Le vaudou haïtien, extrait vidéo

Un micro « reportage » sur une prêtresse vaudou en haïti, bien à revers des préjugés de magie noire et sale. Entre 15 et 16 minutes. La vidéo est en langue originale, le créole haïtien (lointain cousin du français) sous-titrée en anglais. L’illustration du sens de la communauté, quelques explications sur la possession… J’en envie de dire, juste histoire d’être sûre : ne pas regarder avec de jeunes enfants, et ne pas tenter de reproduire chez soi sans avoir un praticien.

Note : la vidéo est de très bonne qualité, allez la voir directement sur Youtube pour pouvoir l’agrandir vu que ma page est très étroite.

Retour au gardiennage

Ouais, il faut bien l’avouer, le terme français « n’est pas bandant ». Ca manque de précision et de poétique… Ou alors je suis trop impliquée pour me rendre compte que non. Mais je trouve que les désignations anglaise sont bien plus précises et imagées : land stewardship, land guardianship.

Nota: Rappelons-le d’entrée, je ne suis pas une experte, je livre mes ressentis, et des fragments d’expérience obtenus sur le terrain. Très peu de monde « ose » (ce n’est peut-être pas le terme exact évidemment) parler de ça en français, or on m’a demandé d’écrire plus dans cette langue, donc je me lance. D’autant plus que ceci illustre une petite partie du travail que je réalise pour Morrigan, et tant qu’à faire autant parler un peu plus de ce que je fais, puisque c’était un engagement pour l’Antre également.

C’est une pratique que j’avais eue il y a longtemps, dans mon adolescence, et que j’avais discuté avec quelques enthousiastes sur le défunt forum « Quercus Robur ». Et puis j’y suis revenue avec le temps, d’abord autour de mon lieu d’habitation parisien, et puis tout récemment sur les mêmes lieux que ceux de mon enfance, avec mon retour au foyer. Mais bref. Qu’est-ce que c’est le « Land Stewardship », ou Gardiennage de la Terre ? C’est à la fois un « rôle » et un type de travail. Je pars du principe que tout le monde peut l’effectuer, que les Esprits, ainsi que les divinités de la Terre, aimeraient que nous retrouvions ce rapport sain à notre environnement comme nos ancêtres avant nous. Que c’est une forme d’hygiène spirituelle et de mode de vie. Mais pour ma part, c’est aussi un « rôle » puisque l’on (les Esprits et Morrigan) m’a clairement demandé d’approfondir très clairement cette « pratique » et de la transmettre (d’où cet article). Ensuite, a priori, cela peut être un rapport aux Lieux qui se retrouvent à n’importe quel endroit (on honore chaque lieu où on se trouve avec le même protocole), ou bien, quand c’est plus précis (d’où le terme de Gardien), il s’agit de veiller sur un Lieu spécifique, d’en être littéralement le Gardien sacré.

[Nota2: J’ai bien conscience, effectivement, que certaines « traditions » ou « associations » ou même personnes font ça naturellement, certains « sorciers », certains wiccans, certains druidisants, etc. Tout ceci n’est qu’un concept pratique pour désigner une chose]

Après cette mini glose qui établit plein de catégories, que l’on peut trouver factices, mais qui servent juste à se rendre clair, à savoir de quoi on parle, et si possible à éviter des amalgames… passons dans le vif du sujet. En quoi ça consiste ? A nous remettre à notre juste place dans la chaîne, dans l’environnement. Nous ne sommes « que » des humains, des maillons de la chaîne, de passage d’un territoire à un autre. On peut acheter une terre, un terrain, un endroit, mais pour moi on ne peut pas le « posséder », cette notion me gêne énormément. On ne possède pas la terre, on l’emprunte. On traite avec ses gardiens (esprits), et des gardiens il y en a partout. Le « gardiennage », c’est reconnaître que le terrain est habité par d’autres que nous, et peut-être déjà « possédé », et que par conséquent pour nous y établir, ou pour le traverser, ou pour y faire un rituel, il y a probablement des règles à suivre : reconnaître où est la Porte (ou bien l’endroit où se tient le gardien), se présenter avant, dire qui l’on est, ce que l’on vient faire, quelle éthique on possède, saluer le gardien spirituel (qui peut être individuel ou collectif), venir avec une offrande de nourriture et/ou de boisson, attendre une réponse, écouter, proposer d’offrir autre chose dans l’avenir…

