Se « reconnecter »

Voilà de longs mois que je n’avais pas écrit ici des articles proprement spirituels. Et même les derniers qui datent de Janvier n’avaient rien à voir avec ce que j’ai pu écrire par le passé, ou ce que j’écris sur mon blog anglophone. J’en parlais de temps à autre sur le groupe facebook, ce n’était pas faute de me dire que ça serait chouette de reprendre ça ici, mais ça ne venait tout simplement pas. Du tout. Pas dans la bonne langue, et même, pas d’idée.

Mais aujourd’hui j’ai envie de partager un brin, un tout petit quelque chose, servi par des synchronicités et des conversations à n’en plus finir entre copines polythéistes.

Les anglophones ont beaucoup parlé par le passé de ce qu’ils appellent les « Fallow Times« , les phases creuses où l’on se sent coupés de nos Dieux, et même de tout, et si l’on se demande si l’on est normal (on parle souvent de « déconnexion »). Dver l’a expliqué ici il y a longtemps, je crois que c’est le premier article que j’avais trouvé sur ce sujet, et dans d’autres articles elle indique comment selon elle les dévotions ne doivent jamais être arrêtées, et surtout pas dans ces moments-là. Récemment j’ai traversé une nouvelle phase de perturbations personnelles et énergétiques, et je me suis rendue compte que j’avais un peu revu ces questions.

Considération n°1 – Il est intéressant de noter que tout le monde n’est pas dévot. Si vous êtes païen, peut-être seulement vaguement, ou même pas du tout. Pour les polythéistes, c’est autre chose, beaucoup plus « cadré ». Si a priori tout le monde semble reconnaître que pour se connecter au divin il faille utiliser des pratiques dévotionnelles, tout le monde n’aura pas les mêmes priorités. Et surtout, Peu de gens aiment s’entendre dire aujourd’hui « c’est comme ça qu’il faut faire ». Malgré la lucidité de ce que signifie le mot « tradition », et ce que représente la charge énergétique et symbolique de gestes rituels répétés et répétés à travers les ans, les « païens » en général sont animés d’un très fort (extrême?) goût de liberté, teinté de ce que certains appellent l’individualisme moderne : on veut faire ce qu’on veut, comme on veut. Donc si quelqu’un nous dit « il faut faire des prières et des offrandes tous les jours, à x heure » (etc), il est fortement susceptible de se voir montrer un certain doigt levé.

Considération n°2 – Je viens de le mentionner, selon la nature de nos croyances et de nos pratiques, le rapport aux Dieux ne sera pas envisagés pareillement, et les offrandes, prières et autres n’auront pas la même importance, donc la même régularité. Ce que je trouve cependant troublant et « chouette » : des polémiques US opposent beaucoup les « lay pagans » (païens lambdas disons) et les « spirit-workers », c’est à dire en gros, ceux qui « aveugles et sourds » (soit disant) et ceux qui sont hyper-connectés (mais c’est le sujet d’un autre débat à approfondir) ; et bien personnellement, j’ai observé chez les autres, mais surtout même chez moi, que ces deux catégories sont touchées de la même façon par le phénomène. Quand je suis « devenue » polythéiste, au départ j’étais gentiment dévote, mais je n’avais / sentais aucun retour. Cela ne m’a pas empêché de faire des dévotions très nombreuses, surtout que je cherchais à faire « comme il faut »… Par la suite, en fait, je trouve ça paradoxal (presque hilarant), plus j’ai été « connectée » et moins j’ai fait de « dévotions » classiques. Néanmoins, ce qui compte dans cette opposition, selon moi, c’est ceci : ce qui compte ça n’est pas qui sent et qui ne sent rien, cette histoire n’a rien à voir avec la dévotion, mais bien comment on se sent. Ben oui, finalement, les « phases creuses » définissent notre sentiment tant recherché de connexion à l’univers / nature / dieux etc. Les « lay pagans » peuvent se sentir très connectés, sans pour autant être en contact « direct » avec les entités correspondant à leurs pratiques.

Mais je suis en train de me rendre compte que malgré l’eau qui a coulé sous les ponts, je suis toujours la championne des digressions. Ce n’est pas ça que j’avais en tête quand j’ai commencé l’article hem hem. Je voulais partager un fragment plus personnel.

