La notion d’appel

Je remercie Péma pour avoir jeté un pavé dans la mare, et contre toute attente, je me suis sentie « piquée » pour écrire un petit morceau ici. Je vous conseille de lire d’abord son article, surtout que je vais en dériver pour exprimer d’autres idées qui me sont venues en lisant le sien.

En fait la question d’un appel spirituel est particulièrement dense. Il y a plein de petites idées ici et là qu’il faudrait défricher, et je vais balancer ici des pistes, quitte à ce que ça soit très schématique. Mais en gros, c’est un mythe : le terme est inadéquat, et les conceptions qu’on s’en fait aussi.

Il y a de nombreux types d’Appel, et pas qu’un seul :

  • Si vous êtes une personne spirituelle, que vous cherchez à développer une relation à une transcendance, à la nature, au sacré…. Vous pouvez considérer que c’est déjà un appel. Vous êtes déjà « éveillés ». Pas au sens « vous êtes la frange supérieure de l’humanité qui va nous guider vers la prochaine ère » (connerie New Age en vue), mais tout simplement au sens plein et matériel : vous vous êtes réveillés à votre propre sensibilité. Vous sentez des choses immatérielles, ou vous sentez une attirance pour d’autres questions, d’autres paradigmes.
  • Il y a bien des gens qui sont choisis par des entités (dieux, esprits), qui ont une marque particulière sur leur chemin et leur vie. Oui, ça fait d’eux des êtres « à part », mais ça n’est qu’une catégorie de plus, de la même façon qu’ils seront blancs, noirs, grands, petits… Et ça n’est pas soudain comme un éclair, un matin on passe d’un athéisme pur à une croyance en Dieu, ou devenir en une seconde un dévot de la Déesse alors qu’on était chrétien…
  • Il n’y a pas que des gens élus. Nous sommes tous là, et nous pouvons tous faire nos choix. Sari soulèvent un point très important : l’action. Il faut travailler, et de la même façon que les élus ne se sont pas révélés en un jour, ils étaient probablement déjà engagé sur une voie, les autres aussi, tout le monde cherche. Cherchez ce qui vous fait vibrer, et suivez le. J’aime sa notion « d’appel du coeur ». Comme une passion profonde.
  • D’ailleurs il y en a forcément d’autres, des catégories, des définitions.

Personne n’a donc besoin d’être Appelé d’une façon spéciale pour être et vivre. Nous le sommes tous en fait, chacun à notre façon. On peut penser que certains auront une foi et des alliés plus « puissants » (je dirais plutôt plus efficaces) parce qu’ils ont été appelés au sens le plus commun (celui du centre, l’élection). Mais ça n’empêchera personne d’autre de marcher dans une voie si elle lui plaît et si les divinités répondent.

Il est important de noter aussi que tout le monde ne sait pas lire les signes, tout le monde n’entend pas les dieux… Comment faire alors ? Et bien on revient au problème de la définition : vous saisissez un appel plutôt que de le recevoir. Vous pouvez choisir, et avancer de façon volontaire. Le problème vient pour moi de confusions et de préjugés sur la tension réceptivité, passivité / action.

  • D’une part, tout le monde doit faire son boulot, la spiritualité n’est pas être assis sur un rocher et attendre. Même dans les formes les plus épurées de spiritualité qui n’impliquent pas de divinités etc… il y a une recherche. Intellectuelle, émotionnelle, etc. Il s’agit de se connaître (« connais-toi toi-même », et oui!), de trouver ce qui résonne en nous, ce qui nous correspond, et donc de chercher des voies. Ce qui ne correspond pas on le retire, ce qui nous correspond on le garde.
  • D’autre part, dans le paganisme, il y a un culte de la réceptivité et des facultés extra-sensorielles… mais ça veut dire quoi, ceux qui n’en ont pas sont condamnés à ne jamais pouvoir rien faire ? Ben non, ils font ce que bon leur chante ! ^^ Si on ne ressent pas les Dieux, ça ne pose pas de souci. Aux dernières nouvelles, à moins d’être amputé ça n’empêche personne de rendre un culte, de dresser un autel, de faire des offrandes, si c’est ce qu’il souhaite et ce qui lui parle. Ni à quelqu’un de se dire que si le chamanisme résonne avec lui, il va aller fouiller dans cette direction. Et s’il n’a pas entendu l’esprit du loup lui dire… Ben, on s’en fiche !

