Solstice d’été 2016

Le temps est vraiment différent ici, et la terre, je l’ai déjà mentionné. Les fêtes de l’année ne ressemblent pas vraiment à celle d’Europe, ni dans les énergies, ni dans les dates. Beaucoup sont passées « à la trappe », avalées dans un continuum, peut-être n’existant pas ici, peut-être ayant été tellement différente avec d’autres symboles et d’autres noms que je ne les ai pas reconnus. Mais bizarrement, le solstice d’été, lui, me parle.

Je ne ferais probablement rien de « païen », car je manque de contacts et d’un groupe. Parce que je n’ai pas encore trouvé d’endroit dans cette ville qui soit propice pour communier en extérieur. Par contre les énergies sont bien là, depuis déjà quelques temps, et à leur pic hier et aujourd’hui, avec les 40°C, les coups de soleil rien qu’en marchant dans la rue sur un court trajet, et la tempête du soir, le vent fort, la pluie, l’orage. La seule chose que je voudrais essayer de faire, c’est de m’aligner avec ce flux, et de l’utiliser pour la transition que je vis. Peu importe qu’elle soit violente, comme l’orage, comme les archétypes et les Dieux qui y sont associés, on se sent mieux après. Si j’arrive à m’aligner, je pourrais mieux manifester mes besoins dans ma vie au quotidien. Je suppose que certains appellent juste sorcellerie, d’autres psychologie etc…. Quoiqu’il en soit, l’heure à la purification. J’essaie d’identifier les cycles dans lesquels je me trouve, dans mon « étape de vie », sur mon chemin spirituelle, etc. Tout concorde. Déracinement de la terre, déracinement spirituel, pertes des repères, retour à zéro, traversée du désert, silence de l’Autre Côté, traversée des Ombres et de l’Enfer intérieur…

Après avoir déménagé 3 fois en 2014, en l’espace de quelques mois, cette année subit un rythme un peu similaire. Déménagement en septembre dernier, puis cette fin de semaine, et à l’automne prochain ça sera rebelotte. Du coup, je trie mes affaires en pensant au retour, ce qui sera de trop, mais ce dont j’aurais besoin entre temps, …. C’est l’occasion d’observer comment je fonctionne, comment j’accumule : matériaux de dessin, matériaux de récupération, pochettes et cartons pour renvoyer des colis moins chers, pots pour les conserves, bouteilles pour les soupes / boissons, papiers et dépliants d’information (nouvelle ville, nouvelle vie, forcément), les carnets de compte, dessins, cahiers d’écriture, fiches de tirage, …. Qu’est-ce qui est vraiment utile ou pas ? Qu’est-ce qui peut être récupérer plus tard en recommençant à zéro ? Qu’est-ce qui peut être jeté ? C’est le moment de me demander tout ça. Or, cela va de pair avec tout ce qui j’essaie de mettre en place dans ma vie depuis 5 mois. Tout changer. Je n’ai pas pris la voie facile, parce que j’avais prévu de changer plusieurs choses en même temps, or détruire d’anciennes habitudes et en créer de nouvelles c’est vraiment long et décourageant si on prend trop à la fois. Mais je n’avais « pas le choix », à mes yeux. Je voulais vraiment autre chose, j’y suis allée… un peu bourrin.

Ancrer des habitudes et des trucs pour m’aider. Des exercices d’étirement et de relaxation. Reprendre la marche. Méditer tous les jours 10 minutes au moins (le soir souvent), entre deux phases de travail si possible, ça aide beaucoup. Ecriture régulièrement. Revisiter mon planning, toute ma façon de gérer l’emploi du temps. Revoir les heures de coucher, les heures de lever, les heures de travail, les lieux de travail. Revoir toute ma façon d’écrire mon organisation, papier ou informatique, mois ou semaine, ou les deux, mais quels thèmes, quelles listes par types, quelle quantité d’items, revoir les activités avant le coucher (si possible lecture sur papier et pas ordinateur, si possible 1 heure avant le coucher…), les activités « extra » qui plaisent vraiment, sur lesquelles on a envie d’investir du temps, revoir la liste des priorités, au boulot, et pour soi, dans la vie… Élaguer, élaguer, élaguer. Gérer le stress et la maladie. Gérer le vide que l’on crée, la perturbation de la nouveauté, l’angoisse du vide. Se laisser porter, continuer de se demander ce que l’on veut vraiment, comment remplir ce temps etc. C’est une énorme quantité de choses. Après 5 mois je commence à voir les progrès. Je suis encore tellement loin du but ! Mais au début c’était vraiment difficile et décourageant, on ne voit pas les résultats, ou peu. Ou trop peu par rapport aux efforts fournis. Et puis au fur et à mesure… ça commence à venir. On récolte ce que l’on sème, et alors on se dit que ouais, c’est une course de fond, mais que l’on commence à dépasser la phase où mes poumons crachotent, pour passer au rythme souple croisière.

Tout ça je souhaite le continuer. Et cela résonne beaucoup avec la purification violente de l’orage de la période de midsummer. Sentir la victoire qui émerge des efforts rudes, la coquille qui se fissure sur la foudre, la pluie purificatrice qui emporte les déchets, les débris. Je réfléchis à un petit « rituel » symbolique à faire des mes mains, comme c’est le cas souvent maintenant, une création qui capte les énergies et les mets en œuvre. Quelques idées sont venues. En plus d’essayer d’apporter un peu de clarté et de choses à méditer spécifiquement par un tirage de Solstice.

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« You know nothing. »

Un article probablement sinueux, ça fait des mois que ça me titillait, mais ce n’était pas facile à mettre en mots, et j’ai longtemps hésiter à le poster ou pas.

J’avance sur le chemin, j’ai conscience d’avancer sur un chemin, depuis des années, avec des tas d’étapes. On peut se rappeler de jalons dans l’ouverture progressive de la conscience, dans l’acquisition de certaines connaissances, la fréquentation de certains groupes d’échanges, le marquage de telle ou telle initiation, …. De telle année à telle année j’étais sur X forum, je fréquentais souvent Y personnes, je me définissais comme Z. Je lisais beaucoup, je cherchais, j’ai rencontré F groupe féminin, participé au beau T groupe de tambours une fois. On marche, on marche, on marche, on cherche. Les « illuminations », compréhensions fulgurantes de qui nous sommes, de comment pourrait fonctionner le monde et l’Autre, sont déchirantes, comme de regarder trop longtemps le soleil ou de s’approcher un peu trop. Ca nous bouleverse, dans tous les sens du terme, et ça brûle un peu. Sauf que constamment, au fil de mois, des ans, on remet en question tout ce qu’on a trouvé. On apprend à se connaître mieux, ce qui nous convient ou pas, ce qui ne nous va plus, on change de trottoir, de tradition, de groupe. On revoit nos croyances, nos « certitudes », nos valeurs, nos savoirs.

Et on sait, on en a tous entendu parler, on l’a tous vécu au moins une fois, et même plusieurs, la fameuse « nuit noire de l’âme » fait aussi partie du chemin, elle reviendra toujours s’agripper à nous à un moment ou à un autre. On fatigue, on a besoin d’une pause. Ou alors…. le monde se vide, comme si quelqu’un avait débouché la baignoire cosmique, et tout part à la trappe, se dérobe sous les pieds, les symboles, les représentations, les acquis, tout se délite. Et si les Dieux n’étaient tous que les mêmes, avec des noms différents ? Et si les Dieux n’étaient que des égrégores que nous nourrissons ? (ou les théories inverses, selon le point de vue de départ) Et puis pourquoi les prier, s’ils sont juste là pour représenter des valeurs / archétypes / autres ? Qu’est-ce que ça nous apporte ? On a critiqué dans le passé, parfois on critique encore, les superstitions de certains catholiques, les gestes, leurs messes… Mais en quoi est-ce que leurs rites sont moins bons que d’autres ? moins justes ? Pourquoi leur dieu « du désert » serait-il une erreur ? (Puis il y en a d’autres, des dieux du désert) Pourquoi nourrir une haine / un rejet des églises et de ce culte, alors que nous aussi avons nos propres cultes ? Y a-t-il une échelle de valeur ? Laquelle ? Pourquoi ? Est-ce plus grave qu’un catholique (ou même peut-être plus un protestant) rejette ma religion sous prétexte que je vénère des idoles, plutôt qu’un wiccan ou un universaliste qui me disent que je suis folle de croire en la réelle existence des Dieux, que je me fourvoie sur leur « utilité« , et qu’ils ne sont que des archétypes ? (Note: pour chacun des deux termes cités, cela ne représente qu’une infime fraction du type de croyances qui peuvent leur être associé, ce n’est qu’un exemple, pas une dissertation exhaustive). Mais comment savoir après tout qui a raison ? Les éternels débat sur « la vérité », n’y en a-t-il qu’une ? Est-ce que simplement ce n’est pas à chacun de s’informer et de peser, pour lui-même (ou elle-même), et de choisir ce qui lui convient, ce qui le/la convainc le plus, et de l’adopter ? Pourquoi chercher à imposer aux autres sa façon de voir ?

