Retour au gardiennage

Ouais, il faut bien l’avouer, le terme français « n’est pas bandant ». Ca manque de précision et de poétique… Ou alors je suis trop impliquée pour me rendre compte que non. Mais je trouve que les désignations anglaise sont bien plus précises et imagées : land stewardship, land guardianship.

Nota: Rappelons-le d’entrée, je ne suis pas une experte, je livre mes ressentis, et des fragments d’expérience obtenus sur le terrain. Très peu de monde « ose » (ce n’est peut-être pas le terme exact évidemment) parler de ça en français, or on m’a demandé d’écrire plus dans cette langue, donc je me lance. D’autant plus que ceci illustre une petite partie du travail que je réalise pour Morrigan, et tant qu’à faire autant parler un peu plus de ce que je fais, puisque c’était un engagement pour l’Antre également.

C’est une pratique que j’avais eue il y a longtemps, dans mon adolescence, et que j’avais discuté avec quelques enthousiastes sur le défunt forum « Quercus Robur ». Et puis j’y suis revenue avec le temps, d’abord autour de mon lieu d’habitation parisien, et puis tout récemment sur les mêmes lieux que ceux de mon enfance, avec mon retour au foyer. Mais bref. Qu’est-ce que c’est le « Land Stewardship », ou Gardiennage de la Terre ? C’est à la fois un « rôle » et un type de travail. Je pars du principe que tout le monde peut l’effectuer, que les Esprits, ainsi que les divinités de la Terre, aimeraient que nous retrouvions ce rapport sain à notre environnement comme nos ancêtres avant nous. Que c’est une forme d’hygiène spirituelle et de mode de vie. Mais pour ma part, c’est aussi un « rôle » puisque l’on (les Esprits et Morrigan) m’a clairement demandé d’approfondir très clairement cette « pratique » et de la transmettre (d’où cet article). Ensuite, a priori, cela peut être un rapport aux Lieux qui se retrouvent à n’importe quel endroit (on honore chaque lieu où on se trouve avec le même protocole), ou bien, quand c’est plus précis (d’où le terme de Gardien), il s’agit de veiller sur un Lieu spécifique, d’en être littéralement le Gardien sacré.

[Nota2: J’ai bien conscience, effectivement, que certaines « traditions » ou « associations » ou même personnes font ça naturellement, certains « sorciers », certains wiccans, certains druidisants, etc. Tout ceci n’est qu’un concept pratique pour désigner une chose]

Après cette mini glose qui établit plein de catégories, que l’on peut trouver factices, mais qui servent juste à se rendre clair, à savoir de quoi on parle, et si possible à éviter des amalgames… passons dans le vif du sujet. En quoi ça consiste ? A nous remettre à notre juste place dans la chaîne, dans l’environnement. Nous ne sommes « que » des humains, des maillons de la chaîne, de passage d’un territoire à un autre. On peut acheter une terre, un terrain, un endroit, mais pour moi on ne peut pas le « posséder », cette notion me gêne énormément. On ne possède pas la terre, on l’emprunte. On traite avec ses gardiens (esprits), et des gardiens il y en a partout. Le « gardiennage », c’est reconnaître que le terrain est habité par d’autres que nous, et peut-être déjà « possédé », et que par conséquent pour nous y établir, ou pour le traverser, ou pour y faire un rituel, il y a probablement des règles à suivre : reconnaître où est la Porte (ou bien l’endroit où se tient le gardien), se présenter avant, dire qui l’on est, ce que l’on vient faire, quelle éthique on possède, saluer le gardien spirituel (qui peut être individuel ou collectif), venir avec une offrande de nourriture et/ou de boisson, attendre une réponse, écouter, proposer d’offrir autre chose dans l’avenir…

