Vers d’Autres Terres

[Sujet rebattu peut-être. Sujet flou pour l’instant au milieu de mon tourbillon, mais on tente.]

Certains l’ignorent, certains le savent. Il y a le savoir ; il y a l’expérience.

C’est différent ici. Ca ne vibre pas de la même façon. La Terre est différente. Les sensations de 2012 ne sont plus. Les Esprits diffèrent ici de ceux du Nord qui m’avaient accueillie. La sensation est différente. J’étais bien ; ici je suis étrange, étrangère. Je m’étais préparée à ne pas être complètement à l’aise, mais pas assez. C’est une surprise, car je suis généralement bien à peu près partout où je vais. Mais les Esprits ne nous laissent rien passer.

Quand on se déplace sur une autre terre, dans un autre pays, en tant que touriste, on fait réellement une expérience différente. Que l’on soit ouvert, avec ou sans attentes, on sait que l’on va revenir chez soi ensuite. Les vacances sont une curiosité, une bulle temporaire, un dépaysement choisi pour briser la monotonie, changer d’air, voir autre chose, découvrir… Mais il y a toujours l’attache bien plantée que l’on possède, que l’on laisse derrière soi : le chez soi. Au moins son foyer, peut-être son immeuble, son quartier, sa ville, sa région, selon l’échelle à laquelle on vit et ressent les choses. Ce sont des habitudes, des certitudes, bien marquées. Il fera telle température quand je rentre. Je sais qu’à tel mois de l’année on peut avoir un été en avance. Le froid est humide, ou sec. Il givre le matin et la vue ressemble à telle ou telle. La vitre sera vrillée d’arches de glace, ou non. La pluie est fréquente ou non. Beaucoup de vent ou non. Le dimanche matin je sais que le quartier est animé de telle façon. Qu’il y aura tel volume de passages de voitures. Ça sera silencieux en telle proportion. On entendra tel oiseau chanter. Etc etc. On sait. Et même quand on n’y prête pas attention volontairement, dès qu’on se déplace, chez un ami, chez un parent, ailleurs, on se rend compte de tout ce qui fait le quotidien d’habitude et qui n’est plus – jusqu’à ce qu’on y retourne.

Quand on change de région, non pas dans le but passer des vacances, ou même un séjour de boulot, c’est pareil : on n’observe pas les mêmes choses… On la tête et le corps focalisés sur d’autres choses. L’expérience, la découverte, la jouissance, l’aspect temporaire de la chose ; j’accepte car c’est passager et je reviendrais à ce que j’ai de mieux si je ne suis pas convaincu(e).

Il y a dans le fond cette idée qui émerge : nous sommes profondément sédentaires, dans nos modes de vie, et dans nos mentalités. Peut-être du moins quand on a un certain âge (plutôt jeune donc?). Bien que l’on conçoive de déménager, parfois plusieurs fois, le paysage mental a l’air très fixe (et je dis bien a l’air, ce n’est qu’une impression). Certaines personnes d’ailleurs peuvent déménager très peu de fois ou peu loin, ne jamais sortir de leur département, voire tout faire dans leur ville de naissance, y grandir, y rencontrer le partenaire, s’y installer etc. Ça demeure rare cependant je crois. Globalement, on change de ville pour trouver son école, son lycée, son université, et puis pour son travail. Mais j’ai la sensation très étrange que, au final, quand on bouge, on se réancre automatiquement ailleurs ; on garde en tête cette « mentalité » de faire ses racines, son nid, des habitudes.

Se déplacer pour une longue durée loin de chez soi peut arriver après tout dans le même pays. On peut changer de département, voire de région, et effectivement le vivre plus ou moins bien. Pas le même air, en qualité, pas le même vent, ni l’odeur, ni la texture, ni l’orientation, etc ; pas la même dureté de l’eau ni les mêmes produits dedans ; pas les mêmes essences d’arbres ; pas les mêmes couleurs ; pas les mêmes coutumes locales (du nombre de bise à la façon de célébrer la St Jean) ; pas les mêmes mentalités ; … etc.

Je me suis rendue compte qu’après tout, ça a été mon travail l’année dernière. Après un gros électrochoc dans ma vie, à un moment évidemment clé, j’ai dû m’arracher à mon nid et à ma terre. Même sans l’aspect spirituel, il a fallu faire le deuil d’un quotidien très bien huilé, d’un endroit que j’aimais contre tout ce que pouvaient en dire les gens (la réputation de certaines villes…), des tonnes de repères spatiaux que j’avais, du confort, de l’indépendance, etc. Tout est parti à vau-l’eau en même temps. Et par-dessus est effectivement venu se greffer un contexte spirituel bien rôdé, des partenariats avec moult Esprits des lieux, depuis l’immeuble, le foyer, aux alentours, aux carrefours, et deux lieux de pratiques particulièrement intimes. Arrachement. J’aurais pu retourner chez mes parents à ce moment-là, dans la même région, que ça n’aurait rien changé : départ forcé, le deuil aurait été le même à faire. Maintenant non, par là-dessus est venue se greffer une autre problématique : suivre un flux, suivre une voix, suivre les amis qui m’offraient leurs bras ouverts pour m’accueillir, et tenter le tout pour le tout afin de provoquer une rupture radicale dans ce moment où j’en avais besoin. Nouvelle région entièrement, loin, isolée, là où je ne connaissais rien.

