et des piliers. Rallumer un foyer, s’y rassembler en silence, et partager la nourriture et la boisson, alors que l’humidité complètement dissipée la veille est montée puissamment du sol au petit matin. Moment de communion encore. Comment s’en passait-on jusqu’ici ? Il convoque en moi de nombreuses images et plusieurs souvenirs mélangés. Parfois des bons, parfois des mauvais. Ce qui a pu y ressembler autrefois, et les occasions pour lesquelles cela a manqué. Ca fait sens. Notre présence ici, nos liens, le rituel. Je me sens vivante et ramassée sur moi-même, à l’essentiel. L’idée de quitter la forêt me coûte, mais on n’y pense pas tant que nous ne nous sommes pas mis en route. On rassemble les affaires efficacement, on trie, et on avance. Toujours concentrés sur nos objectifs.

C’est lorsque nous sommes sur le sentier qui s’éloigne, que le jour bat son plein alors qu’il faisait si sombre dans le forêt, et que l’humidité n’est plus, que la chaleur est là, que je réalise. La rupture à la fois progressive et brutale pour le corps, la peau, qui enregistre tout un tas de signaux, et rappelle ainsi à l’esprit que ça y est, c’est fini. Pincement au coeur de devoir quitter ce foyer qui résonne ; vertige en revenant vers cette ville dont les énergies stagnantes sont encore plus visibles après ces dernières heures (note: une autre preuve aussi, s’il en faut, que ce sont les vibrations des gens qui font les villes, en partie, et que lorsque les gens qui composent une ville sont « en bon état », ça vibre mieux). Revenir est toujours difficile, mais il le faut bien.  Je me console à la pensée que les Esprits et les Dieux sont partout, et que j’ai mes propres sanctuaires à entretenir, et que là-bas aussi je peux y inscrire leur marque. Aussi, que la relation organique et juste d’osmose avec la Terre peut être maintenue partout ; c’est une quête perpétuelle pour laquelle j’ai prêté serment.

Nos chemins se séparent pour l’instant, et je ne sais jamais quand et s’ils se recroiseront, mais je l’espère. Depuis, je suis toujours baignée de l’énergie de ce moment, je ne reflue pas encore. Un équinoxe bien puissant cette année, qui me transporte. Alors quant à penser à la clôture de cette roue, et à la nouvelle année, non, ça sera pour plus tard.

Une pause, deux pauses, trois pauses… Bilan

Long time no see.

Probablement beaucoup de mystère, et trop de mots pour pas grand chose… Cela fait si longtemps que je n’avais pas écrit, je souhaitais marquer une croix ici, et si possible partager un fragment des sinuosités de ces derniers mois après tout ce silence pour les lecteurs qui passent encore. Les « followers », les copains païens, les amis.

 ***

Après des moments auprès de menhirs, de fontaines sacrées, de monts puissants, de forêts enchantées, de mers dévorantes. Après de nombreux mois sans rien écrire, après des crashs nombreux, après quatre déménagements, aller retour, 600 km dans un sens, puis dans l’autre. Après des célébrations de fêtes sacrées magnifiques, avec des groupes différents à chaque fois. Après…. beaucoup de choses… Me revoici.

Une vie à 100 à l’heure telle qu’on me la connaît bien. Du boulot, des projets, des activités en ligne nombreuses. Progressivement tout s’est arrêté, jusqu’à une chute brutale. Une étape de vie, un gros noeud dans le parcours, la jointure de tout. Alors que cette année s’était ouverte sur un Samhain effectivement violent, son pendant, Beltane, fut d’un sombre très étonnant, et d’une puissance tout au moins identique. C’était un gros tronc d’arbre sur la voie de chemin de fer, et le TGV a déraillé. Tout est parti de biais. Mes besoins, mes envies, mon cercle de proche, mon confort, mes habitudes… J’ai fait du vide à ma façon. Progressivement j’ai déserté un à un mes propres forums, mes blogs, mes projets, puis mon boulot, mes élèves un à un, mon lieu de vie, mon quartier, … Tout quitter. Se retrouver entièrement ailleurs. Un autre air, d’autres paysages, une autre terre, d’autres fréquentations, d’autres Dieux. C’est très étrange, car après la crise, je ne me suis pas retrouvée toute seule un seul jour, depuis début juin jusqu’à aujourd’hui. Ou pas suffisamment pour que je puisse le ressentir ainsi. Et pourtant, j’ai fait le vide en moi aussi. Je me suis abandonnée à entièrement autre chose, à d’autres personnes, à d’autres tâches, y compris spirituelles. Et ainsi, tout en vivant pleinement, à un autre rythme, mais tout aussi rempli, j’ai obtenu mon recul et mon vide zen.