Alors oui, effectivement, il y a des gestes comme nettoyer qui sont d’une nature toute simple, écologique et non spirituelle, et que l’on peut avoir partout et pas juste sur un lieu etc, que cela n’a pas un qualité particulièrement extraordinaire. Mais qui a dit qu’il s’agissait de faire quelque chose d’extraordinaire ? C’est simplement une discipline à prendre. Dans le lieu « sacré » (lieu de pratique) auquel je me rends, j’arrive toujours avec une offrande à l’entrée, à remettre au gardien, pour demander mon droit de passage. C’est devenu automatique de le faire, et je considère que la réponse, elle, ne l’est jamais. J’attends sur le seuil, un signe, quelque chose, un ressenti, pour savoir si le jour est faste ou pas, si ma venue va déranger le flux du Bois. Maintenant, étant donné qu’on m’a chargé de « prendre en charge » cet endroit, je suppose que ça arrivera moins souvent que dans un autre, puisque je dois y travailler. Mais il n’empêche. J’ai avec moi un gâteau fait maison, un biscuit (bio), un fruit, une boisson… et régulièrement, je remets en question la pertinence de ce que j’offre : ce que ça me coûte, si c’est polluant ou non, si c’est quelque chose que les esprits vont aimer, mais est-ce bon pour les animaux qui vont passer par là (le sucre, la graisse etc), et autres considérations du type. Pour cela que le mieux est de pratiquer régulièrement le décentrage : si j’étais un esprit, un animal, comment je fonctionnerais, et qu’est-ce qui pourrait m’intéresser / m’être nécessaire ? Si j’imagine un humain qui débarque avec son morceau de gâteau, qu’est-ce que je vais en penser ? (rire probablement, et trouver ça absurde, mais ça dépend quel type d’esprit je suis). Entre en ligne de mire ici la connaissance générale du monde des esprits, mais aussi la connaissance du règne animal (les comportements, l’habitat, les habitudes alimentaires). Et pour ce faire, il est pratique non seulement d’y réfléchir, mais bien de demander aux Esprits directement (par des biais traditionnels comme des signes mais pas seulement) ce qu’ils souhaitent. Ainsi, maintenant, j’ai devoir d’avoir toujours avec moi un sac poubelle pour ramasser tout que je trouve : les bouteilles, les morceaux de sacs, tous les plastiques, mais aussi les papiers, les déchets… Je pense qu’il y en a globalement peu, mais il y en a quand même.

Mais il y a d’autres règles. On m’a clairement demandé de ne pas couper de plantes, ce n’est pas mon rôle. D’ailleurs, je suis ravie, car j’ai toujours été extrêmement horrifiée par cette idée, et « flippée » aussi, car je considère que je n’ai pas la connaissance botanique pour ça et que j’avais toujours la trouille de faire une connerie (couper d’une mauvaise façon, couper au mauvais endroit, choisir de couper la mauvaise plante dans l’écosystème etc). Bien que cela ait été transformé en discours culcul par le New Age, comment choisir de couper un être vivant ? Surtout sur prétexte que madame ne peut pas passer. XD (Et encore pire : que la clairière n’est pas ronde ou pas « propre ») Si je voulais le faire, si jamais un jour c’était vraiment trop entravant, je demanderai clairement aux Esprits leur autorisation et je devrais procéder avec des règles sacrées. Mais pour l’instant, je suis contente, on m’a dit que pour pratiquer à cet endroit je devais le laisser entièrement en l’état, untouched. Et quand il y aura besoin, je suppose qu’on me fera signe, comme ce fut le cas il y a quelques semaines, lorsque les esprits m’ont pour une fois demandé d’arracher du lierre sur un arbre qui avait l’air de souffrir. Certains jours, on m’impose aussi une règle de silence : ne pas chanter, ne pas faire trop de bruits avec tout le « ramdam » que je me trimballe, ou à grands coups de chaussures (quand j’en ai) etc. Tout est relatif je suppose, mais par moment ils me font comprendre que l’humain est super bruyant, et que c’est inapproprié.

Pour le reste, je suis encore en pleine exploration. Je parcours, de jour, de nuit, dans un sens, dans l’autre. Je prends des repères mentaux pour ne pas me perdre (surtout quand les esprits décident de lever le voile et que la forêt changé de visage derrière vous et que vous ne vous y retrouvez plus). Je procède à une cartographie mentale, pour l’instant, pour entraîner ma mémoire, et je renomme les coins avec des petits noms naturels. Je prends note des espèces animales qui se baladent et à quelles heures, des plantes (de leur nom, leurs implantations) selon les saisons. Tout doucement, à mon rythme. Puis, en tant que gardienne, on me fait découvrir des petits lieux cachés dans le bois, des clairières derrière des tas d’arbustes plein d’épines ou des arbres qui ont une énergie beaucoup plus fortes que les autres et qui semblent être des « veilleurs » du lieu comme si tout le complexe énergétique reposait sur eux. Ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a commencé à me demander d’agir pour eux, de surveiller leurs « besoins » spirituels, l’équilibre de l’ensemble, ou leur état d’agitation (on m’a envoyé faire certains rituels de nuit, spécifiquement pour les esprits locaux), ou de redresser certaines barrières protectrices naturelles (que les non praticiens sentent tout de même inconsciemment) par exemple.

