Une pause, deux pauses, trois pauses… Bilan

Long time no see.

Probablement beaucoup de mystère, et trop de mots pour pas grand chose… Cela fait si longtemps que je n’avais pas écrit, je souhaitais marquer une croix ici, et si possible partager un fragment des sinuosités de ces derniers mois après tout ce silence pour les lecteurs qui passent encore. Les « followers », les copains païens, les amis.

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Après des moments auprès de menhirs, de fontaines sacrées, de monts puissants, de forêts enchantées, de mers dévorantes. Après de nombreux mois sans rien écrire, après des crashs nombreux, après quatre déménagements, aller retour, 600 km dans un sens, puis dans l’autre. Après des célébrations de fêtes sacrées magnifiques, avec des groupes différents à chaque fois. Après…. beaucoup de choses… Me revoici.

Une vie à 100 à l’heure telle qu’on me la connaît bien. Du boulot, des projets, des activités en ligne nombreuses. Progressivement tout s’est arrêté, jusqu’à une chute brutale. Une étape de vie, un gros noeud dans le parcours, la jointure de tout. Alors que cette année s’était ouverte sur un Samhain effectivement violent, son pendant, Beltane, fut d’un sombre très étonnant, et d’une puissance tout au moins identique. C’était un gros tronc d’arbre sur la voie de chemin de fer, et le TGV a déraillé. Tout est parti de biais. Mes besoins, mes envies, mon cercle de proche, mon confort, mes habitudes… J’ai fait du vide à ma façon. Progressivement j’ai déserté un à un mes propres forums, mes blogs, mes projets, puis mon boulot, mes élèves un à un, mon lieu de vie, mon quartier, … Tout quitter. Se retrouver entièrement ailleurs. Un autre air, d’autres paysages, une autre terre, d’autres fréquentations, d’autres Dieux. C’est très étrange, car après la crise, je ne me suis pas retrouvée toute seule un seul jour, depuis début juin jusqu’à aujourd’hui. Ou pas suffisamment pour que je puisse le ressentir ainsi. Et pourtant, j’ai fait le vide en moi aussi. Je me suis abandonnée à entièrement autre chose, à d’autres personnes, à d’autres tâches, y compris spirituelles. Et ainsi, tout en vivant pleinement, à un autre rythme, mais tout aussi rempli, j’ai obtenu mon recul et mon vide zen.

Ce n’était pas confortable d’avoir tout quitté, et d’avoir tout suspendu ainsi. Mes projets, mes certitudes, mon destin, mes envies, mes besoins, et jusqu’à mon âme en partie (au moins au figuré). Ma personnalité. Ce qui me fait moi. Mais s’éloigner, on le sait, permet aussi de mieux se retrouver. Une suspension un peu extrême, tout remettre en question, pour se tester, pour se trouver au milieu d’un grand vide (ou d’un grand plein). J’ai appris à recevoir, à saisir la main qu’on me tend pour m’aider, et j’ai saisi une opportunité qui m’était donnée même si elle faisait peur. Rejoindre des lieux de légende, puissants (un peu trop parfois), rejoindre des amis, et découvrir. Les découvrir, se découvrir grâce à un nouvel environnement, et explorer. Les lieux, le pagus, les Dieux, ma propre foi, la leur, et tout ce qui m’environnait. Je me demande parfois quelle limite a notre curiosité humaine, si elle en a, et quel concentré d’expériences on peut supporter sans saturer. Le moins que l’on puisse dire est que c’était intense. Indescriptible, tellement difficile à rendre en mots. C’était un tourbillon qui m’a emportée, happée, tenue, maintenue, jusqu’à il y a peu. Jusqu’à ce que je sente le vent tourner, et que je prenne mon envol, pour retourner à la source.