J’ai souvent avancé par phases, par sorte de bonds, que j’ai souvent trouvé violents et gigantesques. Mais il y a eu aussi, entre ses phases dynamiques, soudaines, rapides, des phases de longues errances, recherches, décantations, et aussi des « trous » dans la trame. Des moments où je ne savais plus rien. Je ne savais plus où j’avais les pieds, sur quelle terre, comment j’étais arrivée là, pour quelle raison, qui j’étais, quels étaient mes buts…. Régulièrement tout se remet en question, or plus j’ai avancé, plus je suis allée dans l’intensification de ma « spiritualité » (pour faire large) et ses diverses implications. Je donnais, petit à petit, à la mesure de mes moyens, la place prépondérante aux interactions spirituelles, tel que cela semblait faire partie de mon être profond. Cela a duré longtemps, très longtemps. Malgré des moments flous, mon errance un peu partout, cette sorte de voyage autour du monde des panthéons, pour tirer la sonnette, ressentir la vibration, et voir si cela résonnait à l’intérieur de moi, si quelqu’un de l’autre côté de la Porte répondait. or avec le temps, les mêmes portes ne répondaient pas, parfois une seule des entités derrière X porte me répondait. Je me demandais si le chemin allait se poursuivre ensemble pour l’avenir. Parfois certaines sont restées, parfois pas, c’était une interaction temporaire. Le premier panthéon auquel je m’étais probablement présenté m’est resté bloqué des années entières, malgré offrandes / prières répétées, j’étais persuadée que ça n’était pas mon chemin ! Sauf que sept ans après, PAF, déchirement et « illumination », et aujourd’hui, c’est un de mes fondements. Il y en a eu des drôles de questionnements. IL y en a eu des désillusions, des virages à 180 degrés, parfois 360.

Et rien n’est jamais sûr. Rien n’est jamais su et définitivement acquis.

Je me sentais triste de quitter mon chez moi, de quitter ma terre, je me sentais pleine d’appréhension en août dernier. Je savais que cela serait différent, probablement perturbant, et que cela prendrait du temps. Pourtant j’avais la certitude que « tout irait bien ». Que mes alliances étaient solides, les liens intimes, que je ne me sentirais jamais seule et abandonnée, qu’une partie de ma pratique (même petite) allait demeurer tandis que le reste s’adapterait. C’est tout ce que je me suis dit, pour éviter de projeter au maximum, et pour laisser l’expérience se faire. Mais comme je me suis trompée ! Ca n’a pas suffi. Au début, j’étais tellement occupée, immergée dans les processus administratifs, la reprise du travail, etc, que je n’ai pu m’en rendre compte, je me doutais que j’allais être anesthésiée, que ça me tomberait dessus plus tard. Mon corps a beaucoup envoyé de signaux, résisté. L’eau était différente, son goût, son pH, les produits dedans. La nourriture aussi, pas la même teneur en eau, en nutriment, pas les mêmes variétés. Les énergies de la ville aussi, différentes, nécessairement, même en France dans une autre ville j’aurais dû m’adapter. Mais c’était un tout. le sol sous mes pieds étaient entièrement différent. Les vibrations, tantôt absentes, tantôt très présentes, mais d’un tout autre filtre, d’une autre nature. Comme une autre palette de couleurs, ou plutôt une autre langue. Le filtre de la culture s’appliquait aussi aux énergies, aux Voiles, aux Êtres ici. Le jour ça allait, la nuit l’angoisse montait car je sentais profondément en moi ma différence, ma non appartenance. C’était comme si la terre, les arbres, les êtres invisibles devenaient beaucoup plus présents, partout, leurs murmures, cette pression dans la nuque qui vous fait sentir que vous êtes regardé(e) ou suivi(e). L’étrangère de passage. Et puis au bout de 2 mois, puis 3, je n’étais pas que de passage, et ça s’est senti aussi. Quelles drôles de sensations.

Je n’ai voulu offenser personne, je n’ai pas importé mes pratiques avec moi. J’ai fait une offrande à l’arrivée, j’avais simplement besoin des mes outils dévotionnels et de mes autels. J’attendais les signes de mes Alliés, qui généralement, eux, font la logistique, les échanges, la négociation, pour m’indiquer la marche à suivre. Ce qu’il serait bon d’éviter de faire, ou de faire. J’attendais… Sauf qu’en fait, mis à part l’introduction à l’arrivée, et les restrictions sur telle et telle pratiques (pour lesquelles je n’avais pas le « passe droit » en ce lieu, ou pour lesquels je ne pouvais pas être protégés par eux comme d’habitude) , rien n’est venu. Aucun esprit du lieu n’est venu me parler, me demander des choses. S’il y a des divinités, aucune non plus. Et le plus perturbant…. mes Alliés ne sont pas revenus. Le lien s’est énormément distendu, je les sentais toujours loin. Et progressivement, ça s’étiolait. J’ai attendu, attendu, mais rien. J’ai demandé des rêves, j’ai prié, j’ai fait des offrandes, j’ai été en colère parfois, au désespoir à d’autres. Aucun changement. Il y a eu quelques sursauts, quelques rêves, mais vraiment des choses extrêmement minces et isolées. Certains échanges avec des amis ou connaissances semblaient m’indiquer que je portais toujours sur moi l’intérêt et la marque de notre Grande Reine (Morrigan, pour ceux qui ne le savent pas), donc j’essayais de me dire que  peut-être simplement un statu quo était maintenu malgré tout.

Je manquais d’énergie et de temps. l’année ici était assez dingue. Donc je pensais que cela reviendrait lors des périodes plus calmes en termes d’activité, mais non. Ensuite je me suis dit, la chance que j’ai est d’avoir des alliés qui cessent de me demander des choses quand je ne suis pas bien ou que j’ai des priorités plus urgentes au travail, ce qui peut aller parfois jusqu’à leur retrait complet volontairement quand mon énergie n’est pas assez stable ou forte, pour éviter de me pomper / user (ce qui engendre des périodes plus « vides », mais pas des nuits noires donc). Je me suis dit alors que c’était peut-être un de ces cas-là, et j’attendais. Mais rien. Que penser lorsque l’on a au cœur de soi et sa vie quelque chose d’aussi constitutif, important, qui se dissout ? Comment se définir ? Comment justifier certaines valeurs et croyances?  Quand on n’est pas simplement dévot ou croyant, mais que l’on est pratiquant ? Quand nous sommes en interaction régulièrement avec Eux, que nous travaillons pour Eux, et qu’ils ne sont plus là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Comment se déroulera la suite ? Est-ce que cela reviendra plus tard ? Est-ce que cette partie-là est entièrement dissoute ? Est-ce que la Terre et ses Portes ici me sont fermées parce que je suis étrangère ? Est-ce que c’est une question de temps ? Est-ce que mes fonctions vont être délaissées, que je ne serais plus prêtresse, plus travailleuse des Esprits ? Impossible de savoir si autre chose viendra remplacer cela. Si ici, Certains vont venir frapper à ma porte pour s’introduire. Et si cela ne revient jamais ? Est-ce que cela constituerait être une période de ma vie, et qu’elle va s’arrêter ici ?

« You know nothing. »

Rien n’est certain.