Alors oui, effectivement, il y a des gestes comme nettoyer qui sont d’une nature toute simple, écologique et non spirituelle, et que l’on peut avoir partout et pas juste sur un lieu etc, que cela n’a pas un qualité particulièrement extraordinaire. Mais qui a dit qu’il s’agissait de faire quelque chose d’extraordinaire ? C’est simplement une discipline à prendre. Dans le lieu « sacré » (lieu de pratique) auquel je me rends, j’arrive toujours avec une offrande à l’entrée, à remettre au gardien, pour demander mon droit de passage. C’est devenu automatique de le faire, et je considère que la réponse, elle, ne l’est jamais. J’attends sur le seuil, un signe, quelque chose, un ressenti, pour savoir si le jour est faste ou pas, si ma venue va déranger le flux du Bois. Maintenant, étant donné qu’on m’a chargé de « prendre en charge » cet endroit, je suppose que ça arrivera moins souvent que dans un autre, puisque je dois y travailler. Mais il n’empêche. J’ai avec moi un gâteau fait maison, un biscuit (bio), un fruit, une boisson… et régulièrement, je remets en question la pertinence de ce que j’offre : ce que ça me coûte, si c’est polluant ou non, si c’est quelque chose que les esprits vont aimer, mais est-ce bon pour les animaux qui vont passer par là (le sucre, la graisse etc), et autres considérations du type. Pour cela que le mieux est de pratiquer régulièrement le décentrage : si j’étais un esprit, un animal, comment je fonctionnerais, et qu’est-ce qui pourrait m’intéresser / m’être nécessaire ? Si j’imagine un humain qui débarque avec son morceau de gâteau, qu’est-ce que je vais en penser ? (rire probablement, et trouver ça absurde, mais ça dépend quel type d’esprit je suis). Entre en ligne de mire ici la connaissance générale du monde des esprits, mais aussi la connaissance du règne animal (les comportements, l’habitat, les habitudes alimentaires). Et pour ce faire, il est pratique non seulement d’y réfléchir, mais bien de demander aux Esprits directement (par des biais traditionnels comme des signes mais pas seulement) ce qu’ils souhaitent. Ainsi, maintenant, j’ai devoir d’avoir toujours avec moi un sac poubelle pour ramasser tout que je trouve : les bouteilles, les morceaux de sacs, tous les plastiques, mais aussi les papiers, les déchets… Je pense qu’il y en a globalement peu, mais il y en a quand même.

Mais il y a d’autres règles. On m’a clairement demandé de ne pas couper de plantes, ce n’est pas mon rôle. D’ailleurs, je suis ravie, car j’ai toujours été extrêmement horrifiée par cette idée, et « flippée » aussi, car je considère que je n’ai pas la connaissance botanique pour ça et que j’avais toujours la trouille de faire une connerie (couper d’une mauvaise façon, couper au mauvais endroit, choisir de couper la mauvaise plante dans l’écosystème etc). Bien que cela ait été transformé en discours culcul par le New Age, comment choisir de couper un être vivant ? Surtout sur prétexte que madame ne peut pas passer. XD (Et encore pire : que la clairière n’est pas ronde ou pas « propre ») Si je voulais le faire, si jamais un jour c’était vraiment trop entravant, je demanderai clairement aux Esprits leur autorisation et je devrais procéder avec des règles sacrées. Mais pour l’instant, je suis contente, on m’a dit que pour pratiquer à cet endroit je devais le laisser entièrement en l’état, untouched. Et quand il y aura besoin, je suppose qu’on me fera signe, comme ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsque les esprits m’ont pour une fois demandé d’arracher du lierre sur un arbre qui avait l’air de souffrir. Certains jours, on m’impose aussi une règle de silence : ne pas chanter, ne pas faire trop de bruits avec tout le « ramdam » que je me trimballe, ou à grands coups de chaussures (quand j’en ai) etc. Tout est relatif je suppose, mais par moment ils me font comprendre que l’humain est super bruyant, et que c’est inapproprié.

Pour le reste, je suis encore en pleine exploration. Je parcours, de jour, de nuit, dans un sens, dans l’autre. Je prends des repères mentaux pour ne pas me perdre (surtout quand les esprits décident de lever le voile et que la forêt changé de visage derrière vous et que vous ne vous y retrouvez plus). Je procède à une cartographie mentale, pour l’instant, pour entraîner ma mémoire, et je renomme les coins avec des petits noms naturels. Je prends note des espèces animales qui se baladent et à quelles heures, des plantes (de leur nom, leurs implantations) selon les saisons. Tout doucement, à mon rythme. Puis, en tant que gardienne, on me fait découvrir des petits lieux cachés dans le bois, des clairières derrière des tas d’arbustes plein d’épines ou des arbres qui ont une énergie beaucoup plus fortes que les autres et qui semblent être des « veilleurs » du lieu comme si tout le complexe énergétique reposait sur eux. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a commencé à me demander d’agir pour eux, de surveiller leurs « besoins » spirituels, l’équilibre de l’ensemble, ou leur état d’agitation (on m’a envoyé faire certains rituels de nuit, spécifiquement pour les esprits locaux), ou de redresser certaines barrières protectrices naturelles (que les non praticiens sentent tout de même inconsciemment) par exemple.

