Review du Antiquarian Lenormand, et quelques mots

Mon premier jeu offert en retour des mes services ! ❤

Alors alors… cette vidéo-là sera à cheval sur deux catégories, celle des reviews et celle du Lenormand, car je n’ai pas réussi à m’empêcher de dévier lors de sa réalisation XD Je suis partie à expliquer en quoi ce jeu est superbe, mais comment dans la pratique Lenormand, je m’éloigne de plus en plus de ces jeux. Je glisserai une note résumé à la fin, mais c’est venu comme dans le fil d’une conversation, je ne souhaite réaliser un article complet sur ce sujet, chacun pourra lire les blogs des praticiens expérimentés et « traditionnels » pour comprendre par eux-mêmes le problème. Et si chacun s’en fiche, alors très bien.

Auteur et illustratrice : Maree Bento
Editeur : auto-publié en édition limitée. Deux formats différents, et 3 éditions successives je crois.
Année : 2012? (là j’avoue, je ne sais plus)
Format : je possède ici la dernière version mini, dans une boîte en métal noire.
Etsy de l’auteur et site de l’auteur (où vous pouvez voir les lames et comparer les éditions). Ainsi qu’une page Facebook pour les news, les promos, les vidéos etc.

En bref : rien à dire ! Magnifique.

  • C’est un jeu de très bonne facture, bien que les cartes soient fines et peut-être un peu fragiles.
  • Il fait très professionnel, il est vraiment beau (choix de la fine bordure noire, esthétique ancienne léchée etc).
  • Et! il contient les encarts traditionnels quand on souhaite les intégrer à ses interprétations.

Cependant, pour l’aparté Lenormand lui-même, j’ai mentionné que je ne me tourne plus du tout vers des « beaux jeux » dans ce domaine, car c’est inutile voire surtout perturbant / « lésant » pour l’apprentissage et les tirages. Les cartes ne respectent pas les orientations traditionnelles que nous sommes censés apprendre et respecter dans la pratique, et les illustrations sont « confuses », pas toujours assez claires, pour être reconnues au premier coup d’oeil. Cela entrave la lecture lors de séries, et pour un tableau n’en parlons pas.

Un petit bijou de plus dans mon armoire, pour le plaisir des yeux et des clients.

Ma review :

(Pensez toujours que les vidéos peuvent s’observer en plus grand directement dans Youtube)

Publicités

[Projet Phagos] 7 – Réclamer la vie

Pour en savoir plus sur le Projet Phagos.

*****

Posséder sa propre vie, être animé et tiré par elle. Savoir ce qui nous pousse, ce qui nous nourrit :

« On peut brûler la bibliothèque d’Alexandrie. Au-dessus et en dehors des papyrus, il y a des forces : on nous enlèvera pour quelque temps la faculté de retrouver ces forces, on ne supprimera pas leur énergie. Et il est bon que de trop grandes facilités disparaissent et que des formes tombent en oubli, et la culture sans espace ni temps et que détient notre capacité nerveuse reparaîtra avec une énergie accrue.

Et il est juste que de temps en temps des cataclysmes se produisent qui nous incitent à en revenir à la nature, c’est-à-dire à retrouver la vie. Le vieux totémisme des bêtes, des pierres, des objets chargés de foudre, des costumes bestialement imprégnés, tout ce qui sert en un mot à capter, à diriger, et à dériver des forces, est pour nous une chose morte, dont nous ne savons plus tirer qu’un profit artistique et statique, un profit de jouisseur et non un profit d’acteur.

Si notre vie manque de soufre, c’est-à-dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plait de regarder nos actes et de nous perdre en considérations sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussés par eux.
Et cette faculté est humaine exclusivement. Je dirai même que c’est une infection de l’humain qui nous gâte des idées qui auraient dû demeurer divines ; car loin de croire le surnaturel, le divin inventé par l’homme je pense que c’est l’intervention millénaire de l’homme qui a fini par nous corrompre le divin.
Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où rien n’adhère plus à la vie. Et cette pénible scission est cause que les choses se vengent, et la poésie qui n’est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver dans les choses ressort, tout à coup, par le mauvais coté des choses ; et jamais on n’aura vu tant de crimes, dont la bizarrerie gratuite ne s’explique que par notre impuissance à posséder la vie.
Si le théâtre est fait pour permettre à nos refoulements de prendre vie, une sorte d’atroce poésie s’exprime par des actes bizarres où mes altérations du fait de vivre démontrent que l’intensité de la vie est intacte, et qu’il suffirait de la mieux diriger.
Mais si fort que nous réclamions la magie, nous avons peur au fond d’une vie qui se développerait tout entière sous le signe de la vraie magie. »

– Antonin Artaud, Le Théâtre et son double

Review « Art Through The Eyes of The Soul Oracle »

Ca c’est du titre… mdr. Le nom de cet oracle me fait beaucoup rire. XD Une review d’abord à l’écrit, et peut-être une petite vidéo de présentation courte et « matérielle ».