J’aime la conclusion de Péma aussi, qui rejoint quelques idées soulevées sur un autre blog, et un gros débat actuel sur la sphère anglophone : tout ça manque franchement de liberté et d’assurance. Chercher à faire comme autrui, pourquoi faire ? Chercher à être légitime… pourquoi faire, pour qui ? Soyez vous, et seulement pour vous.

EDIT : pour les courageux qui veulent explorer la question encore un peu plus avant, un autre point de vue sur la question qui me rejoint totalement.

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14 réflexions sur “La notion d’appel

  1. Drenagoram dit :

    Bien d’accord avec cette Voie 😉
    ~
    NéO~

  2. GLP dit :

    Du bon là-dedans. il arrive aussi que l’appel se soit opéré de façon inconsciente parfois et quand l’objet de l’appel « débarque », on se dit « ah oui je comprends maintenant (certains aspects, événements ou signes de la vie) ! ». Non ?

  3. Ben aussi oui, un peu tous les cas de figures sont possibles je pense. 🙂 Au départ on entend pas…. mais on a suivi un élan quand même, et plus tard on le réalise.

  4. Siduri dit :

    Excellent article 🙂 Merci !

  5. Comme souvent, le vocabulaire peut prêter à confusion, surtout quand il sert à désigner des ressentis (subjectifs, donc). J’utilise aussi le terme d’appel par rapport à mon cheminement, mais comme tu le dis si bien, je ne mets pas derrière ce mot le sens de « la frange supérieure de l’humanité qui va nous guider vers la prochaine ère » (chuis trop vieille pour guider qui que ce soit, et en plus j’ai d’jà du mal à me guider moi-même XD). Je ne me considère pas comme une « élue », ni comme quelqu’un qui a été « choisi ». Ce que j’entends par « appel », c’est plutôt le fait d’avoir enfin assemblé quelques pièces d’un puzzle fait de « coups de coeur » inexplicables, d’attirances parfois surprenantes, de choix à faire, de décisions prises, etc. Autrement dit, je ne fais qu’interpréter toutes ces choses, ces « signes » (que je perçois comme tels, subjectivement), comme un appel vers des divinités/des pratiques/une spiritualité. Je suis persuadée que tout le monde, à un moment ou à un autre, peut ressentir ça (certains le définiront comme un « appel », d’autres comme un « élan », une « évolution »… encore une fois, les mots sont subjectifs !). Ça ne rend pas exceptionnel, ça ne transforme pas en gourou qui détient THE vérité (quelle horreur! lol), ça arrive simplement, et on peut choisir de suivre cette piste (« répondre à l’appel ») ou d’en explorer d’autres (« ignorer l’appel »).
    Quoi qu’il en soit, merci pour ton article !