Ce n’était pas confortable d’avoir tout quitté, et d’avoir tout suspendu ainsi. Mes projets, mes certitudes, mon destin, mes envies, mes besoins, et jusqu’à mon âme en partie (au moins au figuré). Ma personnalité. Ce qui me fait moi. Mais s’éloigner, on le sait, permet aussi de mieux se retrouver. Une suspension un peu extrême, tout remettre en question, pour se tester, pour se trouver au milieu d’un grand vide (ou d’un grand plein). J’ai appris à recevoir, à saisir la main qu’on me tend pour m’aider, et j’ai saisi une opportunité qui m’était donnée même si elle faisait peur. Rejoindre des lieux de légende, puissants (un peu trop parfois), rejoindre des amis, et découvrir. Les découvrir, se découvrir grâce à un nouvel environnement, et explorer. Les lieux, le pagus, les Dieux, ma propre foi, la leur, et tout ce qui m’environnait. Je me demande parfois quelle limite a notre curiosité humaine, si elle en a, et quel concentré d’expériences on peut supporter sans saturer. Le moins que l’on puisse dire est que c’était intense. Indescriptible, tellement difficile à rendre en mots. C’était un tourbillon qui m’a emportée, happée, tenue, maintenue, jusqu’à il y a peu. Jusqu’à ce que je sente le vent tourner, et que je prenne mon envol, pour retourner à la source.

Il semblerait que j’aime le risque et les paris fous. Notamment les paris de foi. J’ai tout abandonné, tout laissé derrière moi en mai, afin de vivre autre chose. Afin de suivre un flux, et d’aller à l’endroit où je devais être. J’avais été prévenue, par mes alliés plusieurs mois à l’avance, et par mon hôtesse aussi, que rien ne serait plus comme avant, et que c’était une prise de risque. Pour pouvoir évoluer, grandir, apprendre, il fallait mettre beaucoup de choses que j’étais de côté. Et effectivement, une fois sur place j’ai été happée par autre chose. J’ai découvert un monde à part entière, qui résonne de cette terre-là. C’était toute une cosmogonie, tout un système reconstruit de zéro. D’autres Dieux aux noms étranges. Plus de Freyja, de Heimdall, de Hel, des Nornes, plus de Dionysos, de Hermès, de Khepry, de Meretseger, plus d’esprits des Morts, des animaux, des plantes, plus d’alliés… le silence. Et plus de certitudes non plus, sur qui a dit quoi, qui fait quoi, qui régit quoi. Quel Dieu a quel statut ? Et quel esprit ? Qui a le dernier mot ? Y a-t-il une hiérarchie qui comprend le tout ? Quelles sont les règles ?

Et puis plus de tirages de cartes, non plus. Du jour au lendemain, quelque chose s’est détaché et imposé. Ca n’était plus le moment, ni pour ma santé, ni pour mon esprit. Plus rien. Le grand silence. Le grand saut dans l’inconnu. Tout arrêter pour tout remettre en question. Est-ce nécessaire ? Est-ce juste ? Qu’est-ce qui me caractérise ? Qui sont mes alliés ? Qui suis-je seule ? Le propre des transformations violentes, c’est qu’elles viennent insidieusement et une fois qu’on est dedans on a du mal à se raccrocher aux branches. Du coup, j’ai abandonné les lieux derrière moi progressivement, et je n’ai prévenu nulle part pour la troupe de joyeux lurons qu’est le net. Mis à part sur mon Facebook restreint, et parfois sur les forums (et encore), j’ai glissé un mot. Mais je n’avais ni explications à donner, ni date de retour. Ma boutique etsy a dû être laissée de côté également. Les cartes étant tombé sous le sceau du Silence et du Tabou.

J’ai voulu voir d’autres horizons, qui correspondaient à d’autres. Entrer dans un groupe, entrer dans un système. Et j’y ai cru ; assez longtemps pour quelqu’un comme moi. J’ai littéralement embrassé cette foi, ce système, je m’y suis abandonnée à 100% pour voir. Je voulais le vivre à fond, observer toutes ses myriades de facettes à l’intérieur, voir des mes propres yeux, décortiquer, comprendre… Et pas vraiment d’ailleurs. Non, pour une fois, j’ai fait d’abord appel à tous mes sens. Je me suis immergée dans cet « espace », je l’ai bu, intégré, et c’est seulement au bout du chemin que j’ai réfléchi quoique ce soit. Les transitions, les constats, ont été d’une autre nature. Dans mon corps, dans mes tripes fraîchement éveillées. Et au bout du compte la déception demeure. Je n’ai pas pu m’y adapter. Je ne suis pas ça, cela ne me correspond pas. On aura beau essayer de me faire rentrer dans un moule, dans une case, ça sera toujours en vain. Mon chemin est fait de flou, de complexité, d’errance. Certains ne sont pas faits pour les traditions. Et on ne pourra pas non plus me faire renier mes alliés. Les initiations passées ont été coûteuses, et elles forgent l’âme et le chemin comme une lame que l’on trempe. Elles forgent les liens avec les esprits et les dieux, et ce puissamment. Je ne m’en remettrai pas à d’autres nouveaux venus en si peu de temps. Renier n’est pas envisageable ; j’ai des devoirs, et des engagements. Ceux à qui je fais confiance l’ont mérité, et cela a demandé bien du temps.