Auteur : Cheryl Yambrach Rose
Illustratrice : Cheryl Yambrach Rose
Editeur : d’abord Daghda Vision S.R.O., mais ma boîte est écrite « US Games » elle…
Année : 2011

Photos et reviews trouvées sur le net : la traditionnelle page Aeclectic –  des images et une vidéo chez l’éditeurune review en anglais – une deuxième de quelqu’un dont j’apprécie toujours les photos –

Mon avis en bref : je me suis laissée tentée uniquement parce que c’était Noël, histoire de ne pas dépenser mes propres sous… Et je suis malgré tout assez déçue. Des esprits avec lesquels je travaille semblent vouloir passer par cet intermédiaire, mais en ouvrant la boîte, wow, que de points négatifs ! ^^’ Je vais être très schématique pour gagner du temps.

Ce que je n’aime pas : 

  • Une qualité de carte très regrettable (dorures) ! Oo  Elles étaient TOUTES collées intégralement quand j’ai ouvert, et vraiment pas faciles à séparer, hallucinant. Ensuite, quand j’ai détaché les cartes et plié un peu pour la souplesse, une bonne partie de la dorure s’est barrée, ce qui a un effet moche, et pour un jeu neuf wow… Certains coins sont mêmes abîmés alors que c’était dans une boîte en dur ! Vraiment relou. Serait-ce dû à une impression qui semble être chinoise ? … *soupire*
  • Un mélange des ambiances : très païen dans l’esprit, et énergétiquement, malheureusement le côté Avalon déborde sur le cliché plus que sur la source… On trouve un mélange avec le chrétien assez fréquent dans la branche New Age d’Avalon. Des choses qui semblent plus templières même que chrétiennes anciennes ; quelle cohérence entre les lieux et les époques ?
  • Un manque de réalisme alors qu’on se prétend païen et qu’on souhaite représenter des scènes mythologiques anciennes. Un exemple flagrant : sur la carte de Setanta, on a un beau fond, et le personnage a une belle chevelure ainsi qu’une magnifique « cape » celte avec une broche etc… mais quand on descend sous la ceinture, son pantalon a l’air d’un jean, et ses chaussures de baskets ! Oo
  • Des illustrations un peu « vides », et en fait, ce qui me gêne le plus, c’est qu’elles sont censées avoir été peintes « spirituellement » mais qu’elles ne dégagent pas grand chose…. C’est très flou ce qu’il y a derrière, pour un projet qui s’affichait vachement ambitieux / intéressant… Alors que j’avais lu l’inverse sur le net.
  • Un livret court et très superficiel, j’avais pourtant vu des photos, mais c’est quand j’ai fait un premier tirage test que je me suis rendue compte du manque. 2 pages : une image à gauche, le texte à droite. Beaucoup de blabla, et pas des masses d’informations symboliques. Or, comme la « profondeur » des illustrations laisse à désirer, on ne peut pas non plus approfondir beaucoup avec les cartes seules… A voir sur la longueur, et à l’utilisation. Peut-être que la méditation bien classique est nécessaire. Maintenant, je suppose aussi que Là Haut ça m’a indiqué ce jeu pour me faire travailler avec un support le plus « neutre » (vide…) possible afin justement de compenser….

Ce que j’aime : 

  • Une boîte à la taille exacte des cartes, compacte (bon, sauf que c’est un grand jeu lol), et en dur.
  • La « couverture » de la boîte et du livret est belle, avec un doré bien placé.
  • LE DOS DES LAMES !!! Coup de coeur absolu lol ! Si seulement l’ensemble du jeu était comme ça… (parce que ces teintes bleues et cette ambiance féérique ne se retrouvent pas du tout dans le jeu lui-même…)
  • La taille des lames : grandes, donc c’est sûr que pour apprécier les dessins c’est chouette. Maintenant comme je ne suis pas fan de tout… c’est dommage, mais pour d’autre, ça doit être très agréable. Bon, dans tous les cas, ça se prêtera bien à la méditation et à rester sur l’autel.
  • Les lames à ambiance celtique et « féérique » (au sens fort) me plaisent beaucoup
  • Une ambiance globalement très calme et calmante
  • Des images qui sont peut-être malgré tout plutôt « vivantes ». On a parfois l’impression d’être dans le cadre plutôt que de le regarder. Mais c’était trop fugace, à retester.