Vers d’Autres Terres

[Sujet rebattu peut-être. Sujet flou pour l’instant au milieu de mon tourbillon, mais on tente.]

Certains l’ignorent, certains le savent. Il y a le savoir ; il y a l’expérience.

C’est différent ici. Ca ne vibre pas de la même façon. La Terre est différente. Les sensations de 2012 ne sont plus. Les Esprits diffèrent ici de ceux du Nord qui m’avaient accueillie. La sensation est différente. J’étais bien ; ici je suis étrange, étrangère. Je m’étais préparée à ne pas être complètement à l’aise, mais pas assez. C’est une surprise, car je suis généralement bien à peu près partout où je vais. Mais les Esprits ne nous laissent rien passer.

Quand on se déplace sur une autre terre, dans un autre pays, en tant que touriste, on fait réellement une expérience différente. Que l’on soit ouvert, avec ou sans attentes, on sait que l’on va revenir chez soi ensuite. Les vacances sont une curiosité, une bulle temporaire, un dépaysement choisi pour briser la monotonie, changer d’air, voir autre chose, découvrir… Mais il y a toujours l’attache bien plantée que l’on possède, que l’on laisse derrière soi : le chez soi. Au moins son foyer, peut-être son immeuble, son quartier, sa ville, sa région, selon l’échelle à laquelle on vit et ressent les choses. Ce sont des habitudes, des certitudes, bien marquées. Il fera telle température quand je rentre. Je sais qu’à tel mois de l’année on peut avoir un été en avance. Le froid est humide, ou sec. Il givre le matin et la vue ressemble à telle ou telle. La vitre sera vrillée d’arches de glace, ou non. La pluie est fréquente ou non. Beaucoup de vent ou non. Le dimanche matin je sais que le quartier est animé de telle façon. Qu’il y aura tel volume de passages de voitures. Ça sera silencieux en telle proportion. On entendra tel oiseau chanter. Etc etc. On sait. Et même quand on n’y prête pas attention volontairement, dès qu’on se déplace, chez un ami, chez un parent, ailleurs, on se rend compte de tout ce qui fait le quotidien d’habitude et qui n’est plus – jusqu’à ce qu’on y retourne.

Quand on change de région, non pas dans le but passer des vacances, ou même un séjour de boulot, c’est pareil : on n’observe pas les mêmes choses… On la tête et le corps focalisés sur d’autres choses. L’expérience, la découverte, la jouissance, l’aspect temporaire de la chose ; j’accepte car c’est passager et je reviendrais à ce que j’ai de mieux si je ne suis pas convaincu(e).

Il y a dans le fond cette idée qui émerge : nous sommes profondément sédentaires, dans nos modes de vie, et dans nos mentalités. Peut-être du moins quand on a un certain âge (plutôt jeune donc?). Bien que l’on conçoive de déménager, parfois plusieurs fois, le paysage mental a l’air très fixe (et je dis bien a l’air, ce n’est qu’une impression). Certaines personnes d’ailleurs peuvent déménager très peu de fois ou peu loin, ne jamais sortir de leur département, voire tout faire dans leur ville de naissance, y grandir, y rencontrer le partenaire, s’y installer etc. Ça demeure rare cependant je crois. Globalement, on change de ville pour trouver son école, son lycée, son université, et puis pour son travail. Mais j’ai la sensation très étrange que, au final, quand on bouge, on se réancre automatiquement ailleurs ; on garde en tête cette « mentalité » de faire ses racines, son nid, des habitudes.

Se déplacer pour une longue durée loin de chez soi peut arriver après tout dans le même pays. On peut changer de département, voire de région, et effectivement le vivre plus ou moins bien. Pas le même air, en qualité, pas le même vent, ni l’odeur, ni la texture, ni l’orientation, etc ; pas la même dureté de l’eau ni les mêmes produits dedans ; pas les mêmes essences d’arbres ; pas les mêmes couleurs ; pas les mêmes coutumes locales (du nombre de bise à la façon de célébrer la St Jean) ; pas les mêmes mentalités ; … etc.

Je me suis rendue compte qu’après tout, ça a été mon travail l’année dernière. Après un gros électrochoc dans ma vie, à un moment évidemment clé, j’ai dû m’arracher à mon nid et à ma terre. Même sans l’aspect spirituel, il a fallu faire le deuil d’un quotidien très bien huilé, d’un endroit que j’aimais contre tout ce que pouvaient en dire les gens (la réputation de certaines villes…), des tonnes de repères spatiaux que j’avais, du confort, de l’indépendance, etc. Tout est parti à vau-l’eau en même temps. Et par-dessus est effectivement venu se greffer un contexte spirituel bien rôdé, des partenariats avec moult Esprits des lieux, depuis l’immeuble, le foyer, aux alentours, aux carrefours, et deux lieux de pratiques particulièrement intimes. Arrachement. J’aurais pu retourner chez mes parents à ce moment-là, dans la même région, que ça n’aurait rien changé : départ forcé, le deuil aurait été le même à faire. Maintenant non, par là-dessus est venue se greffer une autre problématique : suivre un flux, suivre une voix, suivre les amis qui m’offraient leurs bras ouverts pour m’accueillir, et tenter le tout pour le tout afin de provoquer une rupture radicale dans ce moment où j’en avais besoin. Nouvelle région entièrement, loin, isolée, là où je ne connaissais rien.

Il est évident que tout ce que j’allais y rencontrer prendrait un autre goût, car la question demeurait ouverte de savoir si j’allais y rester ou non, pour ne pas revenir. Et qu’il allait falloir s’accommoder de tout. Et puis au milieu de tout ça, j’ai repris le train en marche arrière pour rendre visite à mes parents de nouveau, et puis poursuivre encore plus loin la route, entièrement à l’opposé, pour voir un ami et regroup comme disent les anglais (aka, rassembler les troupes). Il a été dit, observé, puis confirmé à ce moment-là que peut-être la Grande Reine faisait des appels de phares, avec quelque chose à m’apprendre, mais aussi notamment pour me rassurer sur mes peurs profondes face à toutes ces circulations et mouvements migratoires. Au bout de 3 mois, set et match, retour la balle au centre, une voiture, des cartons, et retour au foyer familial pour d’autres projets. Nouveau déménagement, et retour au foyer historique, familial, d’enfance. Retour sur la Terre. Etranges sensations.

J’ai eu un an pour me mettre la tête dans le guidon et m’assommer jusqu’à engourdissement pour ne plus rien sentir face à ce qui n’allait pas, puis tenter de reprendre les rennes, et tout du long tenter de bosser, bosser, bosser sur le projet professionnel choisi. Et un an, pour paniquer, s’interroger, questionner, rechercher, les réponses et solutions pour une éventuellement nouvelle migration, un arrachement plus conséquent qui allait me mener hors de France. Et pourtant, pourtant ! J’y ai mis du soin, j’avais déjà préparé tout ça du coin de l’oeil en 2012, et puis durant l’année un séjour professionnel, tissé des liens, trouvé des contacts fiables, des informations, des repères géographiques… Mais ça reste fondamentalement différent. Aucune des bonnes sensations que j’ai eues en venant en visite n’a été rencontrée à nouveau. Tout est différent.

Le troll étant qu’après du jetlag bien violent, de la fatigue, un corps qui refuse de s’alimenter, une course folle par tous les bureaux, les premières rencontres professionnelles mettent l’accent sur les migrants. « Nous sommes tous issus, à une ou deux générations près, de personnes qui ont fait de gros sacrifices pour que leurs descendants se trouvent où ils sont. Nous sommes tous des enfants de migrants. » (Et j’en passe) Je me suis rendue compte à quel point j’avais eu, toutes ces années jusqu’à récemment, cette conception entièrement figée et statique de ma personne et de ma famille. Dans ma jeunesse, mon horizon ne dépassait pas les grands-parents, déjà qu’il y a en a qu’on n’a jamais connus, et d’autres très peu, et que la famille n’est pas très bien en point… (les toxiques, tout ça). La famille a dû survivre à plusieurs chocs et pas mal se battre, mais dans cette lutte, la mémoire collective, ou la mémoire transmise à la nouvelle génération, cette « forme », était que nous étions ancrés là, que nous étions d’ici. Et puis avec le temps, des récits de famille, des recherches… mais même, autre chose que je n’arrive pas à cerner, tout ce vernis s’est fendu. J’ai été extrêmement bien « ici » car c’est la Terre qui m’a portée, qui a porté mes parents aussi, mais nous ne sommes pas d’ici, nous étions les deux jeunes générations. Nous nous sommes beaucoup déplacés, et mes grands-parents, des deux côtés, étaient venus ici pour tenter d’offrir mieux à leur famille ; d’un côté par choix, pour tenter sa chance ; de l’autre par nécessité, la fuite d’un pays qui avait tourné à la violence et au rejet. Mais une grande partie vient du Nord d’ailleurs, moi qui ne comprenait pas ces histoires de froid et de Dieux scandinaves, ne voyant que le sol gaulois sur lequel je vivais… Bref.