  6. Brau Dal Friûl dit :

    Tout ce débat me semble assez peu pertinent. Tous ces « appels », à mon sens, n’en font qu’un: Lorsqu’on décide (pour tout un tas de raison) d’accepter sa sensitivité on rencontre des énergies qui viennent nous attirer sur une voie. Ces énergies ne sortent pas d’un chapeau, d’un paradis (ou pire, d’un enfer de tentations), mais elle sont déjà en nous avant même qu’on ne cherche à développer sa sensitivité.
    Les enfants ressentent ces « énergies » (qui apparaissent souvent de l’interaction entre le Désir Profond de la Personne et des énergies qui entrent en résonance avec ce Désir Profond) mais l’éducation les incite à les laisser de coté pour s’intéresser à d’autres choses et devenir des adultes aptes à la vie en société et à s’adapter au monde « physique » qui les entoure (ce qui est juste et utile pour eux!).
    Lorsque les jeunes adultes ou les adultes redécouvrent leur sensitivité ils redécouvrent des énergies qui entrent en relation avec leur Désir Profond, et souvent ils cherchent à les comprendre avec les informations qu’ils ont reçues lors de leur éducation.
    C’est ainsi que se crée « l’appel », « l’appel » ne vient pas du dehors il vient du dedans! Il ne dit pas « suis moi » mais « suis toi », un peu comme lorsque l’on tombe amoureux et qu’on est attiré par une autre personne, ce n’est pas cette personne qui dit « aime moi » mais bien nous qui disons « je t’aime ». Sauf que là les énergies disent « moi je t’aime, rends toi compte que tu m’aime aussi ».
    D’autre part je ne pense pas qu’il existe des gens amputé de sensitivité, nous sommes tous capable de sentir mais la société (dont nous faisons partie) a inventé des codes et des façons de sentir qui ne sont pas adaptés à tout le monde. Ca me rappelle un exercice chamanique que j’ai fait une fois avec un ami « Je veux rencontrer l’esprit du loup pour devenir un chamane » il se basait là sur un livre qui disait que cet esprit ouvrait la porte du chamanisme (oui on avait 20 ans!) et il a été assez déçu, il n’a pas rencontré le loup « j’ai vu un cerf, je l’ai suivi dans la terre, j’ai vu plein de formes bizarres puis je n’ai plus rien vu du tout… et encore moins le loup! ». Peut-être que s’il avait accepté de suivre le cerf il n’aurait pas planté ses yeux dans la terre…

  7. Merci Morrigan pour avoir donné ton point de vue sur la question 🙂

    Brau : (je réponds partout ;)) Tout dépend comment tu définis l’appel, mais aussi la transcendance. Car qui a dit que les « Dieux » / « Esprits » nous donnaient un destin particulier, et ne cherchaient pas à nous aligner avec nous-mêmes ? (et donc le fameux « intérieur » que tu nommes) Sari aussi expliquait à mon sens qu’il faut s’écouter, se trouver.

  8. Salvaquaria dit :

    Cet article et celui de ton amie Péma m’ont bien parlé. J’ai déjà laissé un long commentaire chez Péma, aussi vais-je essayé de ne pas trop me répéter, tout en donnant mon impression ici aussi. Je pense que l’important est avant tout de suivre son coeur. Les contacts se font parce qu’on les cherche, parce qu’on sent qu’on en a le besoin. Nous cherchons. Comme toi, je ne pense pas que les choses soient à sens unique. J’aime beaucoup ton image avec le penseur passif sur le rocher. Elle traduit bien le caractère inapproprié de l’inaction. Après, il se peut qu’on se sente plus en phase avec certaines choses et avoir l’impression qu’elles nous ont choisies. Mais je pense que c’est avant tout une recherche mutuelle. Comme je l’ai dit chez Péma, il m’est arrivé de dire : « les dieux et les déesses de mon Panthéon m’ont choisie ». Mais quand je dis cela, je ne pense pas à une élection suprême, à une élévation qui me placerait au-dessus du reste de l’humanité. Loin de là. C’est quelque chose qui se vit en soi et qui n’a pas à affecter la manière dont je me considère par rapport aux autres. Qui serais-je si je me mettais à dédaigner autrui sous prétexte qu’Hécate me guide, me parle, etc. ? Est-ce que je me sens élue ? Non. Il faut aussi penser que, de toute façon, quoi qu’on en dise, on ne peut pas être ‘élu’ au sens propre du terme ! Les énergies que l’on vénère, les énergies que l’on côtoie, sont aussi côtoyées par d’autres. Adieu l’idée d’unicité. Nous sommes multiples, même si les rapports peuvent varier par certains points. Face à un même objet, nous avons donc notre façon de voir. C’est là l’acception de la personnalité. Heureusement que ce contact personnel existe, mais il ne fait pas de nous des ‘élus’. Autre idée : il n’y a pas d’élection car le contact en question s’est établi peu à peu. Il y a peut être eu une attirance précise, mais pas d’illumination soudaine. Pour en revenir à l’idée de liberté, si les contacts se sont établis, c’est parce qu’on l’a bien voulu également. Comme le dit Morrigan, on peut suivre ‘l’appel’ ou ignorer ‘l’appel’. Et comme tu le dis Valiel, on peut alimenter ‘l’appel’ en le travaillant, ou le laisser sombrer en ne le travaillant pas. Je pense donc que les choses sont avant tout un échange et un ressenti mutuel entre les forces et nous mêmes. Il n’y a pas de supériorité, juste la conscience de ce que nous pouvons faire, ce que nous faisons ou non.