Peut-être que passée la déception première j’arriverai à mieux accrocher. Je pense que malgré tout il peut donner de chouettes tirages. EDIT : Revenue 15 jours après, même si je ressens parfois un énorme décalage entre le message que je reçois et le livret (et si je laisse de côté certaines lames que je trouve profondément vaseuses et new age), on trouve vraiment des réponses intéressantes. Je confirme que la texture de l’artiste (huile?) et les couleurs chatoyantes apportent une énergie chaude et douce pour répondre aux questions posées, ou donner un éclairage oraculaire. C’est l’usage qui me dira si à la longue ça tient. J’ai un groupe d’alliés qui apprécient de communiquer par ce biais.

Présentation vidéo rapide : 

[Projet Phagos] 6 – Ode à la Joie

Pour en savoir plus sur le Projet Phagos.

****

Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum!

Extrait de « l’Ode à la Joie », Schiller

Je l’ai volontairement tronqué pour cadrer avec le souvenir très particulier que j’en ai. Cette strophe, chantée sur un air de symphonie grandiose, m’a toujours évoqué le divin et même les anciens Dieux, avant que je sois païenne ou polythéiste… Cette façon dont j’associais toujours la musique allemande et la poésie allemande (romantique et du genre) avec ces mythes germaniques. Rencontrée dans un cadre complètement atypique, dans une série japonaise poignante, des jeunes filles à peine adolescentes, des outils manipulés pour fire la guerre, chantent à tue-tête cet air comme une acceptation tout à fait perturbante de leur sort et de la mort. Sur un fond de feu d’artifice, elles réclament « l’éclat divin » qui leur appartient, même si on passe le temps à leur voler, et et aussi leur place aux côtés du divin s’il existe… Réclamer la vie.

*MISE A JOUR* A la demande de Laouenan, je rajoute ici la traduction que j’avais oubliée (trouvée ici). Et j’ajoute même quelques vers sur ce passage, qui peuvent donner une autre tonalité à cet extrait :

Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum!
Deine Zauber binden wieder
Was die Mode streng geteilt;
Alle Menschen werden Brüder,
Wo dein sanfter Flügel weilt.

Joie ! Joie ! Belle étincelle divine,
Fille de l’Elysée,
Nous entrons l’âme enivrée
Dans ton temple glorieux.
Ton magique attrait resserre
Ce que la mode en vain détruit ;
Tous les hommes deviennent frères
Où ton aile nous conduit.

Il faudrait regarder la symbolique originelle choisie par l’auteur, mais pour ceux qui n’ont de connaissances classiques, l’Elysée est entre autre une partie des Enfers gréco-romains (les champs élyséens d’ailleurs). « Filles de l’Elysée » pourraient ainsi correspondre à un sorte d’épithète « filles de la mort » ou « filles des champs de la mort », ce qui, dans cette série, est à prendre au sens premier. Les enfants soldats, des petites filles de 10 ans, qui sont des tueurs à gage… Un motif étrangement distordu de Valkyries germaniques (hymne allemand) et pourtant avec une référence gréco-latine…. Pourtant, pourtant, la partie Elyséenne des Enfers correspond à la partie la plus bénie, les morts qui sont en paix et qui ont mené un vie juste. Ces enfants marquées par cet endroit ? Qui aspire à y retourner ?  Prier pour la vie, et à la fois pour la mort juste, pour une forme d’absolution de cette vie qu’elles n’ont pas choisie…

The Light of Winter

S’y remettre, tout doucement, un jour après l’autre. Suivre les humeurs, les envies, les couleurs qui s’imposent… quelqu’un voulait ça, je l’ai trouvé sur mon chemin. Y a rien de plus simple et de plus équilibrant qu’une prière pourtant. Alors on y va, doucement. Un coin à dégager, une fois par jour, ou deux, ou trois. On lâche pas.

[Projet Phagos] 5 – Die Lorelei

Pour en savoir plus sur le Projet Phagos.

****

Juste parce que…

Pour voir plein de superbes représentations de la Lorelei, cliquez.

Die Lorelei

Ich weiß nicht, was soll es bedeuten,
Daß ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl, und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abensonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar,
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei,
Das hat eine wundersamme,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.

Heinrich Heine

C’était le bordel pour trouver une traduction sourcée et qui n’était pas trop remaniée… j’ai pas mes livres sur la main, j’ai cherché ici et là, en voici une :

Je ne sais pas pourquoi 
Mon coeur est si triste, 
Un conte des temps anciens 
Toujours me revient à l’esprit.

La brise fraîchit, le soir tombe 
Et le Rhin coule silencieux : 
La cime des monts flamboie 
Aux feux du soleil couchant.

La plus belle des jeunes filles 
Là-haut est assise merveilleuse, 
Ses joyaux d’or étincellent, 
Elle peigne ses cheveux d’or.

Elle les peigne avec un peigne en or 
En chantant une romance, 
Son chant a un pouvoir 
Etrange et prestigieux.