La Morrigan doit sûrement se demander pourquoi je mets autant de temps à comprendre ce qu’Elle veut m’apprendre… Heureusement qu’elle est patiente. Je me rends compte que, peut-être, je suis en train d’expérimenter tour à tour toutes les problématiques qui lui sont liées. Qu’après tout, Déesse de la Terre, après les différents exercices de Souveraineté, il était bien temps d’expérimenter de cette façon la question de la Terre. Après les mariages sacrés, les passations de royauté, l’observation sacrée… Fouler la Terre et ressentir, soi-même, au creux de son être, ce que cela signifie qu’être et habiter. Le co-rayonnement de l’homme en écosystème sur une terre. La question du déplacement, des types de déplacements. Des migrations familiales, ancestrales, archétypales. Connaître, savoir, de l’intérieur.

Un atelier de mandala sur Paris

Quelques mots d’introduction

Bien que l’on en fasse un cliché vulgaire, Paris peut représenter une aventure au quotidien quand on a le temps d’errer un peu. Tout bouge, tout change très vite. La ville n’est pas aussi grande que ses concurrentes dans le monde, mais elle est tellement concentrée et dense qu’on peut facilement s’y perdre : on trouve de tout, et chaque amateur doit déblayer le terrain pour trouver les boutiques, les galeries, les cafés, etc, de sa préférence. De l’art, du sport, des disciplines alternatives, des soins, du rétro, du rock, … Mais même dans chaque domaine, il y a tellement de tout que pour trouver les lieux de son choix, ça reste peu évident ! Un peu comme une aiguille dans une botte de foin à mon goût. En jeune parisienne (je n’habite pas là depuis très longtemps), j’ai adopté pour l’instant le hasard pour guider mes pas, et grand bien m’en a fait, car à chaque détour de quartier je découvre des surprises.

J’avais déjà commencé à remonter vers le 20e arrondissement de temps à autre, et découvert des ateliers dans le 19e, mais je ne me serais jamais doutée. C’est Eloa qui m’a mis la puce à l’oreille, connaissant mes centres d’intérêt, lorsqu’elle a pris connaissance d’un atelier animé par une femme spécialisée dans la création de mandalas. J’ai sauté en l’air, on a beaucoup ri au téléphone, et puis je me suis lancée.

Si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure à ma suite, vous pourrez trouver Sandrine sur son magnifique site et sa page facebook, et à l’atelier studio du Regard du Cygne, 210 rue de Belleville, 75020 Paris. Pour participer à un atelier il vous faut réserver auprès d’elle par email, le tarif est de 35 euros, tout est fourni sur place (mais penser à rapporter un élastique pour rouler votre mandala, et un petit sac pour transporter l’argile !) 15h-18h le dimanche, mais toutes les informations sont disponibles sur le site. EDIT : depuis la rédaction de cet articles, les informations ont été modifiées. Rendez-vous directement sur le site ou contacter Sandrine à son adresse : contact@syamamandala.com

Bientôt deux ans déjà que j’ai fait cette découverte, entre temps la radio s’est arrêtée, renouvelée, puis arrêtée de nouveau. Nous avons été très occupées, et se coordonner n’a pas été facile, du coup j’ai dû retarder, retarder, retarder cet article qui était pourtant rédigé à peine quelques mois après l’atelier. Enfin, je peux enfin vous livrer mon récit ! J’espère qu’il contiendra toujours mon enthousiasme de ce jour-là.

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Au coeur du mandala

C’est avec une certaine impatience que je suis arrivée dans le 20e un dimanche après-midi de Mars. J’ai rencontré Sandrine juste un court moment (pour tout ce qu’on avait à se dire !) afin de faire connaissance et de préparer notre collaboration pour une interview. La mayonnaise a vite pris, et j’avais très envie de pouvoir assister à l’un de ses ateliers, pour sortir du cadre de la parole et entrer dans l’action ! Confirmer les bons ressentis et l’occasion qui se présentait à moi.

Le dimanche 10 Mars 2013, quand je me suis rendue à l’atelier, le thème proposé était donc « femmes enceintes et créatrices ». Et j’étais pleine de l’envie de découvrir un lieu, des personnes, et une démarche qui rejoint la mienne. Quand on se trouve à l’extérieur, c’est une grande façade un peu froide et imposante qui nous accueille, avec une gigantesque porte en métal. Quand je suis entrée, j’ai presque ri de la différence : vous vous retrouvez dans l’une de centaines de cours parisiennes de charme bien cachées derrière des grands murs. Une cour ancienne et pavée, des petits porches à droite et à gauche… je suis mon instruction « derrière les bambous » ! Je sonne maladroitement et j’y suis, une salle avec un vieux plancher, des grandes fenêtres… De l’espace. LA table est plus petite que ce que j’imagine, mais la pièce et grande, et on se sent à l’aise ! Derrière un mur coulissant se trouve aussi un petit bar / cuisine, où Sandrine nous propose de chauffer de l’eau pour un thé, et où l’on peut aisément nettoyer les outils par la suite.

J’essaie de contenir mon excitation une fois assise autour de la table, car chez une personne assez « nerveuse » comme moi, c’est malheureusement un peu du pareil au même… ça peut empêcher la détente, même si c’est une émotion positive ! Nous nous asseyons autour de la table, on se présente, et Sandrine se lance dans les explications. L’atelier est rodé, et d’une efficacité incroyable. Elle nous introduit d’abord au thème, ce qu’elle a voulu nous transmettre comme problématique, et pourquoi aucune des femmes présentes n’est enceinte, et pourtant toutes présentes 😉 La femme et sa créativité dans un espace plus large, pour s’autoriser à s’exprimer. Puis pour nous libérer l’esprit, elle présente le déroulement de la séance. J’apprécie énormément le côté « sain » de la démarche, une certaine « lenteur » que je retrouve dans le zen que je pratique : créer ça n’est pas se presser, c’est semer une graine, la regarder grandir, la laisser « maturer », y revenir… Cet atelier est plutôt long (de 15h à 18h), et découpé en beaucoup de parties. C’est une façon de préparer l’étape de création, et de se laisser vraiment le temps de créer quelque chose. De stopper un flux « commun », celui du travail, de la maison, pour entrer dans un flux vraiment créatif, différent. Un autre rythme. Et alors, nous nous lançons.

Nos créations à l’argile rouge (voir plus bas)

Elle nous propose pour commencer une méditation, improvisée ou non je ne sais pas. Première étape de préparation à ce rythme nouveau, et à un état réceptif. Elle nous guide pour calmer nos respirations, nos muscles, pour nous détendre. Se débarrasser de toutes les tensions, pour entrer dans un état propice à la création. Et cette détente, c’est bien une descente dans le corps : le ressentir, l’habiter, s’y ancrer. Elle prononce plus ou moins exactement cette phrase, cette idée, que nous « descendons dans la matière ». Calmer l’esprit, calmer les tensions, les muscles, et s’avancer dans le plan physique. Une étape complètement primordiale pour moi, j’ai été tellement heureuse qu’elle soit présente, car souvent c’est un de mes soucis. Quand je suis seule le problème ne se pose pas trop, car je prends mes crayons justement pour me calmer, je passe d’un état d’activité à un état de dessin. Mais souvent dans les ateliers de dessins auxquels j’ai participé, je n’étais pas du tout « productive » pendant une bonne partie de la séance (en tout cas pas très « bien », pas satisfaite) car j’étais trop parasitée nerveusement. Et comme je l’ai mentionné, en entrant dans l’atelier j’étais tellement heureuse et excitée et que j’étais un peu comme une pile électrique… alors cette méditation, au début quand j’ai fermé les yeux j’ai senti ma tension si présente, les muscles qui se crispent sur le visage, dans le dos, et même les yeux… « Oula, y a du boulot !» Il est évident que ce passage a donc été entièrement bénéfique pour moi, l’effet flagrant. Et cette descente dans le corps pour arriver à une… « présence » propice pour la suite.