Il semblerait que j’aime le risque et les paris fous. Notamment les paris de foi. J’ai tout abandonné, tout laissé derrière moi en mai, afin de vivre autre chose. Afin de suivre un flux, et d’aller à l’endroit où je devais être. J’avais été prévenue, par mes alliés plusieurs mois à l’avance, et par mon hôtesse aussi, que rien ne serait plus comme avant, et que c’était une prise de risque. Pour pouvoir évoluer, grandir, apprendre, il fallait mettre beaucoup de choses que j’étais de côté. Et effectivement, une fois sur place j’ai été happée par autre chose. J’ai découvert un monde à part entière, qui résonne de cette terre-là. C’était toute une cosmogonie, tout un système reconstruit de zéro. D’autres Dieux aux noms étranges. Plus de Freyja, de Heimdall, de Hel, des Nornes, plus de Dionysos, de Hermès, de Khepry, de Meretseger, plus d’esprits des Morts, des animaux, des plantes, plus d’alliés… le silence. Et plus de certitudes non plus, sur qui a dit quoi, qui fait quoi, qui régit quoi. Quel Dieu a quel statut ? Et quel esprit ? Qui a le dernier mot ? Y a-t-il une hiérarchie qui comprend le tout ? Quelles sont les règles ?

Et puis plus de tirages de cartes, non plus. Du jour au lendemain, quelque chose s’est détaché et imposé. Ca n’était plus le moment, ni pour ma santé, ni pour mon esprit. Plus rien. Le grand silence. Le grand saut dans l’inconnu. Tout arrêter pour tout remettre en question. Est-ce nécessaire ? Est-ce juste ? Qu’est-ce qui me caractérise ? Qui sont mes alliés ? Qui suis-je seule ? Le propre des transformations violentes, c’est qu’elles viennent insidieusement et une fois qu’on est dedans on a du mal à se raccrocher aux branches. Du coup, j’ai abandonné les lieux derrière moi progressivement, et je n’ai prévenu nulle part pour la troupe de joyeux lurons qu’est le net. Mis à part sur mon Facebook restreint, et parfois sur les forums (et encore), j’ai glissé un mot. Mais je n’avais ni explications à donner, ni date de retour. Ma boutique etsy a dû être laissée de côté également. Les cartes étant tombé sous le sceau du Silence et du Tabou.

J’ai voulu voir d’autres horizons, qui correspondaient à d’autres. Entrer dans un groupe, entrer dans un système. Et j’y ai cru ; assez longtemps pour quelqu’un comme moi. J’ai littéralement embrassé cette foi, ce système, je m’y suis abandonnée à 100% pour voir. Je voulais le vivre à fond, observer toutes ses myriades de facettes à l’intérieur, voir des mes propres yeux, décortiquer, comprendre… Et pas vraiment d’ailleurs. Non, pour une fois, j’ai fait d’abord appel à tous mes sens. Je me suis immergée dans cet « espace », je l’ai bu, intégré, et c’est seulement au bout du chemin que j’ai réfléchi quoique ce soit. Les transitions, les constats, ont été d’une autre nature. Dans mon corps, dans mes tripes fraîchement éveillées. Et au bout du compte la déception demeure. Je n’ai pas pu m’y adapter. Je ne suis pas ça, cela ne me correspond pas. On aura beau essayer de me faire rentrer dans un moule, dans une case, ça sera toujours en vain. Mon chemin est fait de flou, de complexité, d’errance. Certains ne sont pas faits pour les traditions. Et on ne pourra pas non plus me faire renier mes alliés. Les initiations passées ont été coûteuses, et elles forgent l’âme et le chemin comme une lame que l’on trempe. Elles forgent les liens avec les esprits et les dieux, et ce puissamment. Je ne m’en remettrai pas à d’autres nouveaux venus en si peu de temps. Renier n’est pas envisageable ; j’ai des devoirs, et des engagements. Ceux à qui je fais confiance l’ont mérité, et cela a demandé bien du temps.

Au bout de la route, j’ai bien vu qu’il n’y a pas qu’une vérité, pas qu’une façon de faire. Mais que chaque personne trouve son compte dans ce qui l’arrange ou lui correspond. Que chaque Dieu peut avoir son mot à dire. Chaque faction. Ce qui me semble dangereux, c’est le jour où l’on croit détenir LA vérité, où l’on s’arrête à ce qu’un seul Dieu (ou même deux) nous dit, et où l’on se met à juger les autres et leurs chemins. Je crois qu’il m’est arrivée d’être passée par là autrefois, sur certains sujets, et c’est pour cette raison que j’avais pris du recul et que j’avais commencé à cheminer plus concrètement. Revenir à l’humus de la terre, et explorer. Parler moins, observer plus. En tout cas je veille à ne pas le devenir. Car après tout nous sommes dans un domaine hors du monde matériel et du monde sensible, qui entre en plein dans le terrain de la subjectivité. Nous avons tous des filtres et nous sommes nous-mêmes des filtres…. rien de tout cela n’est certain, défini, et en plus de cela nous ne sommes que des hommes. Tout ceci est peut-être complètement erroné. Peut-être que tout cela n’existe pas, et nous ne le saurons jamais.