Le batelier dans sa petite barque 
Est saisi d’une folle douleur, 
Il ne voit plus les récifs, 
Il regarde toujours en l’air.

Je crois que les vagues ont finalement 
Englouti le batelier et sa barque 
Et c’est la Lorelei, avec son chant fatal, 
Qui aura fait tout ce mal.

Et j’apprends à l’instant sur wikipedia qu’Apollinaire a effectué une traduction d’un autre poème sur le thème d’où nous vient la légende, je ne résiste pas :

La Loreley – à Jean sève

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m’ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu’un autre te condamne tu m’as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n’aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j’en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu’il n’est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s’en alla

L’évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu’au couvent cette femme en démence

Vat-en Lore en folie va Lore aux yeux tremblant
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s’en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j’irai au couvent des vierges et des veuves

Là haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là bas sur le Rhin s’en vient une nacelle
Et mon amant s’y tient il m’a vue il m’appelle

Mon cœur devient si doux c’est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Guillaume Apollinaire – Alcools
Traduction / adaptation du poème de Clemens Brentano.

Et même Nerval, alors allons, prolongeons encore un peu cette vision…

Mon cœur, pourquoi ces noirs présages ?
Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon souvenir.

Déjà l’air fraîchit, le soir tombe,
Sur le Rhin, flot grondant ;
Seul un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.

Là-haut, des nymphes la plus belle
Assise, rêve encore ;
Sa main, où la bague étincelle
Peigne ses cheveux d’or.

Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez, fuyez ! La voix touchante
Ensorcelle le cœur.

Dans sa barque, l’homme qui passe,
Pris d’un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l’espace,
Vient sur l’écueil de la mort.

L’écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voilà le mal que peut faire
Lorelei sur son rocher.

(sa version étant adaptée du poème de H. Heine)

[Projet Phagos] 4 – Bruno Bettelheim

Pour en savoir plus sur le Projet Phagos.

****

Alors lui, il m’est tombé dessus par hasard lors de mes propres recherches, et j’ai ri comme une idiote dans les transports en songeant « ah bah voilà, le Projet Phagos vient à moi ! » Un morceau de texte complètement inattendu, qui parle de parfaitement autre chose à la base (les Contes de fées), mais qui tout d’un coup me représentait parfaitement les coups de gueule que j’ai envie de pousser parfois, et qu’on entend tout de même à droite à gauche, au sujet des fluffys et de la lumière. Je vous laisser déguster d’abord :

« La culture dominante, en ce qui concerne particulièrement des enfants, veut faire comme si le côté sombre de l’homme n’existait pas, et elle affecte de croire en un « méliorisme » optimiste. La psychanalyse elle-même est censée avoir pour but de rendre la vie facile… ce qui n’était pas du tout dans les intentions de son fondateur. Elle a été créée pour rendre l’homme capable d’accepter la nature problématique de la vie, sans se laisser abattre par elle et sans recourir à des faux-fuyants. […]

Tel est exactement le message des contes de fées, de mille manières différentes, délivrent à l’enfant : que la lutte contre les graves difficultés de la vie est inévitable et fait partie intégrante de l’existence humaine, mais que si, au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par emporter la victoire. »

Bruno Bettelheim, La psychanalyse des contes de fées
(L’introduction, à lire absolument, et c’est déjà très bien si on est pressé)

Pour moi, cet extrait s’applique non pas seulement à l’éducation des enfants (ici, dans le contexte, il s’agit surtout de ne raconter que de belles histoires aux enfants, et pas les horribles contes de fées), mais aux peurs des adultes, qui bien trop souvent rejettent le négatif de leur vie, et donc, dans la spiritualité aussi. Ne voir que le positif, ne traiter que le positif. Ceci est une forme de refoulement qui a des effets tout à fait évidents (le refoulement est un mécanisme nocif). A côté de ça, mon esprit (peut-être tordu?) établit un parallèle presque parfait entre cette image de la psychanalyse et celle de la « spiritualité » aujourd’hui : on veut se faire du bien, se rendre la vie plus agréable, ce qui me semble complètement à l’opposé ce que c’était à l’origine, et aussi tout à fait irréaliste. Même un chrétien aurait pu contredire, que sa foi n’est pas du tout là pour ne voir que le positif, mais pour l’aider à affronter les épreuves (en tout cas je l’ai déjà entendu). Pourma sensibilité, refouler, ne pas voir, ne pas traiter, c’est nier et se mentir. Comment on peut avancer ainsi ? Je ne parle pas de partir dans des grands combats…. mais juste de voir, d’être lucide. Il faut regarder la chose en face, puis avancer. Pour finir, de la même façon, je ne vois pas pourquoi certains mythes ne pourraient pas être problématiques, pourquoi les Dieux seraient tous parfaits et bons, et ne pourraient pas nous éprouver de temps en temps…