Récemment je me suis retrouvé le cul entre deux chaises, comme toujours. J’observe le phénomène avec un oeil nouveau, et je constate donc une de ces nouvelles « expressions » liées à tout ce que j’ai expliqué au-dessus. Je suis actuellement en contact avec mes Dieux ; je reçois des signes, j’utilise les cartes, j’ai un « plan de bataille » assez clair. Pourtant, je me sens profondément déconnectée. Voilà comment on tombe sur une situation à la con : je suis connectée, et pourtant pas. (?!?) Et en discutant avec une copine, je me suis rendue compte que les dévotions étaient passées à la trappe, et que probablement ça me manque, et que de toute façon c’est le « médicament » recommandé pour cette maladie (lol). Autre constatation personnelle, donc, plus je suis connectée, et moins je fais de « dévotions » (un terme un peu abstrait et barbare finalement) : une fois que je suis dans un flux naturel de reliance, ça se maintient assez bien, je passe par d’autres moyens détournés. Et en fait, je fais ça comme je respire, donc impossible de me rendre compte, d’observer après coup, pour savoir où et quand ça a merdé. Par contre, à un moment donné j’ai arrêté de respirer. Enfin non, à un moment donné, j’ai arrêté d’alimenter le lien, quelle qu’en soit la façon.

Le truc c’est qu’il faut bien savoir comment on fonctionne, c’est très personnel tout ça.

De mon côté, je hais les cadres et les choses strictes. Mais surtout, j’ai un cerveau hyperactif qui entrave toute pratique zen et/ou continue (long terme, créer une habitude etc). Or pour installer une pratique dévotionnelle, c’est de ça qu’il s’agit : trouver un compromis entre « faire ça à la cool », mais « se forcer » un peu pour ancrer une habitude si ça n’est pas naturel. En raison de mon dit cerveau, je ne peux pas rester plantée bêtement devant un autel ou une bougie à prier, je ne peux que difficilement rester immobile et calme. Et surtout, je ne peux que difficilement me « poser » mentalement, et donc penser à tout ce qu’il faut penser chronologiquement, en restant sur chaque chose à son tour, en l’habitant. C’est à dire, l’attitude attendue pour une dévotion (que ça soit une offrande, une libation, une prière, etc). Comment je fais alors chef ?? Ben, il faut contourner ça, et le « politiquement correct », pour trouver des parades qui me conviennent. Par exemple, je fais les choses à l’extérieur de chez moi, et quand je marche. Dans la rue, au parc, dans le métro, je songe, je fais des prières, etc. De la même façon que j’ai toujours un carnet sur moi et que j’écris beaucoup en vadrouille. Il est possible également de se donner des rendez-vous simples mais dont l’attitude mentale fera la différence : une balade au Père Lachaise, qui devient strictement et presque uniquement dévotionnelle, je n’y mets plus jamais les pieds anodinement. Mon cerveau est comme un ordinateur qui traite des millions de données, ce qui produit un brouhaha constant. J’ai longtemps essayé de me dire que c’était des conneries, et on me l’a beaucoup dit aussi, ce qui n’aide pas, mais à un moment donné quand on étudie les processus cognitifs on se rend compte que c’est pas du pipeau (et au grand bonheur des mes élèves dyslexiques, dyspraxiques et surdoués en échec). Arrêter une seule info au milieu de tout ça et la maintenir, être concentrée dessus et rester immobile, alors qu’autour ça tourne à mille à l’heure, c’est le parcours du combattant (très souvent impossible). Personnellement, j’ai remarqué qu’à cela s’ajoute en fait toutes les perceptions énergétiques, émotionnelles et autres (empathie, médiumnité) et donc ça rajoute un deuxième bordel, comme un deuxième ordinateur – ou alors (image stupide qui me vient), comme si l’ordinateur avait aussi un petit capteur à vent, les petits moulins qui tournent là, et ça aussi ça produit des tas de données à gérer.

