« You know nothing. »

Un article probablement sinueux, ça fait des mois que ça me titillait, mais ce n’était pas facile à mettre en mots, et j’ai longtemps hésiter à le poster ou pas.

J’avance sur le chemin, j’ai conscience d’avancer sur un chemin, depuis des années, avec des tas d’étapes. On peut se rappeler de jalons dans l’ouverture progressive de la conscience, dans l’acquisition de certaines connaissances, la fréquentation de certains groupes d’échanges, le marquage de telle ou telle initiation, …. De telle année à telle année j’étais sur X forum, je fréquentais souvent Y personnes, je me définissais comme Z. Je lisais beaucoup, je cherchais, j’ai rencontré F groupe féminin, participé au beau T groupe de tambours une fois. On marche, on marche, on marche, on cherche. Les « illuminations », compréhensions fulgurantes de qui nous sommes, de comment pourrait fonctionner le monde et l’Autre, sont déchirantes, comme de regarder trop longtemps le soleil ou de s’approcher un peu trop. Ca nous bouleverse, dans tous les sens du terme, et ça brûle un peu. Sauf que constamment, au fil de mois, des ans, on remet en question tout ce qu’on a trouvé. On apprend à se connaître mieux, ce qui nous convient ou pas, ce qui ne nous va plus, on change de trottoir, de tradition, de groupe. On revoit nos croyances, nos « certitudes », nos valeurs, nos savoirs.

Et on sait, on en a tous entendu parler, on l’a tous vécu au moins une fois, et même plusieurs, la fameuse « nuit noire de l’âme » fait aussi partie du chemin, elle reviendra toujours s’agripper à nous à un moment ou à un autre. On fatigue, on a besoin d’une pause. Ou alors…. le monde se vide, comme si quelqu’un avait débouché la baignoire cosmique, et tout part à la trappe, se dérobe sous les pieds, les symboles, les représentations, les acquis, tout se délite. Et si les Dieux n’étaient tous que les mêmes, avec des noms différents ? Et si les Dieux n’étaient que des égrégores que nous nourrissons ? (ou les théories inverses, selon le point de vue de départ) Et puis pourquoi les prier, s’ils sont juste là pour représenter des valeurs / archétypes / autres ? Qu’est-ce que ça nous apporte ? On a critiqué dans le passé, parfois on critique encore, les superstitions de certains catholiques, les gestes, leurs messes… Mais en quoi est-ce que leurs rites sont moins bons que d’autres ? moins justes ? Pourquoi leur dieu « du désert » serait-il une erreur ? (Puis il y en a d’autres, des dieux du désert) Pourquoi nourrir une haine / un rejet des églises et de ce culte, alors que nous aussi avons nos propres cultes ? Y a-t-il une échelle de valeur ? Laquelle ? Pourquoi ? Est-ce plus grave qu’un catholique (ou même peut-être plus un protestant) rejette ma religion sous prétexte que je vénère des idoles, plutôt qu’un wiccan ou un universaliste qui me disent que je suis folle de croire en la réelle existence des Dieux, que je me fourvoie sur leur « utilité« , et qu’ils ne sont que des archétypes ? (Note: pour chacun des deux termes cités, cela ne représente qu’une infime fraction du type de croyances qui peuvent leur être associé, ce n’est qu’un exemple, pas une dissertation exhaustive). Mais comment savoir après tout qui a raison ? Les éternels débat sur « la vérité », n’y en a-t-il qu’une ? Est-ce que simplement ce n’est pas à chacun de s’informer et de peser, pour lui-même (ou elle-même), et de choisir ce qui lui convient, ce qui le/la convainc le plus, et de l’adopter ? Pourquoi chercher à imposer aux autres sa façon de voir ?

J’ai souvent avancé par phases, par sorte de bonds, que j’ai souvent trouvé violents et gigantesques. Mais il y a eu aussi, entre ses phases dynamiques, soudaines, rapides, des phases de longues errances, recherches, décantations, et aussi des « trous » dans la trame. Des moments où je ne savais plus rien. Je ne savais plus où j’avais les pieds, sur quelle terre, comment j’étais arrivée là, pour quelle raison, qui j’étais, quels étaient mes buts…. Régulièrement tout se remet en question, or plus j’ai avancé, plus je suis allée dans l’intensification de ma « spiritualité » (pour faire large) et ses diverses implications. Je donnais, petit à petit, à la mesure de mes moyens, la place prépondérante aux interactions spirituelles, tel que cela semblait faire partie de mon être profond. Cela a duré longtemps, très longtemps. Malgré des moments flous, mon errance un peu partout, cette sorte de voyage autour du monde des panthéons, pour tirer la sonnette, ressentir la vibration, et voir si cela résonnait à l’intérieur de moi, si quelqu’un de l’autre côté de la Porte répondait. or avec le temps, les mêmes portes ne répondaient pas, parfois une seule des entités derrière X porte me répondait. Je me demandais si le chemin allait se poursuivre ensemble pour l’avenir. Parfois certaines sont restées, parfois pas, c’était une interaction temporaire. Le premier panthéon auquel je m’étais probablement présenté m’est resté bloqué des années entières, malgré offrandes / prières répétées, j’étais persuadée que ça n’était pas mon chemin ! Sauf que sept ans après, PAF, déchirement et « illumination », et aujourd’hui, c’est un de mes fondements. Il y en a eu des drôles de questionnements. IL y en a eu des désillusions, des virages à 180 degrés, parfois 360.

Et rien n’est jamais sûr. Rien n’est jamais su et définitivement acquis.

Je me sentais triste de quitter mon chez moi, de quitter ma terre, je me sentais pleine d’appréhension en août dernier. Je savais que cela serait différent, probablement perturbant, et que cela prendrait du temps. Pourtant j’avais la certitude que « tout irait bien ». Que mes alliances étaient solides, les liens intimes, que je ne me sentirais jamais seule et abandonnée, qu’une partie de ma pratique (même petite) allait demeurer tandis que le reste s’adapterait. C’est tout ce que je me suis dit, pour éviter de projeter au maximum, et pour laisser l’expérience se faire. Mais comme je me suis trompée ! Ca n’a pas suffi. Au début, j’étais tellement occupée, immergée dans les processus administratifs, la reprise du travail, etc, que je n’ai pu m’en rendre compte, je me doutais que j’allais être anesthésiée, que ça me tomberait dessus plus tard. Mon corps a beaucoup envoyé de signaux, résisté. L’eau était différente, son goût, son pH, les produits dedans. La nourriture aussi, pas la même teneur en eau, en nutriment, pas les mêmes variétés. Les énergies de la ville aussi, différentes, nécessairement, même en France dans une autre ville j’aurais dû m’adapter. Mais c’était un tout. le sol sous mes pieds étaient entièrement différent. Les vibrations, tantôt absentes, tantôt très présentes, mais d’un tout autre filtre, d’une autre nature. Comme une autre palette de couleurs, ou plutôt une autre langue. Le filtre de la culture s’appliquait aussi aux énergies, aux Voiles, aux Êtres ici. Le jour ça allait, la nuit l’angoisse montait car je sentais profondément en moi ma différence, ma non appartenance. C’était comme si la terre, les arbres, les êtres invisibles devenaient beaucoup plus présents, partout, leurs murmures, cette pression dans la nuque qui vous fait sentir que vous êtes regardé(e) ou suivi(e). L’étrangère de passage. Et puis au bout de 2 mois, puis 3, je n’étais pas que de passage, et ça s’est senti aussi. Quelles drôles de sensations.