Au bout de la route, j’ai bien vu qu’il n’y a pas qu’une vérité, pas qu’une façon de faire. Mais que chaque personne trouve son compte dans ce qui l’arrange ou lui correspond. Que chaque Dieu peut avoir son mot à dire. Chaque faction. Ce qui me semble dangereux, c’est le jour où l’on croit détenir LA vérité, où l’on s’arrête à ce qu’un seul Dieu (ou même deux) nous dit, et où l’on se met à juger les autres et leurs chemins. Je crois qu’il m’est arrivée d’être passée par là autrefois, sur certains sujets, et c’est pour cette raison que j’avais pris du recul et que j’avais commencé à cheminer plus concrètement. Revenir à l’humus de la terre, et explorer. Parler moins, observer plus. En tout cas je veille à ne pas le devenir. Car après tout nous sommes dans un domaine hors du monde matériel et du monde sensible, qui entre en plein dans le terrain de la subjectivité. Nous avons tous des filtres et nous sommes nous-mêmes des filtres…. rien de tout cela n’est certain, défini, et en plus de cela nous ne sommes que des hommes. Tout ceci est peut-être complètement erroné. Peut-être que tout cela n’existe pas, et nous ne le saurons jamais.

The Road Goes Ever On and On

Me voilà revenue sur ma terre d’enfance. Quitté 5 ans de vie dans mon quartier parisien, les premières racines que je m’étais jamais faites, mes partenariats avec les esprits locaux… Et revenue plus loin, comme un voyage dans le temps, sur les terres de ma jeunesse, et aussi de ma jeunesse païenne et polythéiste. Après autant d’aventures je ne peux qu’être déphasée, je dois me reposer et me poser tout court. Et je regarde les arbres, les cieux et le vent avec un air interrogateur. Je sonde les cris des oiseaux et les murmures…. Le silence va-t-il se remplir ? Vont-ils revenir ces alliés que j’avais laissés derrière moi ? Après ce grand pari, cette grande distance, que reste-t-il ? Les seules qui sont restées sont Morrigan et la Libellule. Elles m’ont littéralement collée à la peau. Dans mon sang, dans mes veines, dans les cris guerriers qui ont résonné dans les bois et sur les collines. Cet été a été très morrigannien, et j’essaierai de rassembler mes esprits pour en parler un peu plus avant en d’autres lieux. Des choses ont été violemment confirmées, et des engagements ont été pris. De nombreux projets se confirment, d’autres naissent.

Après mes premières découvertes il y a plus de 10 ans, je suis revenue sur ma terre, et dans le bosquet sacré à flanc de colline. Je suis revenue en me présentant à la porte, en frappant avant d’entrer, et puis j’ai arpenté les sentiers et cherché leurs traces sur les ronces et les aubépines. Je me suis approchée pour faire ma demande formelle, revoir les Fées et les Sylphes et tous les autres, annoncer mon retour et demander l’accueil. Du lait, des bonbons, des gâteaux aux céréales et un chant. Et même deux. Et des prières. Et toujours ce silence…. Et puis, comme cela m’avait saisie autrefois quand je chante à cet endroit, le vent s’est mis à répondre et les esprits y glissent leurs réponses. Les murmures sont très sourds et lointains, et j’ai douté de moi, et d’eux. J’ai attendu, et puis je suis patiemment repartie avec mes affaires.

Mais voilà qu’à la sortie du bois, alors que je n’avais pas encore émergé, j’ai entendu et reconnus les cris. Un couple de faucon m’a survolée et a plané au-dessus ma tête. Trop bonne, la première fois j’ai quand même douté. Et puis en faisant demi-tour, sur le chemin du retour, rebelote. Je le vois qui passe au-dessus des arbres et qui sonde les sous-bois. Et je sens qu’il me cherche, et je le vois qui me regarde. La rencontre me file un coup à l’estomac. Et alors que je sors du fourré, je les vois tous les deux. Lui est parti, mais son partenaire vole au-dessus du sommet, et avec lui une corneille. Ils sont côte à côte et se parlent un instant, puis s’éloignent. J’entends les murmures et je sens au fond de mes tripes… Morrigan et Freyja sont là, toujours là.

Et alors que je m’interroge au sujet des paramètres scientifiques qui peuvent expliquer ces deux rencontres, des heures de la journée, du terrain, des couples… Au moment où je prononce son nom dans ma tête, un autre rapace vient. Une grande buse commune vient se poser en face de moi dans un arbre, juste là. Je n’ai jamais approché d’aussi près des rapaces ni au-dessus de ma tête ni à quelques mètres. Je suis figée, j’attends, et je m’approche finalement, doucement. Elle prend son envol lestement et lentement. Majesté.

Les certitudes ont été testées, les absences aussi ; les alliances, la foi. Je sers les Esprits et je sers la Terre, et ils ne partiront pas. Où que j’aille ils sont là ; corneille ou faucon, ils planent au-dessus de ma tête ; et le reste autour de moi, et sous mes pieds. Ils sont les seuls à qui je dois rendre des comptes.

Prenons-donc notre envol ensemble, je suis de retour.