Sandrine nous propose ensuite une activité verbale simple, les yeux fermés. Etablir un cercle de mots pour se relier les unes aux autres. Ludique, créatif, simple. Donner le premier mot qui nous vient quand on entend le précédent. J’aime cette étape, Sandrine insiste sur le lâcher prise et la simplicité. Pas d’attente, pas de code. S’exprimer sans barrière. Je suis dans un état qui me plaît évidemment, car cela fait marcher à fond ma synesthésie. Je vois des images, je perçois des couleurs, des sensations… C’est lent, doux, mais il se passe des tas de choses.

Quand c’est terminé je rouvre les yeux, je me sens bien. Calme, et pourtant à nouveau « stimulée ». A ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, Sandrine nous explique que l’étape suivante consiste à travailler de l’argile rouge. C’est ici je crois qu’elle nomme vraiment pour la première fois « l’entrée de la matière », et ça me parle ! Après l’esprit, le corps, et la connexion, nous voici sur le point d’entrer vraiment dans la création. Une étape mixte, les yeux tantôt fermés, tantôt pas, sur un fond de musique relaxation (des bols tibétains il me semble). Lâcher finalement les dernières tensions, ressentir la matière, la travailler, lui donner une forme ou non… Je peux me lâcher à nouveau, c’est à dire continuer à faire partir des tensions résiduelles. Et je peux à nouveau déchaîner mes sens, j’adore l’odeur de l’argile qui monte jusqu’à mon nez, mais j’ai aussi un plaisir infini à la toucher. Etre simplement là, à pétrir, c’est royal. Je donne des formes les yeux fermés, pour ressentir des courbes, les modifier… comme de l’eau. Une plaque, un pli, un bol / récipient, une boule… et puis finalement un creux. Sandrine nous indique que c’est terminé quand j’ai obtenu ce mont. Je suis un peu décontenancée, mais je me sens très calme, très bien, et satisfaite de ce contact. Je le regarde, et je me dis… que ça fait diablement sens. Ici mon creux fait écho à tous mes travaux personnels. Il est le mont primordial qui émerge du Noun chez les Egyptiens, un mont de fertilité, la première poussée de création, symbole des deux Dieux avec lesquels je travaille en ce moment (Ptah et Nefertum). Aussi, je ne peux m’empêcher de rire, car « creux » = « creuset », un mot qui est sorti une ou deux fois lors du cercle de mots. Or l’atelier a lieu dans une période de renouveau dans ma vie, et juste avant mon anniversaire… alors je sens un clin d’œil. C’est mon creux, mon creuset de renaissance personnelle et créative.

On se lave les mains puis Sandrine rappelle toutes les techniques à disposition, nous distribue des feuilles et l’on commence à tracer. Trouver le centre de notre format carré, tracer le premier cercle (mandala)… puis elle nous donne notre « clé » pour travailler : la fleur de vie. Je ne sais plus si j’en avais entendu parler, peut-être dans un recoin éloigner de ma mémoire. Toujours est-il que c’est une forme géométrique de base, et elle sera notre outil pour l’atelier. Pour réaliser notre énergie de « femme enceinte et créatrice ». Après un moment un peu « ardu » à construire l’ensemble, et de mauvais souvenirs de mon enfance contrariée avec la géométrie, où Sandrine relâche les tensions, nous encourage… nous y sommes. A partir de cette forme, c’est terrain libre pour la modifier à loisir (ou non) et se lancer dans toute la créativité personnelle. Evidemment je me retrouve bloquée à cette étape. J’ai du mal à visualiser autre chose que la forme de base, à la modifier. Il faut respirer un coup… et c’est mon travail annexe personnel qui me revient en tête. Je ne peux m’empêcher de repenser à la création primordiale, et à la renaissance de mon élan créatif personnel. C’est cette base qui influence quelques modifications, puis le choix des couleurs.


Mon mandala en cours de réalisation

Sandrine est là, détachée et sereine, pour nous encourager et répondre à nos questions. Elle nous explique aussi avec chaleur qu’il est important de tester de nouvelles choses, et de suivre notre instinct : une technique vous attire particulièrement ? vous ne l’avez jamais testée ? c’est l’occasion ! Evidemment je me sens cruche comme pas possible, car je suis contrariée avec la géométrie ET avec la propreté… ah les souvenirs d’enfance. J’ai peur d’en mettre partout, et de tout rater… mais Sandrine veille à ce que l’on se détache des peurs, et surtout de l’idée que rater serait grave ! Le mot d’ordre : expérimentation. Il faut se laisser vivre son expérience. Alors je suis ce que j’ai vu pendant la construction de mon mandala : je voudrais tester des encres. Comme je m’en doutais c’est très nouveau, difficile, je ne suis pas douée au pinceau pour respecter les bords… mais je suis immergée dans le rapport à la matière finalement, et ça me plaît, même quand le résultat est trop foncé, pas ce que je voudrais, que je n’ai pas de subtilités… Tant pis ! J’avance, je laisse sécher, je teste… et c’est seulement à la fin que se révèle à moi… « l’illumination » si on veut : en voulant repasser certaines couleurs avec une autre technique (le pastel sec) pour recouvrir ce qui a été dépassé, ça fait « clic » ! J’adore la couleur, la sensation du pastel sur mes doigts, sur la feuille, la façon dont je l’applique…Et surtout, le pastel révèle mes encres ! Je peux affiner les couleurs, les nuances, et de façon complètement inattendue, j’obtiens enfin ce que j’avais en tête ! Les couleurs s’approchent de ce que j’avais visualisé, et en un cours moment, mon mandala est transformé, et avec plaisir !

Il est temps de finir, du moins de ranger… car Sandrine insiste : l’important n’est pas d’achever maintenant. Laissez-vous le temps de sentir quelle couleur vous manque, quelle sera la touche finale… Et effectivement, à ce jour, mon mandala attend que je lui trouve sa dernière couleur, pour achever… son cercle. La boucle est bouclée.

Merci infiniment à Sandrine pour notre collaboration, sa patience, sa gentillesse, sa chaleur, son calme… Et un atelier aussi bien rôdé ! J’espère diablement y revenir. Mais en attendant, ce fut la goutte d’eau… et ma créativité est remise à flot. J’ai pu profiter de ces belles énergies pour relancer mes projets personnels et ma pratique du mandala.


Mon mandala dans son état presque final, à la fin des ateliers.

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Si vous voulez découvrir Sandrine mais que vous n’habitez pas à Paris, je vous conseille de suivre sa page Facebook qui présente régulièrement des photos d’ateliers, des créations personnelles et des rendez-vous ailleurs en France selon la saison et les festivals. Elle a aussi publié des livres de mandalas à thème, parfois très sympathiques, bien qu’ils ne remplacent aucunement selon moi sa présence patiente et lumineuse pour nous mener à l’intérieur de cet univers et nous transmettre réellement la démarche. Ils sont légers, frais, pratiques, mais peu « approfondis » (disons qu’ils remplissent un but différent de ma recherche ; il manque l’aspect vraiment construction, qui participe de la pratique de fond du mandala). Alors que la rencontrer directement pourra clairement vous inspirer ou vous débloquer bien au-delà de la première approche d’un livre, autant vis à vis du tracé et que de la créativité. Une personnalité ouverte et riche qui fait la différence.

Sandrine qui nous a accompagnées

Retour au gardiennage

Ouais, il faut bien l’avouer, le terme français « n’est pas bandant ». Ca manque de précision et de poétique… Ou alors je suis trop impliquée pour me rendre compte que non. Mais je trouve que les désignations anglaise sont bien plus précises et imagées : land stewardship, land guardianship.