Je n’ai voulu offenser personne, je n’ai pas importé mes pratiques avec moi. J’ai fait une offrande à l’arrivée, j’avais simplement besoin des mes outils dévotionnels et de mes autels. J’attendais les signes de mes Alliés, qui généralement, eux, font la logistique, les échanges, la négociation, pour m’indiquer la marche à suivre. Ce qu’il serait bon d’éviter de faire, ou de faire. J’attendais… Sauf qu’en fait, mis à part l’introduction à l’arrivée, et les restrictions sur telle et telle pratiques (pour lesquelles je n’avais pas le « passe droit » en ce lieu, ou pour lesquels je ne pouvais pas être protégés par eux comme d’habitude) , rien n’est venu. Aucun esprit du lieu n’est venu me parler, me demander des choses. S’il y a des divinités, aucune non plus. Et le plus perturbant…. mes Alliés ne sont pas revenus. Le lien s’est énormément distendu, je les sentais toujours loin. Et progressivement, ça s’étiolait. J’ai attendu, attendu, mais rien. J’ai demandé des rêves, j’ai prié, j’ai fait des offrandes, j’ai été en colère parfois, au désespoir à d’autres. Aucun changement. Il y a eu quelques sursauts, quelques rêves, mais vraiment des choses extrêmement minces et isolées. Certains échanges avec des amis ou connaissances semblaient m’indiquer que je portais toujours sur moi l’intérêt et la marque de notre Grande Reine (Morrigan, pour ceux qui ne le savent pas), donc j’essayais de me dire que  peut-être simplement un statu quo était maintenu malgré tout.

Je manquais d’énergie et de temps. l’année ici était assez dingue. Donc je pensais que cela reviendrait lors des périodes plus calmes en termes d’activité, mais non. Ensuite je me suis dit, la chance que j’ai est d’avoir des alliés qui cessent de me demander des choses quand je ne suis pas bien ou que j’ai des priorités plus urgentes au travail, ce qui peut aller parfois jusqu’à leur retrait complet volontairement quand mon énergie n’est pas assez stable ou forte, pour éviter de me pomper / user (ce qui engendre des périodes plus « vides », mais pas des nuits noires donc). Je me suis dit alors que c’était peut-être un de ces cas-là, et j’attendais. Mais rien. Que penser lorsque l’on a au cœur de soi et sa vie quelque chose d’aussi constitutif, important, qui se dissout ? Comment se définir ? Comment justifier certaines valeurs et croyances?  Quand on n’est pas simplement dévot ou croyant, mais que l’on est pratiquant ? Quand nous sommes en interaction régulièrement avec Eux, que nous travaillons pour Eux, et qu’ils ne sont plus là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Comment se déroulera la suite ? Est-ce que cela reviendra plus tard ? Est-ce que cette partie-là est entièrement dissoute ? Est-ce que la Terre et ses Portes ici me sont fermées parce que je suis étrangère ? Est-ce que c’est une question de temps ? Est-ce que mes fonctions vont être délaissées, que je ne serais plus prêtresse, plus travailleuse des Esprits ? Impossible de savoir si autre chose viendra remplacer cela. Si ici, Certains vont venir frapper à ma porte pour s’introduire. Et si cela ne revient jamais ? Est-ce que cela constituerait être une période de ma vie, et qu’elle va s’arrêter ici ?

« You know nothing. »

Rien n’est certain.

Retour au gardiennage

Ouais, il faut bien l’avouer, le terme français « n’est pas bandant ». Ca manque de précision et de poétique… Ou alors je suis trop impliquée pour me rendre compte que non. Mais je trouve que les désignations anglaise sont bien plus précises et imagées : land stewardship, land guardianship.

Nota: Rappelons-le d’entrée, je ne suis pas une experte, je livre mes ressentis, et des fragments d’expérience obtenus sur le terrain. Très peu de monde « ose » (ce n’est peut-être pas le terme exact évidemment) parler de ça en français, or on m’a demandé d’écrire plus dans cette langue, donc je me lance. D’autant plus que ceci illustre une petite partie du travail que je réalise pour Morrigan, et tant qu’à faire autant parler un peu plus de ce que je fais, puisque c’était un engagement pour l’Antre également.

C’est une pratique que j’avais eue il y a longtemps, dans mon adolescence, et que j’avais discuté avec quelques enthousiastes sur le défunt forum « Quercus Robur ». Et puis j’y suis revenue avec le temps, d’abord autour de mon lieu d’habitation parisien, et puis tout récemment sur les mêmes lieux que ceux de mon enfance, avec mon retour au foyer. Mais bref. Qu’est-ce que c’est le « Land Stewardship », ou Gardiennage de la Terre ? C’est à la fois un « rôle » et un type de travail. Je pars du principe que tout le monde peut l’effectuer, que les Esprits, ainsi que les divinités de la Terre, aimeraient que nous retrouvions ce rapport sain à notre environnement comme nos ancêtres avant nous. Que c’est une forme d’hygiène spirituelle et de mode de vie. Mais pour ma part, c’est aussi un « rôle » puisque l’on (les Esprits et Morrigan) m’a clairement demandé d’approfondir très clairement cette « pratique » et de la transmettre (d’où cet article). Ensuite, a priori, cela peut être un rapport aux Lieux qui se retrouvent à n’importe quel endroit (on honore chaque lieu où on se trouve avec le même protocole), ou bien, quand c’est plus précis (d’où le terme de Gardien), il s’agit de veiller sur un Lieu spécifique, d’en être littéralement le Gardien sacré.

[Nota2: J’ai bien conscience, effectivement, que certaines « traditions » ou « associations » ou même personnes font ça naturellement, certains « sorciers », certains wiccans, certains druidisants, etc. Tout ceci n’est qu’un concept pratique pour désigner une chose]

Après cette mini glose qui établit plein de catégories, que l’on peut trouver factices, mais qui servent juste à se rendre clair, à savoir de quoi on parle, et si possible à éviter des amalgames… passons dans le vif du sujet. En quoi ça consiste ? A nous remettre à notre juste place dans la chaîne, dans l’environnement. Nous ne sommes « que » des humains, des maillons de la chaîne, de passage d’un territoire à un autre. On peut acheter une terre, un terrain, un endroit, mais pour moi on ne peut pas le « posséder », cette notion me gêne énormément. On ne possède pas la terre, on l’emprunte. On traite avec ses gardiens (esprits), et des gardiens il y en a partout. Le « gardiennage », c’est reconnaître que le terrain est habité par d’autres que nous, et peut-être déjà « possédé », et que par conséquent pour nous y établir, ou pour le traverser, ou pour y faire un rituel, il y a probablement des règles à suivre : reconnaître où est la Porte (ou bien l’endroit où se tient le gardien), se présenter avant, dire qui l’on est, ce que l’on vient faire, quelle éthique on possède, saluer le gardien spirituel (qui peut être individuel ou collectif), venir avec une offrande de nourriture et/ou de boisson, attendre une réponse, écouter, proposer d’offrir autre chose dans l’avenir…