Et puis le vagabondage, encore et encore, du Lieu, pour le connaître par coeur. Le moindre tournant, le moindre dénivelé, observer les arbustes morts et ceux qui croissent, le bruit du vent dans les feuilles, selon la saison, le quota de vent, la pression atmosphérique, les oiseaux dans les coins, selon les heures… La texture du sol selon le degré d’humidité, le son sous les pas, les herbes folles qui seront sèches et crissantes ou molles et glissantes. La couleur exacte du soleil qui se couche sur le tronc des arbustes, selon son degré par rapport à l’horizon. Le ciel, dégagé ou non, et son dégradé de bleu. Les nuages de pluie qui arrivent, leur texture, leur couleur, leur poids au-dessus des monts. Et les nuages aériens de glace. Et les paillettes brillantes ou étouffantes du brouillard qui monte du ruisseau au fond du val, selon qu’il est givrant ou non. Le tout entrecoupé par l’activité humaine qui ronronne alentour bien sûr, les voitures sur la départementale selon l’horaire. Car nous ne sommes pas en rase campagne ici. Nous sommes entre-deux. Mais malgré tout, l’écrin est possible, à flanc de colline, et le travail commun sur ce lieu, avec les Esprits. Mélange des plans, liens qui se tissent dans un environnement moderne qui est le nôtre.

Difficile d’entrer plus dans le détail, c’est une multitude d’expériences, répétées, à vivre soi-même. J’espère que l’article ne sera pas trop confus parce que dans ma tête ça l’était, et je n’étais pas forcément super à l’aise pour partager tout ça. On finira sur quelques photos.

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7 réflexions sur “Retour au gardiennage

  1. Nemn' dit :

    Je n’ai pas trouvé ça confus, c’est même, à mon sens, très clair et riche. Merci de partager tout ça, ça me parle énormément et surtout (point de vue personnel, bien sur) ça déblaie pas mal d’impensés, de préceptes plus ou moins datés et stéréotypés de certaines formes de pensées passées : relier à la terre (oui mais comment ?), travailler en accord avec les forces en présences (dans quelle mesure) et le principe d’écologie générale qui reste complexe à appréhender (surtout si l’on ne place pas faussement l’humain au centre)
    Cet article enfonce comme il se doit les portes ouvertes : en remettant à l’heure les pendules de l’évidence et en repositionnant pas mal de concepts un peu trop vagues dans le fond et la forme.
    C’était kiffant.

  2. Löu dit :

    C’est marrant c’est exactement ce que raconte mot pour mot Christophe Allain dans ses deux premiers livres ^^
    C’est chouette en tout cas de voir ton évolution et la suite du chemin que prend ta spiritualité =)

  3. A reblogué ceci sur L'Antre de Morriganet a ajouté:

    Voici un article d’une thématique à la fois plus vaste que celle de l’Antre, qui parle de ma pratique, ce qui explique que je l’ai posté plus aisément sur mon blog personnel, et ciblée sur le travail avec la Terre. Je le « reblog » ici avec le système très pratique de WordPress, pour que ceux qui ne suivent pas les deux sites puissent retrouver quand même ce jalon qui attendait sur le feu depuis de longs mois, et qui illustre une partie du travail que j’effectue pour Morrigan.

  4. Owly Hyla dit :

    C’est un très beau témoignage, émouvant, d’une richesse et d’une poésie…Merci, j’ai beaucoup appris en te lisant.

  5. Je suis ravie que cela t’ait parlé et plu. 🙂

  6. Cramazouk dit :

    Bonjour,

    Je découvre tout juste ton blog. J’ai beaucoup apprécié cet article pour sa portée spirituelle. J’aimerais devenir un gardien pour la terre que j’habiterai bientôt. Je ne sais pas si ça prendra jamais la forme d’un contact avec les esprits, jusque-là je n’ai pas décelé chez moi une sensibilité particulière à ce niveau, même en utilisant les enthéogènes. Mais cela viendra peut-être. Je sais déjà de quelle manière s’opèrera mon « gardiennage », si je peux l’appeler ainsi malgré tout. Ce sera plus par la culture respectueuse mais bien sûr aussi par la protection des lieux.

  7. Merci pour ton mot Cramazouk. Je suis ravie que ce texte t’ait parlé. Sache que même si tu n’as pas (encore, serais-je tentée de dire) de capacité à « sentir », tu peux tout de même t’avancer sur le chemin en partenariat avec les esprits. Avec le temps tu apprendras à lire des signes d’une autre nature qui seront à ta portée.

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