Et puis le vagabondage, encore et encore, du Lieu, pour le connaître par coeur. Le moindre tournant, le moindre dénivelé, observer les arbustes morts et ceux qui croissent, le bruit du vent dans les feuilles, selon la saison, le quota de vent, la pression atmosphérique, les oiseaux dans les coins, selon les heures… La texture du sol selon le degré d’humidité, le son sous les pas, les herbes folles qui seront sèches et crissantes ou molles et glissantes. La couleur exacte du soleil qui se couche sur le tronc des arbustes, selon son degré par rapport à l’horizon. Le ciel, dégagé ou non, et son dégradé de bleu. Les nuages de pluie qui arrivent, leur texture, leur couleur, leur poids au-dessus des monts. Et les nuages aériens de glace. Et les paillettes brillantes ou étouffantes du brouillard qui monte du ruisseau au fond du val, selon qu’il est givrant ou non. Le tout entrecoupé par l’activité humaine qui ronronne alentour bien sûr, les voitures sur la départementale selon l’horaire. Car nous ne sommes pas en rase campagne ici. Nous sommes entre-deux. Mais malgré tout, l’écrin est possible, à flanc de colline, et le travail commun sur ce lieu, avec les Esprits. Mélange des plans, liens qui se tissent dans un environnement moderne qui est le nôtre.

Difficile d’entrer plus dans le détail, c’est une multitude d’expériences, répétées, à vivre soi-même. J’espère que l’article ne sera pas trop confus parce que dans ma tête ça l’était, et je n’étais pas forcément super à l’aise pour partager tout ça. On finira sur quelques photos.

Des liens nécessaires

Ou de l’entraide entre spirit-workers, les travailleurs des esprits.

Selon la profondeur de nos croyances polythéistes et animistes, il nous arrive de douter de la possibilité de l’intervention des Dieux et des Esprits dans notre quotidien. Aussi, tout un chacun est plus prudent s’il se pare d’une certaine dose d’incrédulité et de scepticisme pour éviter de voir des signes partout, et pour remettre en question ce qui lui arrive, les liens possibles qu’il entrevoit. Ca m’est arrivé, plus moins régulièrement, et depuis l’an passé avec une fréquence jamais égalée, et ça continuera de m’arriver jusqu’à la fin de mes jours. J’ai douté, je doute. Mais le parcours est… assez hors norme (comprendre pas supérieur, mais hors de l’ordinaire dans l’ordre des probabilités).

Il y a un an, si on m’avait décrit le tableau que j’ai sous les yeux à l’heure actuelle, j’aurais ri, et je me serais vainement moquée, en disant que tout ceci était un beau ramassis de conneries impossibles, seulement visibles dans les livres à l’eau de rose et les séries B. Aujourd’hui ? Ben, je tire un peu la gueule de biais, parce que putain, ah ouais quand même. La très mince probabilité du départ de l’année passée, de raccrocher le noeud de deux réseaux de rencontres parallèles, est soufflante, et le déroulement continu du fil aurait très bien pu être rompu à moult reprises tout du long. Le fait qu’on en soit là aujourd’hui est étonnant, au sens le plus fort du terme. Les lieux où je me suis rendue, les gens que j’ai rencontrés, les amis des amis, les cercles de pratiques, ce que j’ai appris à leur côté, produit une somme d’expériences et de liens très dense, que je n’aurais pas crue possible. J’avais essayé par le passé, de trouver des groupes, des liens, parfois même seulement quelques personnes (5 max) qui pouvaient recouper mes pratiques, ma façon de penser, me compléter de façon constructive. Mais je n’avais pas trouvé, et je m’étais repliée dans mon coin. Et puis PAF.