Alors oui, effectivement, il y a des gestes comme nettoyer qui sont d’une nature toute simple, écologique et non spirituelle, et que l’on peut avoir partout et pas juste sur un lieu etc, que cela n’a pas un qualité particulièrement extraordinaire. Mais qui a dit qu’il s’agissait de faire quelque chose d’extraordinaire ? C’est simplement une discipline à prendre. Dans le lieu « sacré » (lieu de pratique) auquel je me rends, j’arrive toujours avec une offrande à l’entrée, à remettre au gardien, pour demander mon droit de passage. C’est devenu automatique de le faire, et je considère que la réponse, elle, ne l’est jamais. J’attends sur le seuil, un signe, quelque chose, un ressenti, pour savoir si le jour est faste ou pas, si ma venue va déranger le flux du Bois. Maintenant, étant donné qu’on m’a chargé de « prendre en charge » cet endroit, je suppose que ça arrivera moins souvent que dans un autre, puisque je dois y travailler. Mais il n’empêche. J’ai avec moi un gâteau fait maison, un biscuit (bio), un fruit, une boisson… et régulièrement, je remets en question la pertinence de ce que j’offre : ce que ça me coûte, si c’est polluant ou non, si c’est quelque chose que les esprits vont aimer, mais est-ce bon pour les animaux qui vont passer par là (le sucre, la graisse etc), et autres considérations du type. Pour cela que le mieux est de pratiquer régulièrement le décentrage : si j’étais un esprit, un animal, comment je fonctionnerais, et qu’est-ce qui pourrait m’intéresser / m’être nécessaire ? Si j’imagine un humain qui débarque avec son morceau de gâteau, qu’est-ce que je vais en penser ? (rire probablement, et trouver ça absurde, mais ça dépend quel type d’esprit je suis). Entre en ligne de mire ici la connaissance générale du monde des esprits, mais aussi la connaissance du règne animal (les comportements, l’habitat, les habitudes alimentaires). Et pour ce faire, il est pratique non seulement d’y réfléchir, mais bien de demander aux Esprits directement (par des biais traditionnels comme des signes mais pas seulement) ce qu’ils souhaitent. Ainsi, maintenant, j’ai devoir d’avoir toujours avec moi un sac poubelle pour ramasser tout que je trouve : les bouteilles, les morceaux de sacs, tous les plastiques, mais aussi les papiers, les déchets… Je pense qu’il y en a globalement peu, mais il y en a quand même.

Mais il y a d’autres règles. On m’a clairement demandé de ne pas couper de plantes, ce n’est pas mon rôle. D’ailleurs, je suis ravie, car j’ai toujours été extrêmement horrifiée par cette idée, et « flippée » aussi, car je considère que je n’ai pas la connaissance botanique pour ça et que j’avais toujours la trouille de faire une connerie (couper d’une mauvaise façon, couper au mauvais endroit, choisir de couper la mauvaise plante dans l’écosystème etc). Bien que cela ait été transformé en discours culcul par le New Age, comment choisir de couper un être vivant ? Surtout sur prétexte que madame ne peut pas passer. XD (Et encore pire : que la clairière n’est pas ronde ou pas « propre ») Si je voulais le faire, si jamais un jour c’était vraiment trop entravant, je demanderai clairement aux Esprits leur autorisation et je devrais procéder avec des règles sacrées. Mais pour l’instant, je suis contente, on m’a dit que pour pratiquer à cet endroit je devais le laisser entièrement en l’état, untouched. Et quand il y aura besoin, je suppose qu’on me fera signe, comme ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsque les esprits m’ont pour une fois demandé d’arracher du lierre sur un arbre qui avait l’air de souffrir. Certains jours, on m’impose aussi une règle de silence : ne pas chanter, ne pas faire trop de bruits avec tout le « ramdam » que je me trimballe, ou à grands coups de chaussures (quand j’en ai) etc. Tout est relatif je suppose, mais par moment ils me font comprendre que l’humain est super bruyant, et que c’est inapproprié.

Pour le reste, je suis encore en pleine exploration. Je parcours, de jour, de nuit, dans un sens, dans l’autre. Je prends des repères mentaux pour ne pas me perdre (surtout quand les esprits décident de lever le voile et que la forêt changé de visage derrière vous et que vous ne vous y retrouvez plus). Je procède à une cartographie mentale, pour l’instant, pour entraîner ma mémoire, et je renomme les coins avec des petits noms naturels. Je prends note des espèces animales qui se baladent et à quelles heures, des plantes (de leur nom, leurs implantations) selon les saisons. Tout doucement, à mon rythme. Puis, en tant que gardienne, on me fait découvrir des petits lieux cachés dans le bois, des clairières derrière des tas d’arbustes plein d’épines ou des arbres qui ont une énergie beaucoup plus fortes que les autres et qui semblent être des « veilleurs » du lieu comme si tout le complexe énergétique reposait sur eux. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a commencé à me demander d’agir pour eux, de surveiller leurs « besoins » spirituels, l’équilibre de l’ensemble, ou leur état d’agitation (on m’a envoyé faire certains rituels de nuit, spécifiquement pour les esprits locaux), ou de redresser certaines barrières protectrices naturelles (que les non praticiens sentent tout de même inconsciemment) par exemple.

Et puis le vagabondage, encore et encore, du Lieu, pour le connaître par coeur. Le moindre tournant, le moindre dénivelé, observer les arbustes morts et ceux qui croissent, le bruit du vent dans les feuilles, selon la saison, le quota de vent, la pression atmosphérique, les oiseaux dans les coins, selon les heures… La texture du sol selon le degré d’humidité, le son sous les pas, les herbes folles qui seront sèches et crissantes ou molles et glissantes. La couleur exacte du soleil qui se couche sur le tronc des arbustes, selon son degré par rapport à l’horizon. Le ciel, dégagé ou non, et son dégradé de bleu. Les nuages de pluie qui arrivent, leur texture, leur couleur, leur poids au-dessus des monts. Et les nuages aériens de glace. Et les paillettes brillantes ou étouffantes du brouillard qui monte du ruisseau au fond du val, selon qu’il est givrant ou non. Le tout entrecoupé par l’activité humaine qui ronronne alentour bien sûr, les voitures sur la départementale selon l’horaire. Car nous ne sommes pas en rase campagne ici. Nous sommes entre-deux. Mais malgré tout, l’écrin est possible, à flanc de colline, et le travail commun sur ce lieu, avec les Esprits. Mélange des plans, liens qui se tissent dans un environnement moderne qui est le nôtre.

Difficile d’entrer plus dans le détail, c’est une multitude d’expériences, répétées, à vivre soi-même. J’espère que l’article ne sera pas trop confus parce que dans ma tête ça l’était, et je n’étais pas forcément super à l’aise pour partager tout ça. On finira sur quelques photos.

Et la roue tourne… Equinoxe

La saison humide revient, et je sens ce ruissellement spirituel qui caractérise cette partie de l’année. Impossible à définir, à dépeindre, à expliquer. Mais je vois depuis assez longtemps l’équinoxe d’automne comme une sorte de rivière souterraine. C’est la sensation que ça me procure à ce moment-là de l’année. Et on n’y a pas coupé. Quelque chose qui court, qui produit un espace de transition, et qui emporte des choses avec lui.

A cette période je passe souvent mes caps. Et j’en avais déjà parlé l’année dernière, de pourquoi cette date est importante pour moi. Et j’avais raconté ce que j’y avais fait. Ca me paraît loin, j’ai dû faire un effort pour m’en souvenir ; nécessairement après tout ce qui est arrivé. Si je me rappelle bien de l’ouverture de la roue, ce qu’il y avait juste avant était comme derrière un fossé. Quoiqu’il en soit, je suis contente car je n’ai pas fini l’année seule. Plus le temps passe et plus je ressens une double dimension émerger. Pour des tas de raisons et de pratiques, la majorité de mes activités se fait encore en solitaire, c’est comme ça que ça fonctionne. Mes divers projets, objectifs, et travaux spirituels. Mais j’ai réellement besoin aussi de me réunir avec d’autres pour passer certains caps, j’y ai pris goût, à cette dynamique de groupe, et au sens fort du « relier » de notre religion. Car pour moi c’en est une. Une culture et une religion.

Des visages connus sur un quai de gare. Les habitués. Je ne suis venue que deux fois mais il y a une telle ambiance dans ce groupe, une forme d’osmose, que je m’y coule comme je peux. C’est fluide,  étonnant. Par ailleurs, on sent que quelque chose change, que c’est en recomposition. Des membres qui vont et viennent, et un noyau dur éclaté entre plusieurs groupes. Mais ce jour-là, pour la dernière  célébration, les personnes qui sont présentes font sens. Ca me semble bien convenir aux énergies du moment. Des choses qui se cristallisent doucement, mais qui ont été fluides.