  9. Nous sommes donc bien d’accord je crois 😀

    « n’a pas à affecter la manière dont je me considère par rapport aux autres. »

    « Il n’y a pas de supériorité, juste la conscience de ce que nous pouvons faire, ce que nous faisons ou non. »

    Sauf, si je comprends bien… A ceci prêt que je semble concevoir une forme d’ « élection », que vous refusez. J’ai toujours répété que je hais ce terme, et qu’il est problématique, et d’ailleurs je m’interroge toujours sur la question, rien n’est figé. Disons que pour moi c’est une sorte de pacte, qui serait venu plutôt du côté des esprits que du cheminant. Mais c’est tout à fait répandu, plus qu’on ne le croit, et j’ai insisté sur le fait que quand ça arrive c’est juste une catégorie de plus, pas une supériorité, pas plus légitime etc. Mais, de la même façon que j’imagine qu’il y a des tas de choses que je ne connais pas et qui existent, et qu’il faut de tout pour faire un monde, je ne peux pas vraiment refuser non plus cette idée. Surtout que l’expérience parle, et c’est difficile d’avoir des choses sous les yeux et de les nier. D’où l’idée d’élaborer autour, de trouver de meilleurs termes, de relativiser…

    Et c’est pour cette raison que j’ai apprécié le commentaire de Brau : souvent tout prend son origine en nous de toute façon. Que quand certains Dieux ou Esprits font un geste vers nous, c’est pour répondre à ce qu’il y a en nous qui demande à s’exprimer.

    En fait, le débat devrait plutôt conclure que la notion d’appel est inappropriée je crois lol. Et ce qui pose soucis, c’est ceux qui revendiquent une supériorité justement, ceux qui cherchent à se justifier face à d’autres, et ceux qui se sentent coupables. Fi de tout ça, chacun son chemin.

    J’ai vraiment aimé le cri du coeur de Sari pour la liberté.

    J’espère que je suis claire. ^^

  10. Péma Keltoï dit :

    coucou!!
    là où nos points de vue divergent, et ce n’est pas grand chose!c’est lorsque tu parles de « travail »….ce qui pour moi est un peu contraire à cette liberté que j’évoquais….comment dire.Pour moi travail se rapproche de contrainte!
    et que ce chemin que nous choisissons, peu importe comment et pourquoi, doit être une élévation pas une obligation!
    bises Valiel

  11. Ah c’est une question de lexique alors ! 😉 J’entends uniquement par « travail » = recherche / action, par opposition à ceux qui attendent les yeux au ciel la bouche ouverte ^^

  12. Drenagoram dit :

    Sans Parler d’un Marché de Niche , Le Cheminant à la Lumière ,
    Avant Toutes Choses et sans Mystères , Sait le bon Sens le rendre Riche ,
    En Soi l’échange cultive la Friche , Cela demande Hors d’Être au Vert ,
    Nul n’est « Appelé » à la Lisière , si par Nature aux Tours l’Âme Triche .
    ~
    NéO~
    ~
    A quoi bon suivre la Voie des Dieux, si c’est pour se couper du Monde?
    Tout lien tissé en Lueurs de Ronde , Offre en Regard cet Autre Lieu.

    Merci pour l’échange et Bonne Voie .

  13. Je n’ai pas bien compris Néo. « A quoi bon suivre la Voie des Dieux, si c’est pour se couper du Monde? » Penses-tu que je me coupe du monde ?

  14. Drenagoram dit :

    Bonsoir Valiel ,

    Il Faut Lire ces vers dans ce sens :

    La Voie des Dieux est Omnisciente , le Cheminant voit sa part Belle ,
    Pour Avancer dans le Réel , l’Âme doit être Humble et non Savante ,
    Hors il est bon quand les Mots chantent , d’envisager le monde Pluriel ,
    L’Echange est une infime parcelle , d’un univers de branches Parentes.
    ~
    Autrement Dit , c’est toujours positif de répondre aux comme en Terre 😉

    Amitié en Racine

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