« You know nothing. »

Un article probablement sinueux, ça fait des mois que ça me titillait, mais ce n’était pas facile à mettre en mots, et j’ai longtemps hésiter à le poster ou pas.

J’avance sur le chemin, j’ai conscience d’avancer sur un chemin, depuis des années, avec des tas d’étapes. On peut se rappeler de jalons dans l’ouverture progressive de la conscience, dans l’acquisition de certaines connaissances, la fréquentation de certains groupes d’échanges, le marquage de telle ou telle initiation, …. De telle année à telle année j’étais sur X forum, je fréquentais souvent Y personnes, je me définissais comme Z. Je lisais beaucoup, je cherchais, j’ai rencontré F groupe féminin, participé au beau T groupe de tambours une fois. On marche, on marche, on marche, on cherche. Les « illuminations », compréhensions fulgurantes de qui nous sommes, de comment pourrait fonctionner le monde et l’Autre, sont déchirantes, comme de regarder trop longtemps le soleil ou de s’approcher un peu trop. Ca nous bouleverse, dans tous les sens du terme, et ça brûle un peu. Sauf que constamment, au fil de mois, des ans, on remet en question tout ce qu’on a trouvé. On apprend à se connaître mieux, ce qui nous convient ou pas, ce qui ne nous va plus, on change de trottoir, de tradition, de groupe. On revoit nos croyances, nos « certitudes », nos valeurs, nos savoirs.

Et on sait, on en a tous entendu parler, on l’a tous vécu au moins une fois, et même plusieurs, la fameuse « nuit noire de l’âme » fait aussi partie du chemin, elle reviendra toujours s’agripper à nous à un moment ou à un autre. On fatigue, on a besoin d’une pause. Ou alors…. le monde se vide, comme si quelqu’un avait débouché la baignoire cosmique, et tout part à la trappe, se dérobe sous les pieds, les symboles, les représentations, les acquis, tout se délite. Et si les Dieux n’étaient tous que les mêmes, avec des noms différents ? Et si les Dieux n’étaient que des égrégores que nous nourrissons ? (ou les théories inverses, selon le point de vue de départ) Et puis pourquoi les prier, s’ils sont juste là pour représenter des valeurs / archétypes / autres ? Qu’est-ce que ça nous apporte ? On a critiqué dans le passé, parfois on critique encore, les superstitions de certains catholiques, les gestes, leurs messes… Mais en quoi est-ce que leurs rites sont moins bons que d’autres ? moins justes ? Pourquoi leur dieu « du désert » serait-il une erreur ? (Puis il y en a d’autres, des dieux du désert) Pourquoi nourrir une haine / un rejet des églises et de ce culte, alors que nous aussi avons nos propres cultes ? Y a-t-il une échelle de valeur ? Laquelle ? Pourquoi ? Est-ce plus grave qu’un catholique (ou même peut-être plus un protestant) rejette ma religion sous prétexte que je vénère des idoles, plutôt qu’un wiccan ou un universaliste qui me disent que je suis folle de croire en la réelle existence des Dieux, que je me fourvoie sur leur « utilité« , et qu’ils ne sont que des archétypes ? (Note: pour chacun des deux termes cités, cela ne représente qu’une infime fraction du type de croyances qui peuvent leur être associé, ce n’est qu’un exemple, pas une dissertation exhaustive). Mais comment savoir après tout qui a raison ? Les éternels débat sur « la vérité », n’y en a-t-il qu’une ? Est-ce que simplement ce n’est pas à chacun de s’informer et de peser, pour lui-même (ou elle-même), et de choisir ce qui lui convient, ce qui le/la convainc le plus, et de l’adopter ? Pourquoi chercher à imposer aux autres sa façon de voir ?

J’ai souvent avancé par phases, par sorte de bonds, que j’ai souvent trouvé violents et gigantesques. Mais il y a eu aussi, entre ses phases dynamiques, soudaines, rapides, des phases de longues errances, recherches, décantations, et aussi des « trous » dans la trame. Des moments où je ne savais plus rien. Je ne savais plus où j’avais les pieds, sur quelle terre, comment j’étais arrivée là, pour quelle raison, qui j’étais, quels étaient mes buts…. Régulièrement tout se remet en question, or plus j’ai avancé, plus je suis allée dans l’intensification de ma « spiritualité » (pour faire large) et ses diverses implications. Je donnais, petit à petit, à la mesure de mes moyens, la place prépondérante aux interactions spirituelles, tel que cela semblait faire partie de mon être profond. Cela a duré longtemps, très longtemps. Malgré des moments flous, mon errance un peu partout, cette sorte de voyage autour du monde des panthéons, pour tirer la sonnette, ressentir la vibration, et voir si cela résonnait à l’intérieur de moi, si quelqu’un de l’autre côté de la Porte répondait. or avec le temps, les mêmes portes ne répondaient pas, parfois une seule des entités derrière X porte me répondait. Je me demandais si le chemin allait se poursuivre ensemble pour l’avenir. Parfois certaines sont restées, parfois pas, c’était une interaction temporaire. Le premier panthéon auquel je m’étais probablement présenté m’est resté bloqué des années entières, malgré offrandes / prières répétées, j’étais persuadée que ça n’était pas mon chemin ! Sauf que sept ans après, PAF, déchirement et « illumination », et aujourd’hui, c’est un de mes fondements. Il y en a eu des drôles de questionnements. IL y en a eu des désillusions, des virages à 180 degrés, parfois 360.

Et rien n’est jamais sûr. Rien n’est jamais su et définitivement acquis.