Nouvelle structure rituelle. J’ai du mal avec le changement de mes habitudes, j’ai besoin d’un minimum de repère, mais on fera avec. J’aime découvrir et expérimenter. Je suis* le leader (*du verbe suivre). Et à ma grande surprise, lors des explications je soupçonne des trouvailles inspirées, et au plein coeur du rituel, je ressens clairement une forme d’alignement avec des « gestes » ancestraux ; c’est très difficile à décrire, mais très puissant. Je ne sais pas comment je pourrais me passer de ces moments de rituels de nuit dans les bois autour d’un feu. Les sensations que ça procure à l’intérieur de soi sont incomparables, et pour la mise en place de rituels aussi. Les lieux vibrent, on se met au diapason. Il y a des murmures, des sifflements, des grognements, des chants, des percussions ; on marche, on saute… Et on se tait aussi beaucoup. La qualité du silence rituel est extraordinaire à expérimenter. Chacun s’immerge, s’imbibe… Des gestes discrets alternent avec les chants, les incantations.

Et puis comme souvent, le rituel monte, les gens prennent leurs aises, et on obtient des effets très intéressants sur chacun. Des énergies qui se modulent, ; des chants lâchés, libres ; des petits sauts qui se transforment en danse. Une forme d’énergie commune, qui tient à la fois de la période, du lieu, et de l’événement, qui produit un courant qui se transmet de l’un à l’autre, repris, transformé, communiqué, dans une fluidité remarquable. « Osmose ». Le mot me revient beaucoup à la bouche depuis la célébration. La beauté d’entendre des invocations, des incantations, pour inviter les Esprits et les Dieux à prendre leurs dûs. La possibilité vivante de se voir refuser… Silence vibrant après la fin d’un écho, réverbérations entre les arbres. Et tout le groupe debout, amassé, côte à côte, tous immobiles, dans l’attente. Percutant.

Ensuite, le repas est convivial et égal à la joie de vivre du groupe, avec la soirée qui suit le même rythme parallèle à celui du rituel :  ça monte en intensité et en débordements. D’autres chants montent, dans plusieurs langues, dans plusieurs tonalités. D’autres invocations. Etonnant moment avec des personnes issues de lieux et de groupes différents rassemblées à ce moment-là, ce soir-là, dans le même but. Y compris pour réaffirmer leur lien avec l’une des personnes présentes, qui marque nos vies. Bien que pris par surprise, chacun à sa façon, chacun pour ses raisons, tous acceptent de se mouiller.

Photo foireuse des braises incroyables d’une de ces fins de soirée,
en pleine nuit, histoire d’illustrer, parce que je remarque
que je n’ai jamais pris de photos jusqu’ici.

 

Et finalement une nuit sur place pour certains des habitués, dans une forêt bien animée après une telle soirée. Se lever sur les lieux après une nuit de rituel. Se rendre compte que les différents lieux où ont été sacrifié les offrandes sont transfigurés énergétiquement après la nuit ; la marque claire du passage des Esprits et des Dieux qui sont venus festoyer après nous. Percevoir, malgré des modifications récentes, la puissance qui se dégage de la nouvelle enceinte sacrée, et des piliers. Rallumer un foyer, s’y rassembler en silence, et partager la nourriture et la boisson, alors que l’humidité complètement dissipée la veille est montée puissamment du sol au petit matin. Moment de communion encore. Comment s’en passait-on jusqu’ici ? Il convoque en moi de nombreuses images et plusieurs souvenirs mélangés. Parfois des bons, parfois des mauvais. Ce qui a pu y ressembler autrefois, et les occasions pour lesquelles cela a manqué. Ca fait sens. Notre présence ici, nos liens, le rituel. Je me sens vivante et ramassée sur moi-même, à l’essentiel. L’idée de quitter la forêt me coûte, mais on n’y pense pas tant que nous ne nous sommes pas mis en route. On rassemble les affaires efficacement, on trie, et on avance. Toujours concentrés sur nos objectifs.

C’est lorsque nous sommes sur le sentier qui s’éloigne, que le jour bat son plein alors qu’il faisait si sombre dans le forêt, et que l’humidité n’est plus, que la chaleur est là, que je réalise. La rupture à la fois progressive et brutale pour le corps, la peau, qui enregistre tout un tas de signaux, et rappelle ainsi à l’esprit que ça y est, c’est fini. Pincement au coeur de devoir quitter ce foyer qui résonne ; vertige en revenant vers cette ville dont les énergies stagnantes sont encore plus visibles après ces dernières heures (note: une autre preuve aussi, s’il en faut, que ce sont les vibrations des gens qui font les villes, en partie, et que lorsque les gens qui composent une ville sont « en bon état », ça vibre mieux). Revenir est toujours difficile, mais il le faut bien.  Je me console à la pensée que les Esprits et les Dieux sont partout, et que j’ai mes propres sanctuaires à entretenir, et que là-bas aussi je peux y inscrire leur marque. Aussi, que la relation organique et juste d’osmose avec la Terre peut être maintenue partout ; c’est une quête perpétuelle pour laquelle j’ai prêté serment.

Nos chemins se séparent pour l’instant, et je ne sais jamais quand et s’ils se recroiseront, mais je l’espère. Depuis, je suis toujours baignée de l’énergie de ce moment, je ne reflue pas encore. Un équinoxe bien puissant cette année, qui me transporte. Alors quant à penser à la clôture de cette roue, et à la nouvelle année, non, ça sera pour plus tard.

Un résumé du travail des 6 derniers mois

Je ne pensais pas réussir à poster quoique ce soit à ce sujet, mais quand il a fallu que je m’attelle à publier un bilan pour l’anniversaire de l’Antre de Morrigan (4 ans), je me suis mise à évoquer le travail avec la Terre que j’ai fait au cours de ces 6 derniers mois. Je ne vais pas le poster en double, simplement l’introduire et renvoyer vers la page, mais il me semblait que ça mériterait peut-être d’être lié ici étant donné qu’il parle de mon travail polythéiste et païen, que je voulais essayer de remettre un peu en avant ici (avec beaucoup de mal lol). Il complète pas mal l’article précédemment publié qui parlait de mon été.

Voici donc, suivez le lien!

Une pause, deux pauses, trois pauses… Bilan

Long time no see.

Probablement beaucoup de mystère, et trop de mots pour pas grand chose… Cela fait si longtemps que je n’avais pas écrit, je souhaitais marquer une croix ici, et si possible partager un fragment des sinuosités de ces derniers mois après tout ce silence pour les lecteurs qui passent encore. Les « followers », les copains païens, les amis.

 ***

Après des moments auprès de menhirs, de fontaines sacrées, de monts puissants, de forêts enchantées, de mers dévorantes. Après de nombreux mois sans rien écrire, après des crashs nombreux, après quatre déménagements, aller retour, 600 km dans un sens, puis dans l’autre. Après des célébrations de fêtes sacrées magnifiques, avec des groupes différents à chaque fois. Après…. beaucoup de choses… Me revoici.