The Road Goes Ever On and On

Me voilà revenue sur ma terre d’enfance. Quitté 5 ans de vie dans mon quartier parisien, les premières racines que je m’étais jamais faites, mes partenariats avec les esprits locaux… Et revenue plus loin, comme un voyage dans le temps, sur les terres de ma jeunesse, et aussi de ma jeunesse païenne et polythéiste. Après autant d’aventures je ne peux qu’être déphasée, je dois me reposer et me poser tout court. Et je regarde les arbres, les cieux et le vent avec un air interrogateur. Je sonde les cris des oiseaux et les murmures…. Le silence va-t-il se remplir ? Vont-ils revenir ces alliés que j’avais laissés derrière moi ? Après ce grand pari, cette grande distance, que reste-t-il ? Les seules qui sont restées sont Morrigan et la Libellule. Elles m’ont littéralement collée à la peau. Dans mon sang, dans mes veines, dans les cris guerriers qui ont résonné dans les bois et sur les collines. Cet été a été très morrigannien, et j’essaierai de rassembler mes esprits pour en parler un peu plus avant en d’autres lieux. Des choses ont été violemment confirmées, et des engagements ont été pris. De nombreux projets se confirment, d’autres naissent.

Après mes premières découvertes il y a plus de 10 ans, je suis revenue sur ma terre, et dans le bosquet sacré à flanc de colline. Je suis revenue en me présentant à la porte, en frappant avant d’entrer, et puis j’ai arpenté les sentiers et cherché leurs traces sur les ronces et les aubépines. Je me suis approchée pour faire ma demande formelle, revoir les Fées et les Sylphes et tous les autres, annoncer mon retour et demander l’accueil. Du lait, des bonbons, des gâteaux aux céréales et un chant. Et même deux. Et des prières. Et toujours ce silence…. Et puis, comme cela m’avait saisie autrefois quand je chante à cet endroit, le vent s’est mis à répondre et les esprits y glissent leurs réponses. Les murmures sont très sourds et lointains, et j’ai douté de moi, et d’eux. J’ai attendu, et puis je suis patiemment repartie avec mes affaires.

Mais voilà qu’à la sortie du bois, alors que je n’avais pas encore émergé, j’ai entendu et reconnus les cris. Un couple de faucon m’a survolée et a plané au-dessus ma tête. Trop bonne, la première fois j’ai quand même douté. Et puis en faisant demi-tour, sur le chemin du retour, rebelote. Je le vois qui passe au-dessus des arbres et qui sonde les sous-bois. Et je sens qu’il me cherche, et je le vois qui me regarde. La rencontre me file un coup à l’estomac. Et alors que je sors du fourré, je les vois tous les deux. Lui est parti, mais son partenaire vole au-dessus du sommet, et avec lui une corneille. Ils sont côte à côte et se parlent un instant, puis s’éloignent. J’entends les murmures et je sens au fond de mes tripes… Morrigan et Freyja sont là, toujours là.

Et alors que je m’interroge au sujet des paramètres scientifiques qui peuvent expliquer ces deux rencontres, des heures de la journée, du terrain, des couples… Au moment où je prononce son nom dans ma tête, un autre rapace vient. Une grande buse commune vient se poser en face de moi dans un arbre, juste là. Je n’ai jamais approché d’aussi près des rapaces ni au-dessus de ma tête ni à quelques mètres. Je suis figée, j’attends, et je m’approche finalement, doucement. Elle prend son envol lestement et lentement. Majesté.

Les certitudes ont été testées, les absences aussi ; les alliances, la foi. Je sers les Esprits et je sers la Terre, et ils ne partiront pas. Où que j’aille ils sont là ; corneille ou faucon, ils planent au-dessus de ma tête ; et le reste autour de moi, et sous mes pieds. Ils sont les seuls à qui je dois rendre des comptes.

Prenons-donc notre envol ensemble, je suis de retour.