Nota: Rappelons-le d’entrée, je ne suis pas une experte, je livre mes ressentis, et des fragments d’expérience obtenus sur le terrain. Très peu de monde « ose » (ce n’est peut-être pas le terme exact évidemment) parler de ça en français, or on m’a demandé d’écrire plus dans cette langue, donc je me lance. D’autant plus que ceci illustre une petite partie du travail que je réalise pour Morrigan, et tant qu’à faire autant parler un peu plus de ce que je fais, puisque c’était un engagement pour l’Antre également.

C’est une pratique que j’avais eue il y a longtemps, dans mon adolescence, et que j’avais discuté avec quelques enthousiastes sur le défunt forum « Quercus Robur ». Et puis j’y suis revenue avec le temps, d’abord autour de mon lieu d’habitation parisien, et puis tout récemment sur les mêmes lieux que ceux de mon enfance, avec mon retour au foyer. Mais bref. Qu’est-ce que c’est le « Land Stewardship », ou Gardiennage de la Terre ? C’est à la fois un « rôle » et un type de travail. Je pars du principe que tout le monde peut l’effectuer, que les Esprits, ainsi que les divinités de la Terre, aimeraient que nous retrouvions ce rapport sain à notre environnement comme nos ancêtres avant nous. Que c’est une forme d’hygiène spirituelle et de mode de vie. Mais pour ma part, c’est aussi un « rôle » puisque l’on (les Esprits et Morrigan) m’a clairement demandé d’approfondir très clairement cette « pratique » et de la transmettre (d’où cet article). Ensuite, a priori, cela peut être un rapport aux Lieux qui se retrouvent à n’importe quel endroit (on honore chaque lieu où on se trouve avec le même protocole), ou bien, quand c’est plus précis (d’où le terme de Gardien), il s’agit de veiller sur un Lieu spécifique, d’en être littéralement le Gardien sacré.

[Nota2: J’ai bien conscience, effectivement, que certaines « traditions » ou « associations » ou même personnes font ça naturellement, certains « sorciers », certains wiccans, certains druidisants, etc. Tout ceci n’est qu’un concept pratique pour désigner une chose]

Après cette mini glose qui établit plein de catégories, que l’on peut trouver factices, mais qui servent juste à se rendre clair, à savoir de quoi on parle, et si possible à éviter des amalgames… passons dans le vif du sujet. En quoi ça consiste ? A nous remettre à notre juste place dans la chaîne, dans l’environnement. Nous ne sommes « que » des humains, des maillons de la chaîne, de passage d’un territoire à un autre. On peut acheter une terre, un terrain, un endroit, mais pour moi on ne peut pas le « posséder », cette notion me gêne énormément. On ne possède pas la terre, on l’emprunte. On traite avec ses gardiens (esprits), et des gardiens il y en a partout. Le « gardiennage », c’est reconnaître que le terrain est habité par d’autres que nous, et peut-être déjà « possédé », et que par conséquent pour nous y établir, ou pour le traverser, ou pour y faire un rituel, il y a probablement des règles à suivre : reconnaître où est la Porte (ou bien l’endroit où se tient le gardien), se présenter avant, dire qui l’on est, ce que l’on vient faire, quelle éthique on possède, saluer le gardien spirituel (qui peut être individuel ou collectif), venir avec une offrande de nourriture et/ou de boisson, attendre une réponse, écouter, proposer d’offrir autre chose dans l’avenir…

Alors oui, effectivement, il y a des gestes comme nettoyer qui sont d’une nature toute simple, écologique et non spirituelle, et que l’on peut avoir partout et pas juste sur un lieu etc, que cela n’a pas un qualité particulièrement extraordinaire. Mais qui a dit qu’il s’agissait de faire quelque chose d’extraordinaire ? C’est simplement une discipline à prendre. Dans le lieu « sacré » (lieu de pratique) auquel je me rends, j’arrive toujours avec une offrande à l’entrée, à remettre au gardien, pour demander mon droit de passage. C’est devenu automatique de le faire, et je considère que la réponse, elle, ne l’est jamais. J’attends sur le seuil, un signe, quelque chose, un ressenti, pour savoir si le jour est faste ou pas, si ma venue va déranger le flux du Bois. Maintenant, étant donné qu’on m’a chargé de « prendre en charge » cet endroit, je suppose que ça arrivera moins souvent que dans un autre, puisque je dois y travailler. Mais il n’empêche. J’ai avec moi un gâteau fait maison, un biscuit (bio), un fruit, une boisson… et régulièrement, je remets en question la pertinence de ce que j’offre : ce que ça me coûte, si c’est polluant ou non, si c’est quelque chose que les esprits vont aimer, mais est-ce bon pour les animaux qui vont passer par là (le sucre, la graisse etc), et autres considérations du type. Pour cela que le mieux est de pratiquer régulièrement le décentrage : si j’étais un esprit, un animal, comment je fonctionnerais, et qu’est-ce qui pourrait m’intéresser / m’être nécessaire ? Si j’imagine un humain qui débarque avec son morceau de gâteau, qu’est-ce que je vais en penser ? (rire probablement, et trouver ça absurde, mais ça dépend quel type d’esprit je suis). Entre en ligne de mire ici la connaissance générale du monde des esprits, mais aussi la connaissance du règne animal (les comportements, l’habitat, les habitudes alimentaires). Et pour ce faire, il est pratique non seulement d’y réfléchir, mais bien de demander aux Esprits directement (par des biais traditionnels comme des signes mais pas seulement) ce qu’ils souhaitent. Ainsi, maintenant, j’ai devoir d’avoir toujours avec moi un sac poubelle pour ramasser tout que je trouve : les bouteilles, les morceaux de sacs, tous les plastiques, mais aussi les papiers, les déchets… Je pense qu’il y en a globalement peu, mais il y en a quand même.

Mais il y a d’autres règles. On m’a clairement demandé de ne pas couper de plantes, ce n’est pas mon rôle. D’ailleurs, je suis ravie, car j’ai toujours été extrêmement horrifiée par cette idée, et « flippée » aussi, car je considère que je n’ai pas la connaissance botanique pour ça et que j’avais toujours la trouille de faire une connerie (couper d’une mauvaise façon, couper au mauvais endroit, choisir de couper la mauvaise plante dans l’écosystème etc). Bien que cela ait été transformé en discours culcul par le New Age, comment choisir de couper un être vivant ? Surtout sur prétexte que madame ne peut pas passer. XD (Et encore pire : que la clairière n’est pas ronde ou pas « propre ») Si je voulais le faire, si jamais un jour c’était vraiment trop entravant, je demanderai clairement aux Esprits leur autorisation et je devrais procéder avec des règles sacrées. Mais pour l’instant, je suis contente, on m’a dit que pour pratiquer à cet endroit je devais le laisser entièrement en l’état, untouched. Et quand il y aura besoin, je suppose qu’on me fera signe, comme ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsque les esprits m’ont pour une fois demandé d’arracher du lierre sur un arbre qui avait l’air de souffrir. Certains jours, on m’impose aussi une règle de silence : ne pas chanter, ne pas faire trop de bruits avec tout le « ramdam » que je me trimballe, ou à grands coups de chaussures (quand j’en ai) etc. Tout est relatif je suppose, mais par moment ils me font comprendre que l’humain est super bruyant, et que c’est inapproprié.

Pour le reste, je suis encore en pleine exploration. Je parcours, de jour, de nuit, dans un sens, dans l’autre. Je prends des repères mentaux pour ne pas me perdre (surtout quand les esprits décident de lever le voile et que la forêt changé de visage derrière vous et que vous ne vous y retrouvez plus). Je procède à une cartographie mentale, pour l’instant, pour entraîner ma mémoire, et je renomme les coins avec des petits noms naturels. Je prends note des espèces animales qui se baladent et à quelles heures, des plantes (de leur nom, leurs implantations) selon les saisons. Tout doucement, à mon rythme. Puis, en tant que gardienne, on me fait découvrir des petits lieux cachés dans le bois, des clairières derrière des tas d’arbustes plein d’épines ou des arbres qui ont une énergie beaucoup plus fortes que les autres et qui semblent être des « veilleurs » du lieu comme si tout le complexe énergétique reposait sur eux. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a commencé à me demander d’agir pour eux, de surveiller leurs « besoins » spirituels, l’équilibre de l’ensemble, ou leur état d’agitation (on m’a envoyé faire certains rituels de nuit, spécifiquement pour les esprits locaux), ou de redresser certaines barrières protectrices naturelles (que les non praticiens sentent tout de même inconsciemment) par exemple.