Une vie à 100 à l’heure telle qu’on me la connaît bien. Du boulot, des projets, des activités en ligne nombreuses. Progressivement tout s’est arrêté, jusqu’à une chute brutale. Une étape de vie, un gros noeud dans le parcours, la jointure de tout. Alors que cette année s’était ouverte sur un Samhain effectivement violent, son pendant, Beltane, fut d’un sombre très étonnant, et d’une puissance tout au moins identique. C’était un gros tronc d’arbre sur la voie de chemin de fer, et le TGV a déraillé. Tout est parti de biais. Mes besoins, mes envies, mon cercle de proche, mon confort, mes habitudes… J’ai fait du vide à ma façon. Progressivement j’ai déserté un à un mes propres forums, mes blogs, mes projets, puis mon boulot, mes élèves un à un, mon lieu de vie, mon quartier, … Tout quitter. Se retrouver entièrement ailleurs. Un autre air, d’autres paysages, une autre terre, d’autres fréquentations, d’autres Dieux. C’est très étrange, car après la crise, je ne me suis pas retrouvée toute seule un seul jour, depuis début juin jusqu’à aujourd’hui. Ou pas suffisamment pour que je puisse le ressentir ainsi. Et pourtant, j’ai fait le vide en moi aussi. Je me suis abandonnée à entièrement autre chose, à d’autres personnes, à d’autres tâches, y compris spirituelles. Et ainsi, tout en vivant pleinement, à un autre rythme, mais tout aussi rempli, j’ai obtenu mon recul et mon vide zen.

Ce n’était pas confortable d’avoir tout quitté, et d’avoir tout suspendu ainsi. Mes projets, mes certitudes, mon destin, mes envies, mes besoins, et jusqu’à mon âme en partie (au moins au figuré). Ma personnalité. Ce qui me fait moi. Mais s’éloigner, on le sait, permet aussi de mieux se retrouver. Une suspension un peu extrême, tout remettre en question, pour se tester, pour se trouver au milieu d’un grand vide (ou d’un grand plein). J’ai appris à recevoir, à saisir la main qu’on me tend pour m’aider, et j’ai saisi une opportunité qui m’était donnée même si elle faisait peur. Rejoindre des lieux de légende, puissants (un peu trop parfois), rejoindre des amis, et découvrir. Les découvrir, se découvrir grâce à un nouvel environnement, et explorer. Les lieux, le pagus, les Dieux, ma propre foi, la leur, et tout ce qui m’environnait. Je me demande parfois quelle limite a notre curiosité humaine, si elle en a, et quel concentré d’expériences on peut supporter sans saturer. Le moins que l’on puisse dire est que c’était intense. Indescriptible, tellement difficile à rendre en mots. C’était un tourbillon qui m’a emportée, happée, tenue, maintenue, jusqu’à il y a peu. Jusqu’à ce que je sente le vent tourner, et que je prenne mon envol, pour retourner à la source.

Il semblerait que j’aime le risque et les paris fous. Notamment les paris de foi. J’ai tout abandonné, tout laissé derrière moi en mai, afin de vivre autre chose. Afin de suivre un flux, et d’aller à l’endroit où je devais être. J’avais été prévenue, par mes alliés plusieurs mois à l’avance, et par mon hôtesse aussi, que rien ne serait plus comme avant, et que c’était une prise de risque. Pour pouvoir évoluer, grandir, apprendre, il fallait mettre beaucoup de choses que j’étais de côté. Et effectivement, une fois sur place j’ai été happée par autre chose. J’ai découvert un monde à part entière, qui résonne de cette terre-là. C’était toute une cosmogonie, tout un système reconstruit de zéro. D’autres Dieux aux noms étranges. Plus de Freyja, de Heimdall, de Hel, des Nornes, plus de Dionysos, de Hermès, de Khepry, de Meretseger, plus d’esprits des Morts, des animaux, des plantes, plus d’alliés… le silence. Et plus de certitudes non plus, sur qui a dit quoi, qui fait quoi, qui régit quoi. Quel Dieu a quel statut ? Et quel esprit ? Qui a le dernier mot ? Y a-t-il une hiérarchie qui comprend le tout ? Quelles sont les règles ?

Et puis plus de tirages de cartes, non plus. Du jour au lendemain, quelque chose s’est détaché et imposé. Ca n’était plus le moment, ni pour ma santé, ni pour mon esprit. Plus rien. Le grand silence. Le grand saut dans l’inconnu. Tout arrêter pour tout remettre en question. Est-ce nécessaire ? Est-ce juste ? Qu’est-ce qui me caractérise ? Qui sont mes alliés ? Qui suis-je seule ? Le propre des transformations violentes, c’est qu’elles viennent insidieusement et une fois qu’on est dedans on a du mal à se raccrocher aux branches. Du coup, j’ai abandonné les lieux derrière moi progressivement, et je n’ai prévenu nulle part pour la troupe de joyeux lurons qu’est le net. Mis à part sur mon Facebook restreint, et parfois sur les forums (et encore), j’ai glissé un mot. Mais je n’avais ni explications à donner, ni date de retour. Ma boutique etsy a dû être laissée de côté également. Les cartes étant tombé sous le sceau du Silence et du Tabou.

J’ai voulu voir d’autres horizons, qui correspondaient à d’autres. Entrer dans un groupe, entrer dans un système. Et j’y ai cru ; assez longtemps pour quelqu’un comme moi. J’ai littéralement embrassé cette foi, ce système, je m’y suis abandonnée à 100% pour voir. Je voulais le vivre à fond, observer toutes ses myriades de facettes à l’intérieur, voir des mes propres yeux, décortiquer, comprendre… Et pas vraiment d’ailleurs. Non, pour une fois, j’ai fait d’abord appel à tous mes sens. Je me suis immergée dans cet « espace », je l’ai bu, intégré, et c’est seulement au bout du chemin que j’ai réfléchi quoique ce soit. Les transitions, les constats, ont été d’une autre nature. Dans mon corps, dans mes tripes fraîchement éveillées. Et au bout du compte la déception demeure. Je n’ai pas pu m’y adapter. Je ne suis pas ça, cela ne me correspond pas. On aura beau essayer de me faire rentrer dans un moule, dans une case, ça sera toujours en vain. Mon chemin est fait de flou, de complexité, d’errance. Certains ne sont pas faits pour les traditions. Et on ne pourra pas non plus me faire renier mes alliés. Les initiations passées ont été coûteuses, et elles forgent l’âme et le chemin comme une lame que l’on trempe. Elles forgent les liens avec les esprits et les dieux, et ce puissamment. Je ne m’en remettrai pas à d’autres nouveaux venus en si peu de temps. Renier n’est pas envisageable ; j’ai des devoirs, et des engagements. Ceux à qui je fais confiance l’ont mérité, et cela a demandé bien du temps.

Au bout de la route, j’ai bien vu qu’il n’y a pas qu’une vérité, pas qu’une façon de faire. Mais que chaque personne trouve son compte dans ce qui l’arrange ou lui correspond. Que chaque Dieu peut avoir son mot à dire. Chaque faction. Ce qui me semble dangereux, c’est le jour où l’on croit détenir LA vérité, où l’on s’arrête à ce qu’un seul Dieu (ou même deux) nous dit, et où l’on se met à juger les autres et leurs chemins. Je crois qu’il m’est arrivée d’être passée par là autrefois, sur certains sujets, et c’est pour cette raison que j’avais pris du recul et que j’avais commencé à cheminer plus concrètement. Revenir à l’humus de la terre, et explorer. Parler moins, observer plus. En tout cas je veille à ne pas le devenir. Car après tout nous sommes dans un domaine hors du monde matériel et du monde sensible, qui entre en plein dans le terrain de la subjectivité. Nous avons tous des filtres et nous sommes nous-mêmes des filtres…. rien de tout cela n’est certain, défini, et en plus de cela nous ne sommes que des hommes. Tout ceci est peut-être complètement erroné. Peut-être que tout cela n’existe pas, et nous ne le saurons jamais.