Bref. Je dois trouver des parades. Utiliser mon corps, et j’ai encore plein de boulot à faire là-dessus. La marche c’est top, pour aider au lâcher prise et au lâcher des tensions, que ça soit dans la rue, ou des balades (et en plus je dois me caler ça beaucoup plus souvent pour éviter de ne pas faire de sport ni de rester enfermée à la maison). La danse nawak j’ai essayé aussi, et je pense que pour renouer avec mon corps ça sera super. Sens du rythme, des infos non verbales, plus souples, et puis j’ai testé ce lâcher prise puissant (bon après, faut que je fasse gaffe aux possessions, mais c’est autre chose). Ou parfois, et c’est assez bizarre, suivre mon fonctionnement mais à l’inverse, c’est à dire intensifier les signaux, rajouter encore plus d’infos, pour que là les infos soient complètement brouillées : ce qui produit un bruit de fond qui annihile tout et permet de travailler « par-dessus » (c’est chaud à expliquer). En gros, je ne fais que rarement une seule chose à la fois, c’est presque impossible. Je dois toujours me battre pour gérer / supprimer le bordel intérieur et faire autre chose à côté. Donc marcher + prier, faire la cuisine + prier, etc. Les tâches ménagères sont chouettes aussi. Et c’est là que je m’étais rendue compte que les offrandes pour moi, les plus faciles, ce n’est jamais ce qui est préconisé : ni les offrandes de nourriture et de boisson. Je donne de mon temps, je donne de l’espace dans mon esprit, et c’est un combat. Je donne de l’énergie, je donne une action, ne pratique. En fait, ce que j’arrive à faire je le dédie à mes dieux et esprits.

Mes blogs sont des offrandes (aux Dieux en question quand ils sont à thème, à Hermes en général, à mes Dieux et Esprits toujours), même ma pratique de voyance est une offrande (Dieux et Esprits) et donc mes articles et vidéos sur les cartes aussi, parce que j’aide autrui à se reconnecter, ou même parce que c’est comme ça (faudrait que je creuse la question tiens). Les plantes que je cultive sur mon balcon font aussi partie d’un choix personnel, d’un travail de connexion aux esprits, et d’une demande de Morrigan. Comme le rappelle ce très court article (merci Babette), il y a plein de façons différentes de rendre dévotions :

How does one worship!

Hug a tree, play a drum, sit in silence, divination,
say a prayer, dance around, invoke deity, send a well-wish,
light a candle, chant out loud, cast a spell, create a picture.
I do all of these, and more. 

I worship any way that moves me. You?

Ce sont plein de détails de ce type que je peux oublier facilement, et c’est sûr que c’est embarrassant d’y penser. Et je crois que ma solution, elle se trouve précisément là. Y penser. Je l’ai expliqué plus haut, pour moi, penser à quelque chose au milieu de millions d’autres c’est compliqué, et donc ne pas l’oublier encore plus (surtout depuis des problèmes de santé récents qui sont étiquetés et connus pour provoquer des pertes de mémoire, bref). Et là où le bât blesse, c’est que cela va pas uniquement de pair avec l’oubli d’une action, d’un geste dévotionnel à faire, mais plutôt de l’oubli de l’intention spirituelle qui est derrière. On dit très platement que tout peut être spirituel, et c’est vrai, or l’idée est là : ce qu’il faut, c’est ne pas vider les gestes de leurs intentions.

Donc bien que je pense que cela me ferait du bien d’essayer de nettoyer mes autels, remplir des coupes d’eau et de nourriture, d’aller des bougies et de prier « dans le calme » (comprendre, immobile et zen dans la caboche), ça sera difficile et ça n’est pas forcément la première chose qui soit bénéfique. Il faut que je réinstalle des « triggers », des déclencheurs, des check-ups, c’est à dire en gros que je réussisse à penser tout simplement aux intentions derrière mes gestes. C’est ça la connexion. Que quand je fais le ménage ou à manger je pense à honorer mes ancêtres et les esprits du foyer, que quand j’écrive ça ne soit pas un acte banal. Quand je dessine pareil. Etc. C’est dans toutes ces choses là que l’on trouve le temps en premier, et surtout, pour moi, que se tisse la fameuse « connexion ».

C’est ça qui fait d’un quotidien lambda un quotidien lambda, et d’un quotidien polythéiste et animiste un quotidien jamais « ordinaire ».

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