Et puis le vagabondage, encore et encore, du Lieu, pour le connaître par coeur. Le moindre tournant, le moindre dénivelé, observer les arbustes morts et ceux qui croissent, le bruit du vent dans les feuilles, selon la saison, le quota de vent, la pression atmosphérique, les oiseaux dans les coins, selon les heures… La texture du sol selon le degré d’humidité, le son sous les pas, les herbes folles qui seront sèches et crissantes ou molles et glissantes. La couleur exacte du soleil qui se couche sur le tronc des arbustes, selon son degré par rapport à l’horizon. Le ciel, dégagé ou non, et son dégradé de bleu. Les nuages de pluie qui arrivent, leur texture, leur couleur, leur poids au-dessus des monts. Et les nuages aériens de glace. Et les paillettes brillantes ou étouffantes du brouillard qui monte du ruisseau au fond du val, selon qu’il est givrant ou non. Le tout entrecoupé par l’activité humaine qui ronronne alentour bien sûr, les voitures sur la départementale selon l’horaire. Car nous ne sommes pas en rase campagne ici. Nous sommes entre-deux. Mais malgré tout, l’écrin est possible, à flanc de colline, et le travail commun sur ce lieu, avec les Esprits. Mélange des plans, liens qui se tissent dans un environnement moderne qui est le nôtre.

Difficile d’entrer plus dans le détail, c’est une multitude d’expériences, répétées, à vivre soi-même. J’espère que l’article ne sera pas trop confus parce que dans ma tête ça l’était, et je n’étais pas forcément super à l’aise pour partager tout ça. On finira sur quelques photos.

Des liens nécessaires

Ou de l’entraide entre spirit-workers, les travailleurs des esprits.

Selon la profondeur de nos croyances polythéistes et animistes, il nous arrive de douter de la possibilité de l’intervention des Dieux et des Esprits dans notre quotidien. Aussi, tout un chacun est plus prudent s’il se pare d’une certaine dose d’incrédulité et de scepticisme pour éviter de voir des signes partout, et pour remettre en question ce qui lui arrive, les liens possibles qu’il entrevoit. Ca m’est arrivé, plus moins régulièrement, et depuis l’an passé avec une fréquence jamais égalée, et ça continuera de m’arriver jusqu’à la fin de mes jours. J’ai douté, je doute. Mais le parcours est… assez hors norme (comprendre pas supérieur, mais hors de l’ordinaire dans l’ordre des probabilités).

Il y a un an, si on m’avait décrit le tableau que j’ai sous les yeux à l’heure actuelle, j’aurais ri, et je me serais vainement moquée, en disant que tout ceci était un beau ramassis de conneries impossibles, seulement visibles dans les livres à l’eau de rose et les séries B. Aujourd’hui ? Ben, je tire un peu la gueule de biais, parce que putain, ah ouais quand même. La très mince probabilité du départ de l’année passée, de raccrocher le noeud de deux réseaux de rencontres parallèles, est soufflante, et le déroulement continu du fil aurait très bien pu être rompu à moult reprises tout du long. Le fait qu’on en soit là aujourd’hui est étonnant, au sens le plus fort du terme. Les lieux où je me suis rendue, les gens que j’ai rencontrés, les amis des amis, les cercles de pratiques, ce que j’ai appris à leur côté, produit une somme d’expériences et de liens très dense, que je n’aurais pas crue possible. J’avais essayé par le passé, de trouver des groupes, des liens, parfois même seulement quelques personnes (5 max) qui pouvaient recouper mes pratiques, ma façon de penser, me compléter de façon constructive. Mais je n’avais pas trouvé, et je m’étais repliée dans mon coin. Et puis PAF.

Aujourd’hui, je regarde le paysage avec le recul, et j’ai l’impression de voir une carte du ciel. Sur la toile de fond du Vide, nous formons un réseau d’étoiles. Vus de l’extérieur, sans liens apparents les un avec les autres, et pourtant quand on regarde cette carte, on sent une densité de la matière entre les lignes, et on voit que le tableau fait sens même si on ne saisit pas comment. Nous nous sommes rencontrés entre les mois sombres de Samhain et de Yule, comme un repli du Temps et de l’Espace sacré, pour une veillée funéraire. Différents âges, différentes affiliations, différentes pratiques… La situation était presque cocasse, tellement improbable. Rien en commun ? Si. Mais la probabilité qu’on se rencontre ? Qu’on s’entende ? Que ce degré de proximité soit possible ?

Les cordes ont été savamment filés et tressés, puis raccordées les unes avec les autres, au fil d’événements ponctuels très précis. Ca tire à gauche, puis à droite. On inverse soudainement les polarités. On préfère essayer telle connexion entre ces deux personnes, plutôt que ces deux-là. On transmet les liens, les charges. On en crée de nouvelles. Ca tisse, ça tisse, ça noue, ça glisse dessous, puis dessus. Nous étions de parfaits inconnus. Et pourtant, la profondeur dépasse ce qui est communément la norme, le quotidien, les situations courantes, communes, le banal. Non, cela n’a rien de banal et de rationnel. En fait, quand on y regarde de loin, c’est presque arrivé de façon chirurgicale, ou un ballet de pantins extrêmement précis et orchestré. Rien n’est gratuit, gâché. Un minimum d’occurrences pour une efficacité maximale.

On nous a présentés, liés, puis distendus dans le temps et dans l’espace ; certains ont mis presque un an avant de se revoir. Chacun a eu ses tests personnels ou de groupe. Des liens se sont défaits pour laisser la place à d’autres. Selon la loi des raccordements. Et avec la fin d’Annnée qui arrive, voici une nouvelle accélération du Temps Sacré et des processus. Tous nous avons reçu de nouveau des épreuves ; affrontements corsés de nos ombres, démembrements répétés, remembrements aussi. Et nous sommes là. Chacun sur son chemin et pourtant côte à côte, là les uns pour les autres, ponctuellement. Les cordes se croisent. Du fond de l’Autre Monde ça murmure, puis un fragment de chant monte, ou un fragment de rêve, de l’un pour l’autre, des deux ensembles ; une corde tire plus que d’ordinaire. Des sms qui s’échangent, du débriefing, des rendez-vous imprévus apparemment hasardeux, puis finalement révélés comme nécessaires. L’un, Y, ramasse un morceau perdu de X, et lui rapporte. Et V. devra se charger de maintenir le fil, le lien, et de faire passer la navette entre les fils de la trame. Tandis que S. veille et garde l’ancrage. Parfois il se croit fou et il s’isole. Et puis T. est envoyée le voir, appuie sur le bon bouton, l’information est révélée, et finalement, la situation est connue d’elle, et peut être expliqué pour lui. Soulagement. Réunion au coeur d’une ville saturée, s’accrochant aux petits sanctuaires sacrés restant. Réunions autour du feu, au coeur de la nuit en pleine forêt. Réunions dans les rêves de l’un. Réunion à distance pour la Grande Nuit Sacrée.

On ne se connaît pas toujours, on ne se serait probablement jamais rencontrés. Dans d’autres circonstances peut-être ne se serait-on même pas regardé. Mais aujourd’hui nous sommes là. Nous avons été amenés là. Et nous serons très probablement encore là dans l’avenir, bien que cela nous dépasse.