The Road Goes Ever On and On

Me voilà revenue sur ma terre d’enfance. Quitté 5 ans de vie dans mon quartier parisien, les premières racines que je m’étais jamais faites, mes partenariats avec les esprits locaux… Et revenue plus loin, comme un voyage dans le temps, sur les terres de ma jeunesse, et aussi de ma jeunesse païenne et polythéiste. Après autant d’aventures je ne peux qu’être déphasée, je dois me reposer et me poser tout court. Et je regarde les arbres, les cieux et le vent avec un air interrogateur. Je sonde les cris des oiseaux et les murmures…. Le silence va-t-il se remplir ? Vont-ils revenir ces alliés que j’avais laissés derrière moi ? Après ce grand pari, cette grande distance, que reste-t-il ? Les seules qui sont restées sont Morrigan et la Libellule. Elles m’ont littéralement collée à la peau. Dans mon sang, dans mes veines, dans les cris guerriers qui ont résonné dans les bois et sur les collines. Cet été a été très morrigannien, et j’essaierai de rassembler mes esprits pour en parler un peu plus avant en d’autres lieux. Des choses ont été violemment confirmées, et des engagements ont été pris. De nombreux projets se confirment, d’autres naissent.

Après mes premières découvertes il y a plus de 10 ans, je suis revenue sur ma terre, et dans le bosquet sacré à flanc de colline. Je suis revenue en me présentant à la porte, en frappant avant d’entrer, et puis j’ai arpenté les sentiers et cherché leurs traces sur les ronces et les aubépines. Je me suis approchée pour faire ma demande formelle, revoir les Fées et les Sylphes et tous les autres, annoncer mon retour et demander l’accueil. Du lait, des bonbons, des gâteaux aux céréales et un chant. Et même deux. Et des prières. Et toujours ce silence…. Et puis, comme cela m’avait saisie autrefois quand je chante à cet endroit, le vent s’est mis à répondre et les esprits y glissent leurs réponses. Les murmures sont très sourds et lointains, et j’ai douté de moi, et d’eux. J’ai attendu, et puis je suis patiemment repartie avec mes affaires.

Mais voilà qu’à la sortie du bois, alors que je n’avais pas encore émergé, j’ai entendu et reconnus les cris. Un couple de faucon m’a survolée et a plané au-dessus ma tête. Trop bonne, la première fois j’ai quand même douté. Et puis en faisant demi-tour, sur le chemin du retour, rebelote. Je le vois qui passe au-dessus des arbres et qui sonde les sous-bois. Et je sens qu’il me cherche, et je le vois qui me regarde. La rencontre me file un coup à l’estomac. Et alors que je sors du fourré, je les vois tous les deux. Lui est parti, mais son partenaire vole au-dessus du sommet, et avec lui une corneille. Ils sont côte à côte et se parlent un instant, puis s’éloignent. J’entends les murmures et je sens au fond de mes tripes… Morrigan et Freyja sont là, toujours là.

Et alors que je m’interroge au sujet des paramètres scientifiques qui peuvent expliquer ces deux rencontres, des heures de la journée, du terrain, des couples… Au moment où je prononce son nom dans ma tête, un autre rapace vient. Une grande buse commune vient se poser en face de moi dans un arbre, juste là. Je n’ai jamais approché d’aussi près des rapaces ni au-dessus de ma tête ni à quelques mètres. Je suis figée, j’attends, et je m’approche finalement, doucement. Elle prend son envol lestement et lentement. Majesté.

Les certitudes ont été testées, les absences aussi ; les alliances, la foi. Je sers les Esprits et je sers la Terre, et ils ne partiront pas. Où que j’aille ils sont là ; corneille ou faucon, ils planent au-dessus de ma tête ; et le reste autour de moi, et sous mes pieds. Ils sont les seuls à qui je dois rendre des comptes.

Prenons-donc notre envol ensemble, je suis de retour.

Meme polythéiste, question 1

Pour rappel : voici la liste des questions créée par Galina Krasskova, et mon index pour le MEME. Et notre première piste de réflexion :

« What wealth have the divinities brought into your life? »

Autrement dit,
quelle richesse/abondance ont apporté les Dieux dans votre vie ?

Pour répondre à ce genre de question, la première difficulté (pour moi tout est difficile lol, de me creuser les méninges sur un tel sujet, aussi vaste, aussi personnel, c’est délicat) c’est de définir le terme « wealth ». S’agit-il d’une richesse uniquement matérielle, ou bien est-ce que cela va au-delà ? C’est tout la complexité de Feoh… Je vais avoir du mal à structurer mon post, ça sera plutôt un enchaînement d’idées qui me sont venues à partir d’exemples, et pas proprement chaque versant de la définition.

[Nota : cet article, même s’il n’est pas très fouillé, englobe des problématiques particulièrement vastes. Je mets donc ici une série de mots clés, vu que le titre et même la question posée ne sont pas assez explicites :

donner-recevoir, don, offrande, travail sur soi, travail sombre, rapport à l’argent, rapport à la consommation, accepter sa valeur, savoir dire non, avoir la foi, lâcher prise,  …  

Attention pavé ! (Et je suis navrée, mais c’était tellement ardu que je ne me suis pas relue du coup)]

La  chose qui m’apparaît en premier à l’esprit quand je réfléchis à cette question, c’est le cycle du donner-recevoir, que l’on appelle parfois entre « nordisants » le cycle de gebo. C’est quelque chose que j’ai toujours eu du mal à faire, pour des raisons tellement nombreuses que ça serait ardu de l’expliquer ici. C’est familial, puis personnel, le développement au cours de mon enfance : comment donner de la valeur à une chose, qu’elle soit chiffrée ou non, l’importance qu’on lui donne ; quelle valeur s’accorder-t-on à soi-même, et donc comment mesure-t-on le temps et l’énergie qu’on donne aux autres ; pourquoi toujours donner, se mettre en dernière position, et ne jamais recevoir  ; etc. C’est un domaine bien vaste, qui comprend à la fois un travail que j’ai fait sur moi-même, pour savoir dire non, pour savoir ne pas encourager certaines personnes à devenir dépendantes de moi quand ça va mal, savoir dire non pour les tirages, accepter de passer en semi-professionnel dans ce milieu, reconnaître que c’est un art que je pratique et qu’il vaut quelque chose, apprécier la beauté du monde, les créations artisanes et encourager les gens qui souhaitent en faire leur métier. Acheter des tableaux, des originaux, des bijoux, des huiles magiques, acheter un service magique, etc. Il s’agit à la fois d’encourager ces gens, de leur montrer la valeur de leur travail, de reconnaître aussi la valeur professionnel de ces gens qui ont dévoué leur vie à leur art, et qui font ça beaucoup mieux que moi, etc. Accepter de donner plus parce  qu’il y a une grande valeur dans ces créations. Accepter de recevoir des remerciements aussi, et surtout, un gros travail sur l’acceptation des compliments qu’on me fait, de ce que certaines personnes veulent me donner en échange de mes services, ou pour montrer leur satisfaction… Donner-recevoir, être dans un cycle juste d’équilibre, c’est quelque chose qui était extrêmement difficile pour moi, que je n’arrivais vraiment pas à concevoir et qui m’angoissait. La présence des Dieux (et les Esprits), le travail régulier avec eux, je te donne quelque chose si tu me fais une offrande, je te donne quelque chose si tu arrives à avoir juste confiance et à laisser faire, tout cela progressivement a réussi à m’aider à me transformer. Cela m’a donné des exemples concrets, j’ai appris sur moi-même et j’ai pu dépasser certaines incompréhensions et certains blocages. Et rien que sur ce cycle, que je relie à l’abondance, il y aurait beaucoup plus à dire. C’est le fait d’avoir une place dans le flux, et d’entretenir ce flux en continue, en laissant circuler la matière, la richesse, l’énergie, pour qu’elle puisse ensuite revenir.