Aujourd’hui, je regarde le paysage avec le recul, et j’ai l’impression de voir une carte du ciel. Sur la toile de fond du Vide, nous formons un réseau d’étoiles. Vus de l’extérieur, sans liens apparents les un avec les autres, et pourtant quand on regarde cette carte, on sent une densité de la matière entre les lignes, et on voit que le tableau fait sens même si on ne saisit pas comment. Nous nous sommes rencontrés entre les mois sombres de Samhain et de Yule, comme un repli du Temps et de l’Espace sacré, pour une veillée funéraire. Différents âges, différentes affiliations, différentes pratiques… La situation était presque cocasse, tellement improbable. Rien en commun ? Si. Mais la probabilité qu’on se rencontre ? Qu’on s’entende ? Que ce degré de proximité soit possible ?

Les cordes ont été savamment filés et tressés, puis raccordées les unes avec les autres, au fil d’événements ponctuels très précis. Ca tire à gauche, puis à droite. On inverse soudainement les polarités. On préfère essayer telle connexion entre ces deux personnes, plutôt que ces deux-là. On transmet les liens, les charges. On en crée de nouvelles. Ca tisse, ça tisse, ça noue, ça glisse dessous, puis dessus. Nous étions de parfaits inconnus. Et pourtant, la profondeur dépasse ce qui est communément la norme, le quotidien, les situations courantes, communes, le banal. Non, cela n’a rien de banal et de rationnel. En fait, quand on y regarde de loin, c’est presque arrivé de façon chirurgicale, ou un ballet de pantins extrêmement précis et orchestré. Rien n’est gratuit, gâché. Un minimum d’occurrences pour une efficacité maximale.

On nous a présentés, liés, puis distendus dans le temps et dans l’espace ; certains ont mis presque un an avant de se revoir. Chacun a eu ses tests personnels ou de groupe. Des liens se sont défaits pour laisser la place à d’autres. Selon la loi des raccordements. Et avec la fin d’Annnée qui arrive, voici une nouvelle accélération du Temps Sacré et des processus. Tous nous avons reçu de nouveau des épreuves ; affrontements corsés de nos ombres, démembrements répétés, remembrements aussi. Et nous sommes là. Chacun sur son chemin et pourtant côte à côte, là les uns pour les autres, ponctuellement. Les cordes se croisent. Du fond de l’Autre Monde ça murmure, puis un fragment de chant monte, ou un fragment de rêve, de l’un pour l’autre, des deux ensembles ; une corde tire plus que d’ordinaire. Des sms qui s’échangent, du débriefing, des rendez-vous imprévus apparemment hasardeux, puis finalement révélés comme nécessaires. L’un, Y, ramasse un morceau perdu de X, et lui rapporte. Et V. devra se charger de maintenir le fil, le lien, et de faire passer la navette entre les fils de la trame. Tandis que S. veille et garde l’ancrage. Parfois il se croit fou et il s’isole. Et puis T. est envoyée le voir, appuie sur le bon bouton, l’information est révélée, et finalement, la situation est connue d’elle, et peut être expliqué pour lui. Soulagement. Réunion au coeur d’une ville saturée, s’accrochant aux petits sanctuaires sacrés restant. Réunions autour du feu, au coeur de la nuit en pleine forêt. Réunions dans les rêves de l’un. Réunion à distance pour la Grande Nuit Sacrée.

On ne se connaît pas toujours, on ne se serait probablement jamais rencontrés. Dans d’autres circonstances peut-être ne se serait-on même pas regardé. Mais aujourd’hui nous sommes là. Nous avons été amenés là. Et nous serons très probablement encore là dans l’avenir, bien que cela nous dépasse.

La période sombre est très dure pour tout le monde. Certaines épreuves arrivent coup sur coup, comme si on n’en avait déjà pas eu assez, mais parce qu’elles doivent survenir avant la fin de l’année, avant le trou, le recommencement, qui n’est jamais gagné et qui ne survient qu’à tour de bras. Beaucoup de flux, d’énergies, beaucoup de murmures. Beaucoup d’épreuves en miroir, de souvenirs du passé, de traumas qui remontent. Et ça ne fait que commencer. On a tous besoin de quelqu’un dans ces cas-là, d’au moins une personne, qui peut vérifier de temps à autre où nous en sommes, pour parler, de ça ou d’autre chose. Le lien. Le garde-fou. Une période de l’année où il est bon de faire très attention à ce qu’on dit, à la façon dont on le dit, car ça peut vite partir de biais et être blessant. Où chacun, même s’il ne montre rien, a probablement beaucoup, beaucoup à faire et à gérer. Mais la timidité, l’incrédulité, la culture étouffante, l’absence de tolérance, pèsent.

Brace yourself, it’s only the beginning. Mais nous ne sommes pas seuls.