La période sombre est très dure pour tout le monde. Certaines épreuves arrivent coup sur coup, comme si on n’en avait déjà pas eu assez, mais parce qu’elles doivent survenir avant la fin de l’année, avant le trou, le recommencement, qui n’est jamais gagné et qui ne survient qu’à tour de bras. Beaucoup de flux, d’énergies, beaucoup de murmures. Beaucoup d’épreuves en miroir, de souvenirs du passé, de traumas qui remontent. Et ça ne fait que commencer. On a tous besoin de quelqu’un dans ces cas-là, d’au moins une personne, qui peut vérifier de temps à autre où nous en sommes, pour parler, de ça ou d’autre chose. Le lien. Le garde-fou. Une période de l’année où il est bon de faire très attention à ce qu’on dit, à la façon dont on le dit, car ça peut vite partir de biais et être blessant. Où chacun, même s’il ne montre rien, a probablement beaucoup, beaucoup à faire et à gérer. Mais la timidité, l’incrédulité, la culture étouffante, l’absence de tolérance, pèsent.

Brace yourself, it’s only the beginning. Mais nous ne sommes pas seuls.

Et la roue tourne… Equinoxe

La saison humide revient, et je sens ce ruissellement spirituel qui caractérise cette partie de l’année. Impossible à définir, à dépeindre, à expliquer. Mais je vois depuis assez longtemps l’équinoxe d’automne comme une sorte de rivière souterraine. C’est la sensation que ça me procure à ce moment-là de l’année. Et on n’y a pas coupé. Quelque chose qui court, qui produit un espace de transition, et qui emporte des choses avec lui.

A cette période je passe souvent mes caps. Et j’en avais déjà parlé l’année dernière, de pourquoi cette date est importante pour moi. Et j’avais raconté ce que j’y avais fait. Ca me paraît loin, j’ai dû faire un effort pour m’en souvenir ; nécessairement après tout ce qui est arrivé. Si je me rappelle bien de l’ouverture de la roue, ce qu’il y avait juste avant était comme derrière un fossé. Quoiqu’il en soit, je suis contente car je n’ai pas fini l’année seule. Plus le temps passe et plus je ressens une double dimension émerger. Pour des tas de raisons et de pratiques, la majorité de mes activités se fait encore en solitaire, c’est comme ça que ça fonctionne. Mes divers projets, objectifs, et travaux spirituels. Mais j’ai réellement besoin aussi de me réunir avec d’autres pour passer certains caps, j’y ai pris goût, à cette dynamique de groupe, et au sens fort du « relier » de notre religion. Car pour moi c’en est une. Une culture et une religion.

Des visages connus sur un quai de gare. Les habitués. Je ne suis venue que deux fois mais il y a une telle ambiance dans ce groupe, une forme d’osmose, que je m’y coule comme je peux. C’est fluide,  étonnant. Par ailleurs, on sent que quelque chose change, que c’est en recomposition. Des membres qui vont et viennent, et un noyau dur éclaté entre plusieurs groupes. Mais ce jour-là, pour la dernière  célébration, les personnes qui sont présentes font sens. Ca me semble bien convenir aux énergies du moment. Des choses qui se cristallisent doucement, mais qui ont été fluides.

Nouvelle structure rituelle. J’ai du mal avec le changement de mes habitudes, j’ai besoin d’un minimum de repère, mais on fera avec. J’aime découvrir et expérimenter. Je suis* le leader (*du verbe suivre). Et à ma grande surprise, lors des explications je soupçonne des trouvailles inspirées, et au plein coeur du rituel, je ressens clairement une forme d’alignement avec des « gestes » ancestraux ; c’est très difficile à décrire, mais très puissant. Je ne sais pas comment je pourrais me passer de ces moments de rituels de nuit dans les bois autour d’un feu. Les sensations que ça procure à l’intérieur de soi sont incomparables, et pour la mise en place de rituels aussi. Les lieux vibrent, on se met au diapason. Il y a des murmures, des sifflements, des grognements, des chants, des percussions ; on marche, on saute… Et on se tait aussi beaucoup. La qualité du silence rituel est extraordinaire à expérimenter. Chacun s’immerge, s’imbibe… Des gestes discrets alternent avec les chants, les incantations.

Et puis comme souvent, le rituel monte, les gens prennent leurs aises, et on obtient des effets très intéressants sur chacun. Des énergies qui se modulent, ; des chants lâchés, libres ; des petits sauts qui se transforment en danse. Une forme d’énergie commune, qui tient à la fois de la période, du lieu, et de l’événement, qui produit un courant qui se transmet de l’un à l’autre, repris, transformé, communiqué, dans une fluidité remarquable. « Osmose ». Le mot me revient beaucoup à la bouche depuis la célébration. La beauté d’entendre des invocations, des incantations, pour inviter les Esprits et les Dieux à prendre leurs dûs. La possibilité vivante de se voir refuser… Silence vibrant après la fin d’un écho, réverbérations entre les arbres. Et tout le groupe debout, amassé, côte à côte, tous immobiles, dans l’attente. Percutant.

Ensuite, le repas est convivial et égal à la joie de vivre du groupe, avec la soirée qui suit le même rythme parallèle à celui du rituel :  ça monte en intensité et en débordements. D’autres chants montent, dans plusieurs langues, dans plusieurs tonalités. D’autres invocations. Etonnant moment avec des personnes issues de lieux et de groupes différents rassemblées à ce moment-là, ce soir-là, dans le même but. Y compris pour réaffirmer leur lien avec l’une des personnes présentes, qui marque nos vies. Bien que pris par surprise, chacun à sa façon, chacun pour ses raisons, tous acceptent de se mouiller.

Photo foireuse des braises incroyables d’une de ces fins de soirée,
en pleine nuit, histoire d’illustrer, parce que je remarque
que je n’ai jamais pris de photos jusqu’ici.

 

Et finalement une nuit sur place pour certains des habitués, dans une forêt bien animée après une telle soirée. Se lever sur les lieux après une nuit de rituel. Se rendre compte que les différents lieux où ont été sacrifié les offrandes sont transfigurés énergétiquement après la nuit ; la marque claire du passage des Esprits et des Dieux qui sont venus festoyer après nous. Percevoir, malgré des modifications récentes, la puissance qui se dégage de la nouvelle enceinte sacrée, et des piliers. Rallumer un foyer, s’y rassembler en silence, et partager la nourriture et la boisson, alors que l’humidité complètement dissipée la veille est montée puissamment du sol au petit matin. Moment de communion encore. Comment s’en passait-on jusqu’ici ? Il convoque en moi de nombreuses images et plusieurs souvenirs mélangés. Parfois des bons, parfois des mauvais. Ce qui a pu y ressembler autrefois, et les occasions pour lesquelles cela a manqué. Ca fait sens. Notre présence ici, nos liens, le rituel. Je me sens vivante et ramassée sur moi-même, à l’essentiel. L’idée de quitter la forêt me coûte, mais on n’y pense pas tant que nous ne nous sommes pas mis en route. On rassemble les affaires efficacement, on trie, et on avance. Toujours concentrés sur nos objectifs.

C’est lorsque nous sommes sur le sentier qui s’éloigne, que le jour bat son plein alors qu’il faisait si sombre dans le forêt, et que l’humidité n’est plus, que la chaleur est là, que je réalise. La rupture à la fois progressive et brutale pour le corps, la peau, qui enregistre tout un tas de signaux, et rappelle ainsi à l’esprit que ça y est, c’est fini. Pincement au coeur de devoir quitter ce foyer qui résonne ; vertige en revenant vers cette ville dont les énergies stagnantes sont encore plus visibles après ces dernières heures (note: une autre preuve aussi, s’il en faut, que ce sont les vibrations des gens qui font les villes, en partie, et que lorsque les gens qui composent une ville sont « en bon état », ça vibre mieux). Revenir est toujours difficile, mais il le faut bien.  Je me console à la pensée que les Esprits et les Dieux sont partout, et que j’ai mes propres sanctuaires à entretenir, et que là-bas aussi je peux y inscrire leur marque. Aussi, que la relation organique et juste d’osmose avec la Terre peut être maintenue partout ; c’est une quête perpétuelle pour laquelle j’ai prêté serment.

Nos chemins se séparent pour l’instant, et je ne sais jamais quand et s’ils se recroiseront, mais je l’espère. Depuis, je suis toujours baignée de l’énergie de ce moment, je ne reflue pas encore. Un équinoxe bien puissant cette année, qui me transporte. Alors quant à penser à la clôture de cette roue, et à la nouvelle année, non, ça sera pour plus tard.