Je me sentais triste de quitter mon chez moi, de quitter ma terre, je me sentais pleine d’appréhension en août dernier. Je savais que cela serait différent, probablement perturbant, et que cela prendrait du temps. Pourtant j’avais la certitude que « tout irait bien ». Que mes alliances étaient solides, les liens intimes, que je ne me sentirais jamais seule et abandonnée, qu’une partie de ma pratique (même petite) allait demeurer tandis que le reste s’adapterait. C’est tout ce que je me suis dit, pour éviter de projeter au maximum, et pour laisser l’expérience se faire. Mais comme je me suis trompée ! Ca n’a pas suffi. Au début, j’étais tellement occupée, immergée dans les processus administratifs, la reprise du travail, etc, que je n’ai pu m’en rendre compte, je me doutais que j’allais être anesthésiée, que ça me tomberait dessus plus tard. Mon corps a beaucoup envoyé de signaux, résisté. L’eau était différente, son goût, son pH, les produits dedans. La nourriture aussi, pas la même teneur en eau, en nutriment, pas les mêmes variétés. Les énergies de la ville aussi, différentes, nécessairement, même en France dans une autre ville j’aurais dû m’adapter. Mais c’était un tout. le sol sous mes pieds étaient entièrement différent. Les vibrations, tantôt absentes, tantôt très présentes, mais d’un tout autre filtre, d’une autre nature. Comme une autre palette de couleurs, ou plutôt une autre langue. Le filtre de la culture s’appliquait aussi aux énergies, aux Voiles, aux Êtres ici. Le jour ça allait, la nuit l’angoisse montait car je sentais profondément en moi ma différence, ma non appartenance. C’était comme si la terre, les arbres, les êtres invisibles devenaient beaucoup plus présents, partout, leurs murmures, cette pression dans la nuque qui vous fait sentir que vous êtes regardé(e) ou suivi(e). L’étrangère de passage. Et puis au bout de 2 mois, puis 3, je n’étais pas que de passage, et ça s’est senti aussi. Quelles drôles de sensations.

Je n’ai voulu offenser personne, je n’ai pas importé mes pratiques avec moi. J’ai fait une offrande à l’arrivée, j’avais simplement besoin des mes outils dévotionnels et de mes autels. J’attendais les signes de mes Alliés, qui généralement, eux, font la logistique, les échanges, la négociation, pour m’indiquer la marche à suivre. Ce qu’il serait bon d’éviter de faire, ou de faire. J’attendais… Sauf qu’en fait, mis à part l’introduction à l’arrivée, et les restrictions sur telle et telle pratiques (pour lesquelles je n’avais pas le « passe droit » en ce lieu, ou pour lesquels je ne pouvais pas être protégés par eux comme d’habitude) , rien n’est venu. Aucun esprit du lieu n’est venu me parler, me demander des choses. S’il y a des divinités, aucune non plus. Et le plus perturbant…. mes Alliés ne sont pas revenus. Le lien s’est énormément distendu, je les sentais toujours loin. Et progressivement, ça s’étiolait. J’ai attendu, attendu, mais rien. J’ai demandé des rêves, j’ai prié, j’ai fait des offrandes, j’ai été en colère parfois, au désespoir à d’autres. Aucun changement. Il y a eu quelques sursauts, quelques rêves, mais vraiment des choses extrêmement minces et isolées. Certains échanges avec des amis ou connaissances semblaient m’indiquer que je portais toujours sur moi l’intérêt et la marque de notre Grande Reine (Morrigan, pour ceux qui ne le savent pas), donc j’essayais de me dire que  peut-être simplement un statu quo était maintenu malgré tout.

Je manquais d’énergie et de temps. l’année ici était assez dingue. Donc je pensais que cela reviendrait lors des périodes plus calmes en termes d’activité, mais non. Ensuite je me suis dit, la chance que j’ai est d’avoir des alliés qui cessent de me demander des choses quand je ne suis pas bien ou que j’ai des priorités plus urgentes au travail, ce qui peut aller parfois jusqu’à leur retrait complet volontairement quand mon énergie n’est pas assez stable ou forte, pour éviter de me pomper / user (ce qui engendre des périodes plus « vides », mais pas des nuits noires donc). Je me suis dit alors que c’était peut-être un de ces cas-là, et j’attendais. Mais rien. Que penser lorsque l’on a au cœur de soi et sa vie quelque chose d’aussi constitutif, important, qui se dissout ? Comment se définir ? Comment justifier certaines valeurs et croyances?  Quand on n’est pas simplement dévot ou croyant, mais que l’on est pratiquant ? Quand nous sommes en interaction régulièrement avec Eux, que nous travaillons pour Eux, et qu’ils ne sont plus là ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Comment se déroulera la suite ? Est-ce que cela reviendra plus tard ? Est-ce que cette partie-là est entièrement dissoute ? Est-ce que la Terre et ses Portes ici me sont fermées parce que je suis étrangère ? Est-ce que c’est une question de temps ? Est-ce que mes fonctions vont être délaissées, que je ne serais plus prêtresse, plus travailleuse des Esprits ? Impossible de savoir si autre chose viendra remplacer cela. Si ici, Certains vont venir frapper à ma porte pour s’introduire. Et si cela ne revient jamais ? Est-ce que cela constituerait être une période de ma vie, et qu’elle va s’arrêter ici ?

« You know nothing. »

Rien n’est certain.

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Une réflexion sur “« You know nothing. »

  1. […] de la terre, déracinement spirituel, pertes des repères, retour à zéro, traversée du désert, silence de l’Autre Côté, traversée des Ombres et de l’Enfer […]

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