Or justement, cela est aussi vrai sur le plan matériel. Ca serait assez fastidieux d’expliquer en quoi les Esprits et les Dieux à un certain moment ont envahi tous les domaines de notre vie pratiquement, et donc en quoi ils jouent sur le quotidien, y compris des choses très triviales. Mais cette histoire de donner-recevoir, je l’expérimente aussi dans mon travail, qui comporte une part d’aléatoire. Je suis temporairement un professeur à domicile, qui navigue justement sur un flux de demandes ou d’absence de demandes. Je suis soumise à énormément d’aléas : les vacances, les maladies, les jours fériés… si bien que je n’ai jamais un revenu fixe, et que chaque session peut être déplacée ou annulée. C’est quelque chose de réellement « fluide » et organique, qui se ressent presque physiquement. J’apprends à naviguer avec l’imprévu, quelque chose qui m’aurait été insupportable avant, mais qui est très formateur. Et les Dieux se sont emparés de ce cadre comme d’un terrain d’apprentissage.

Chaque nouvelle configuration est l’occasion d’une nouvelle expérimentation : vas-tu accepter cette nouvelle proposition qui te demande de te réadapter et de ne pas dormir sur tes lauriers ? Vas-tu accepter de refuser telle famille pour te faire respecter car ils se sont mal comportés avec toi ? As-tu assez confiance pour la refuser, et attendre qu’une autre arrive ? Et quand j’écoute, quand je suis les pistes, j’obtiens quelque chose au bout. C’est ce système de lâcher prise, ce saut dans le vide sans parachute, qui montre la confiance que j’ai, et qui finit par me faire rebondir. Tiens, ma supérieure m’appelle pour me proposer 2 nouveaux cours alors qu’on est en pleine période creuse / de crise. Tiens, j’ai une ancienne élève qui n’avait pas repris de cours depuis un an qui a soudainement appelé et qui m’a demandé spécifiquement de lui redonner des cours. Tiens, une mère d’élève me demande si je ne pourrais pas donner ponctuellement des cours de méthodes au grand frère pour consolider son français. etc. Des choses qui statistiquement sont peu probables, qui étaient en dehors du radar. Comme c’est une situation d’apprentissage, quand je fais ce qu’Ils veulent, j’obtiens quelque chose pour me montrer que c’était la bonne chose à faire.

L’autre versant de cet apport matériel direct des Dieux entre dans le cadre du cycle de circulation donner-recevoir. Bien que cela ne soit peut-être pas toujours vrai, Ils m’ont appris cette année quelque chose de « magiquement » capital : si tu souhaites créer de la richesse, tu dois verser un premier apport. Cela c’est vérifié pour moi-même, mais aussi pour une amie pour qui j’ai effectué un rituel. Du coup, bien que je n’ai pas encore gagné mes repères sur ce terrain, je suis à la recherche d’un équilibre pour redistribuer ce que je gagne. C’est très important, pourtant c’est aussi très perturbant pour moi. Cette histoire de cours en plus à obtenir, ou pour être sûre que les parents reportent un cours au lieu de tout simplement l’annuler (ce ne sont que des exemples)… je dois faire en sorte d’avoir été généreuse, et en plus de cela travailler la confiance et la foi. J’ai été élevée dans la peur de manquer malgré notre situation confortable, et donc j’ai en moi une constante culpabilité quand je dépense (ce qu’on me donne, et même ce que je gagne). Je suis toujours partagée entre ne rien dépenser du tout, viittteeee tout épargner sur mon livret, et le fait de me faire plaisir (sans excès). Je possède aussi la peur inverse : celle de faire achats compulsifs. Il y a des astuces comme se donner des délais, laisser du temps passer pour être sûr qu’on veut quelque chose, dresser une liste de priorités, dresser une liste des utilités des choses que l’on désire, etc. Mais ça ne suffit pas toujours, quand on a hérité d’un schéma qui nous traîne toujours dans la tête, et qui pollue notre pensée de façon irrationnelle.Une de mes peurs est d’être attirée par ce qui brille et d’amasser, amasser, comme un nain avide, ou comme les dragons tolkienniens. Parce que la société aussi a tendance à projeter ça sur nous, le paradoxe du nous faire consommer des choses inutiles, et en même temps de nous faire culpabiliser de nos achats.

Seulement voilà, j’essaie d’être indulgente avec moi-même et de me dire que ça s’apprend. Surtout que j’ai hérité de la peur de manquer ET de la folie dépensière. Ce que j’apprends aussi, c’est à écouter les Dieux (et les Esprits), et eux me disent ce qui juste. Or justement, on m’a montré que je ne devais pas tout économiser mais que je devais faire circuler mon argent, pour ne pas étouffer et qu’il puisse revenir. Apprendre que je ne suis pas aux commandes, que je dois lâcher complètement. Redistribuer sans cesse, chaque acte étant comme une preuve de fois renouvelée (et qui peut-être m’apportera un retour). Il est important de noter qu’il y a une logique d’ailleurs ; il ne s’agit pas du tout d’acheter tout et n’importe quoi. Il s’agit de redistribuer à ceux qui manquent, à des artistes en difficulté, à des artistes tout court (la vie d’artiste/créateur EST difficile professionnellement), encourager les amis qui se lancent dans la création, … et surtout, acheter des choses pour les Dieux et les Esprits, pour la pratique. Et ça, on ne s’en rend pas compte parce que cela s’installe très progressivement dans notre vie, et du coup on ne le voit pas venir. Mais en fait, toutes les dépenses peuvent être passées en revue par les Dieux/Esprits, et une bonne partie peut être demandée. Le problème c’est de savoir où est la limite… Mais récemment je me suis rendue compte de plusieurs choses fondamentales :

A) Ce que je dépense est majoritairement spirituel, et ça m’a même étonnée de ne pas m’en être rendue compte jusqu’ici. Des huiles, des choses pour pratiquer, encourager des artisans spirituels, des bijoux, … En fait, la majeure partie de ce que j’achète a été demandé par les Dieux, et se retrouve être dédiée à eux sur mes autels et dans ma pratique. Les objets « neutres » du quotidien disparaissent progressivement. Même une tasse thé récemment a été en fait achetée dans cette optique. J’ai juste su qu’il fallait que je l’achète, et que ça n’était pas qu’une tasse à thé.

B) Il y a donc une énorme peur d’être une dépensière finie qui ne sait pas faire des économies, une cigale en règle qui cherche à justifier ses achats par des fausses causes spirituelles. Mais en fait, quand j’ai essayé d’y réfléchir et d’établir une typologie, je me suis rendue compte qu’un schéma se répétait : les envies ne sont pas exactement de la même nature quand il s’agit de moi, et d’eux. Le problème, c’est que l’envie qui vient d’eux semble irrationnelle car elle est extérieure à moi, je ne l’exprime pas, et elle est tellement pressante que c’est douloureux, c’est obsédant jusqu’à ce que l’objet en question ait été acheté. Mais justement, quand il s’agit d’une envie personnelle, je peux lutter. Je n’y pense pas toute la journée, je n’ai pas l’image de l’objet imprimé sur ma rétine comme avec trop de soleil, pendant 24h. Contrairement aux clichés parfois répandus, ou aux impressions données par les blogs, Ils ne nous parlent pas constamment; du coup pour ma part, jusqu’ici je ne m’étais pas rendue compte que c’était quelque chose qu’Ils demandaient, car je n’avais pas fait le lien entre ces envies tombées de nulle part, et eux. Et avec le temps qui passe, quand j’observe certaines choses qui me faisaient envie autrefois (comme des cartes), la folie-obsessionnelle est vraiment derrière moi. A l’intérieur plus rien ne résonne, rien n’est attisé, je ne ressens rien, aucune envie. Comme si j’étais une autre personne.