Il est évident que tout ce que j’allais y rencontrer prendrait un autre goût, car la question demeurait ouverte de savoir si j’allais y rester ou non, pour ne pas revenir. Et qu’il allait falloir s’accommoder de tout. Et puis au milieu de tout ça, j’ai repris le train en marche arrière pour rendre visite à mes parents de nouveau, et puis poursuivre encore plus loin la route, entièrement à l’opposé, pour voir un ami et regroup comme disent les anglais (aka, rassembler les troupes). Il a été dit, observé, puis confirmé à ce moment-là que peut-être la Grande Reine faisait des appels de phares, avec quelque chose à m’apprendre, mais aussi notamment pour me rassurer sur mes peurs profondes face à toutes ces circulations et mouvements migratoires. Au bout de 3 mois, set et match, retour la balle au centre, une voiture, des cartons, et retour au foyer familial pour d’autres projets. Nouveau déménagement, et retour au foyer historique, familial, d’enfance. Retour sur la Terre. Etranges sensations.

J’ai eu un an pour me mettre la tête dans le guidon et m’assommer jusqu’à engourdissement pour ne plus rien sentir face à ce qui n’allait pas, puis tenter de reprendre les rennes, et tout du long tenter de bosser, bosser, bosser sur le projet professionnel choisi. Et un an, pour paniquer, s’interroger, questionner, rechercher, les réponses et solutions pour une éventuellement nouvelle migration, un arrachement plus conséquent qui allait me mener hors de France. Et pourtant, pourtant ! J’y ai mis du soin, j’avais déjà préparé tout ça du coin de l’oeil en 2012, et puis durant l’année un séjour professionnel, tissé des liens, trouvé des contacts fiables, des informations, des repères géographiques… Mais ça reste fondamentalement différent. Aucune des bonnes sensations que j’ai eues en venant en visite n’a été rencontrée à nouveau. Tout est différent.

Le troll étant qu’après du jetlag bien violent, de la fatigue, un corps qui refuse de s’alimenter, une course folle par tous les bureaux, les premières rencontres professionnelles mettent l’accent sur les migrants. « Nous sommes tous issus, à une ou deux générations près, de personnes qui ont fait de gros sacrifices pour que leurs descendants se trouvent où ils sont. Nous sommes tous des enfants de migrants. » (Et j’en passe) Je me suis rendue compte à quel point j’avais eu, toutes ces années jusqu’à récemment, cette conception entièrement figée et statique de ma personne et de ma famille. Dans ma jeunesse, mon horizon ne dépassait pas les grands-parents, déjà qu’il y a en a qu’on n’a jamais connus, et d’autres très peu, et que la famille n’est pas très bien en point… (les toxiques, tout ça). La famille a dû survivre à plusieurs chocs et pas mal se battre, mais dans cette lutte, la mémoire collective, ou la mémoire transmise à la nouvelle génération, cette « forme », était que nous étions ancrés là, que nous étions d’ici. Et puis avec le temps, des récits de famille, des recherches… mais même, autre chose que je n’arrive pas à cerner, tout ce vernis s’est fendu. J’ai été extrêmement bien « ici » car c’est la Terre qui m’a portée, qui a porté mes parents aussi, mais nous ne sommes pas d’ici, nous étions les deux jeunes générations. Nous nous sommes beaucoup déplacés, et mes grands-parents, des deux côtés, étaient venus ici pour tenter d’offrir mieux à leur famille ; d’un côté par choix, pour tenter sa chance ; de l’autre par nécessité, la fuite d’un pays qui avait tourné à la violence et au rejet. Mais une grande partie vient du Nord d’ailleurs, moi qui ne comprenait pas ces histoires de froid et de Dieux scandinaves, ne voyant que le sol gaulois sur lequel je vivais… Bref.

La Morrigan doit sûrement se demander pourquoi je mets autant de temps à comprendre ce qu’Elle veut m’apprendre… Heureusement qu’elle est patiente. Je me rends compte que, peut-être, je suis en train d’expérimenter tour à tour toutes les problématiques qui lui sont liées. Qu’après tout, Déesse de la Terre, après les différents exercices de Souveraineté, il était bien temps d’expérimenter de cette façon la question de la Terre. Après les mariages sacrés, les passations de royauté, l’observation sacrée… Fouler la Terre et ressentir, soi-même, au creux de son être, ce que cela signifie qu’être et habiter. Le co-rayonnement de l’homme en écosystème sur une terre. La question du déplacement, des types de déplacements. Des migrations familiales, ancestrales, archétypales. Connaître, savoir, de l’intérieur.

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[Projet Phagos] 9 – Firefly, Book & River

Pour en savoir plus sur le Projet Phagos.

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Dans le genre les séries inspirées, qui ont l’air clichées parce qu’elles surfent sur des lieux communs, mais qui soudain vous ouvrent le bide. Un épisode mythique où le personnage poignant de River s’attaque à lire la Bible, qu’elle découpe et réécrit… au grand choc du pasteur qui se met à lui expliquer gentiment que non, ça ne marche pas comme ça. Une phrase lourde de sens à méditer, nuancer, contredire, sur la religion.

Book : River, you don’t fix the Bible. 
River : It’s broken. It doesn’t make sense. 
Book : It’s not about making sense. It’s about believing in something, and letting that belief be real enough to change your life. It’s about faith. You don’t fix faith, River. It fixes you. 

 

Pour ceux qui ne lisent pas ou pas très bien l’anglais :

(Le Pasteur) River, on ne répare pas la Bible.
(River) Elle est « cassée » (note: dans le sens, sa logique est cassée). Ca n’a aucun sens.
(Le Pasteur) Il ne s’agit pas de faire sens. Il s’agit de croire en quelque chose, de laisser cette croyance être suffisamment réelle pour changer notre vie. Il s’agit de foi. On ne répare pas la foi River. C’est elle qui nous répare. 

Note : il y a un jeu de mot en anglais sur le verbe « fix », qui signifie à la fois réparer mécaniquement et soigner / guérir.