C) La dernière chose qui m’a énormément surpris lorsque je l’ai comprise, c’est la valeur intrinsèque de ces achats spéciaux. Contrairement à ce que me faisait penser ma peur, ils sont très précieux. D’une part parce que les Dieux (et les Esprits) méritent qu’une partie de ce que je gagne soit distribuée en leur nom, ou utiliser pour leur acheter des objets, mais d’autre part, surtout parce qu’ils ont la valeur du sacrifice. Et ça, c’est une notion toute nouvelle pour moi. La pratique polythéiste reconnaît donc les Dieux comme réels et distincts, dignes des honneurs et du culte. Pour ce faire, il est nécessaire de pratiquer des offrandes et des sacrifice, qui traditionnellement sont composés de denrées périssables : des liquides et de la nourriture. Pour ma part, j’offre de l’eau et du lait régulièrement (et de temps en temps de l’alcool précieux à mes yeux), toutes les semaines pour l’instant, car je n’arrive pas à « tenir » tous les jours (problème de discipline mais surtout de « fonctionnement personnel », que je voudrais aborder dans un autre article à venir) et qu’offrir de la nourriture ne me parle pas (même si à certains repas typiques, j’offre une part de mon assiette, ou un fruit ; en fait ça dépend, notamment quand je vais sacrifier en extérieur c’est plus facile d’emporter des graines ou de la nourriture ; j’offre aussi parfois du miel ; c’est complexe). Mais en fait, j’ai été rappelée à la base : comme dans toute pratique spirituelle, il n’y a pas de modèle unique, chacun a ses propres codes. Et les Dieux viennent de me montrer le mien. La définition du don, de l’offrande, et du sacrifice (les trois devant être différencier, ça mériterait un article entier), est bien de donner quelque chose de valeur, qui nous coûte. Or précisément, ces achats étranges me coûtent énormément. Ils sont toujours une énorme phase de doute, de montée d’irrationnel qui me fait peur, un problème de culpabilité, une réflexion familiale… En fait, ils me font toujours souffrir. Or précisément, se confronter à chaque fois à mes peurs profondes et à mes doutes, c’est un sacrifice. C’est quelque chose qui a donc beaucoup plus de valeur que de sacrifier de la nourriture que j’aurais faite.

Je reviens un tout petit peu en arrière pour préciser que déjà, étant donné le repli intérieur dans lequel je me trouvais il y a quelques années, être allée travailler de façon légale et non à mon compte, c’était un grand pas. Les Dieux m’ont fait passer ce cap matériel : passer mes blocages, mes peurs, et m’assumer. C’était assez peu important en proportion au départ, de façon à me faire travailler d’abord sur moi. Et dès que les choses ont commencé à bouger pour moi, en terme de confiance, j’ai pu augmenter le rythme et le volume, et donc gagner plus. J’ai pu oser accepter des opportunités qui demandaient plus de compétence, oser dire « oui » au téléphone quand dans ma tête mon ombre était terrifiée et criait « non », criait que je n’étais pas capable, qu’elle avait peur. C’est une richesse qui est à la fois personnelle, pour tout ce que cela m’a permis de débloquer émotionnellement, pour tout ce que cela m’apprend sur l’humain et sur l’enseignement, et aussi une richesse matérielle. On m’a demandé de m’assumer progressivement. Et aussi, cela m’a donc appris à comprendre mieux le cycle de donner-recevoir, la valeur de mon temps passé à donner les cours, et la valeur à accorder à toutes les connaissances que j’ai acquises et que je remets à jour. Que pour gagner sa vie, il faut y passer du temps. Attention, je veux dire, c’est entièrement logique hein, mais l’idée c’est plus de le ressentir à l’intérieur de soi, travailler, toucher son argent à la fin du mois, de l’intérieur. Ca peut paraître bizarre, mais depuis que je suis petite il y a des choses que, même si elles sont logiques, je n’arrive pas à concevoir, parce que c’est trop abstrait pour moi et que ça ne me touche pas. J’ai besoin d’en faire l’expérience, et de façon vraiment répétée pour pouvoir l’intégrer (l’argent c’était virtuel, je ne comprenais pas, parce qu’on ne le touche jamais dans sa main, parce que c’est différé dans le temps, c’est difficile à expliquer). Or justement, avec les barrières émotionnelles que j’avais (notamment, les exemples clichés que je n’avais aucune valeur et que je n’étais bonne à rien, parce qu’on m’a répété ça beaucoup dans mon enfance), je n’avais pas pu me lancer dans le monde du travail. Il a vraiment fallu trouver une discipline où je savais que je pouvais donner quelque chose, et vraiment longuement travailler sur moi (les Dieux l’ont fait) pour que je sorte de mon carcan et que je guérisse sur certains points.

De plus, après m’avoir appris ce qu’était l’argent et le travail, et m’avoir fait accepter ma valeur, et que tout travail mérite salaire, les Dieux ont travaillé à me faire comprendre qu’on peut travailler dans un domaine qui nous plaît, qu’on peut avoir des rêves et des projets. Les portes de l’indépendance financière ont été dessinées petit à petit : tu peux cumuler plusieurs travails pour gagner ta vie, être un peu prof, faire tes tirages, concevoir doucement tes travaux d’écriture. Tu peux avoir un emploi du temps et des activités qui ne ressemblent à personne d’autres, qui sont très souples et déplaçables, qui ne sont pas « typiques », qui ne sont pas « courantes ». Tu peux considérer qu’écrire est un métier. Tu peux considérer que ta voyance est rigoureuse et que c’est un art, et que tu as le droit d’être payée pour ça. Tu peux avoir plusieurs casquettes, pourquoi ça poserait un problème ? etc. Suis-tes penchants naturels… puisqu’ils sont naturels, pourquoi lutter contre ? Pourquoi seraient-ils « anormaux » ?

***

En conclusion, si l’on se demande de façon plus générale ce que les Dieux m’ont apporté et donné tout court, la liste ne se termine pas. Je suis désolée de me répéter, mais vous aurez vu que c’est complexe. C’est un travail humain : Emotionnellement, humainement parlant, socialement parlant, et professionnellement ; ils ont donné des tonnes d’opportunités, des expériences à faire, avec les élèves, avec le monde professionnel. Mais en fait, c’est beaucoup plus vaste : s’ils m’ont ouvert des portes dans le monde du travail, et aussi pour mes projets spirituels et personnels en cours, ils m’ont aussi apporté des amis pour former mon clan, des relations diverses, des groupes de pratique.

Une autre note conceptuelle très importante : Dans ma façon de voir, j’honore les Dieux d’abord parce qu’ils sont des Dieux et qu’ils le méritent, ensuite pour répondre à cette façon naturelle que j’ai de voir le monde (et d’expérimenter l’Invisible, donc de l’intégrer dans ma vie). Cependant, la réalité est qu’Ils nous le rendent, et qu’ils nous rendent « meilleurs ». Je ne fais pas des offrandes pour obtenir quelque chose, je fais des offrandes parce qu’ils le demandent, et la clé est de ne rien attendre en retour. Car c’est la définition de la foi, et c’est seulement (dans mon expérience) quand on a établi ce rapport de foi que les Dieux s’investissent dans notre vie et offrent les bénédictions. Seulement après ça, oui, Ils m’ont aidé à devenir moi. C’est comme un « effet collatéral », et non pas une recherche de développement personnel. Je n’ai pas cherché à devenir quelqu’un d’autre, mais seulement à devenir plus forte, pour dépasser mes « problèmes », m’assumer, et aller de l’avant. Faire éclore la personne que je suis et la faire rayonner. Et même si l’expression fera échos à d’autres domaines et à une autre religion, sonnant comme un cliché : c’est d’avoir la foi qui m’a procuré tout ceci.