Le mois des Morts

Tous les ans, il se vérifie, depuis ma jeunesse. Et depuis certains déclencheurs spirituels sur mon chemin, en 2011, toujours un peu plus chaque année. Bien qu’il ne soit pas toujours marqué du sceau du Silence comme les années précédents (2013, 2012), la tonalité demeure, égale à elle-même, tous les ans.

Le mois de novembre, à cheval sur les quelques jours qui précédent et qui marquent l’ouverte de « Samhain », et jusqu’aux premiers jours de décembre au moins, voit se rassembler les Morts. Le voile est plus fin, mais les énergies sont plus agitées également. Les esprits troublés peuvent revenir, et ceux qui sont entre la vie et la mort peuvent être emportés par la Chasse Sauvage à ce moment-là. Je suis constamment étonnée de l’intensité que cela peut prendre, et des humeurs qui remontent par la Porte grande ouverte. Les Morts ont besoin qu’on s’occupe d’eux parfois. Eux aussi ont des émotions non-digérées, des tristesses, des chagrins, des colères… Cette période est également extrêmement poignante et mélancolique. Les murmures se font un peu plus que murmures, les esprits quand ils peuvent se regroupent, s’entre-aident, mais cela n’est pas toujours possible. Mes veilleuses sont allumées tout le mois, et « ma porte » est souvent sollicitée. Il suffit de pas grand chose. J’entends les chants, et je réponds. Je les sens passer, se demander, je réponds à leurs interrogations, et ils reprennent leur chemin. Et aussi con que je puisse me sentir, dans ma petite pièce, avec mes activités mondaines et mes propres doutes, avec une absence totale de maîtrise de technique vocale ou autre, je sens bien que quand il y a un fil qui passe, un flux, que je l’attrape, et que je chante pour le suivre, ceux qui sont pas très loin et qui sont blessés se rapprochent et se roulent en boule. Un peu comme des chats. Je chante, et ils se mettent à la lisière, ils écoutent, et ça leur fait du bien. Ils ont parfois soif et faim, mais ce que je leur offre le plus souvent, ce sont ces chants.

Le mois de novembre est cruel et difficile. N’oubliez pas les morts si vous pouvez, une coupe de lait à table ou au coin d’une fenêtre, au pied d’un arbre, à un carrefour. Une part de gâteau, une pomme coupée, du raisin, de la confiture… Ou une lumière à la fenêtre de nuit, une musique apaisante, votre présence.

Des liens nécessaires

Ou de l’entraide entre spirit-workers, les travailleurs des esprits.

Selon la profondeur de nos croyances polythéistes et animistes, il nous arrive de douter de la possibilité de l’intervention des Dieux et des Esprits dans notre quotidien. Aussi, tout un chacun est plus prudent s’il se pare d’une certaine dose d’incrédulité et de scepticisme pour éviter de voir des signes partout, et pour remettre en question ce qui lui arrive, les liens possibles qu’il entrevoit. Ca m’est arrivé, plus moins régulièrement, et depuis l’an passé avec une fréquence jamais égalée, et ça continuera de m’arriver jusqu’à la fin de mes jours. J’ai douté, je doute. Mais le parcours est… assez hors norme (comprendre pas supérieur, mais hors de l’ordinaire dans l’ordre des probabilités).

Il y a un an, si on m’avait décrit le tableau que j’ai sous les yeux à l’heure actuelle, j’aurais ri, et je me serais vainement moquée, en disant que tout ceci était un beau ramassis de conneries impossibles, seulement visibles dans les livres à l’eau de rose et les séries B. Aujourd’hui ? Ben, je tire un peu la gueule de biais, parce que putain, ah ouais quand même. La très mince probabilité du départ de l’année passée, de raccrocher le noeud de deux réseaux de rencontres parallèles, est soufflante, et le déroulement continu du fil aurait très bien pu être rompu à moult reprises tout du long. Le fait qu’on en soit là aujourd’hui est étonnant, au sens le plus fort du terme. Les lieux où je me suis rendue, les gens que j’ai rencontrés, les amis des amis, les cercles de pratiques, ce que j’ai appris à leur côté, produit une somme d’expériences et de liens très dense, que je n’aurais pas crue possible. J’avais essayé par le passé, de trouver des groupes, des liens, parfois même seulement quelques personnes (5 max) qui pouvaient recouper mes pratiques, ma façon de penser, me compléter de façon constructive. Mais je n’avais pas trouvé, et je m’étais repliée dans mon coin. Et puis PAF.

Aujourd’hui, je regarde le paysage avec le recul, et j’ai l’impression de voir une carte du ciel. Sur la toile de fond du Vide, nous formons un réseau d’étoiles. Vus de l’extérieur, sans liens apparents les un avec les autres, et pourtant quand on regarde cette carte, on sent une densité de la matière entre les lignes, et on voit que le tableau fait sens même si on ne saisit pas comment. Nous nous sommes rencontrés entre les mois sombres de Samhain et de Yule, comme un repli du Temps et de l’Espace sacré, pour une veillée funéraire. Différents âges, différentes affiliations, différentes pratiques… La situation était presque cocasse, tellement improbable. Rien en commun ? Si. Mais la probabilité qu’on se rencontre ? Qu’on s’entende ? Que ce degré de proximité soit possible ?

Les cordes ont été savamment filés et tressés, puis raccordées les unes avec les autres, au fil d’événements ponctuels très précis. Ca tire à gauche, puis à droite. On inverse soudainement les polarités. On préfère essayer telle connexion entre ces deux personnes, plutôt que ces deux-là. On transmet les liens, les charges. On en crée de nouvelles. Ca tisse, ça tisse, ça noue, ça glisse dessous, puis dessus. Nous étions de parfaits inconnus. Et pourtant, la profondeur dépasse ce qui est communément la norme, le quotidien, les situations courantes, communes, le banal. Non, cela n’a rien de banal et de rationnel. En fait, quand on y regarde de loin, c’est presque arrivé de façon chirurgicale, ou un ballet de pantins extrêmement précis et orchestré. Rien n’est gratuit, gâché. Un minimum d’occurrences pour une efficacité maximale.

On nous a présentés, liés, puis distendus dans le temps et dans l’espace ; certains ont mis presque un an avant de se revoir. Chacun a eu ses tests personnels ou de groupe. Des liens se sont défaits pour laisser la place à d’autres. Selon la loi des raccordements. Et avec la fin d’Annnée qui arrive, voici une nouvelle accélération du Temps Sacré et des processus. Tous nous avons reçu de nouveau des épreuves ; affrontements corsés de nos ombres, démembrements répétés, remembrements aussi. Et nous sommes là. Chacun sur son chemin et pourtant côte à côte, là les uns pour les autres, ponctuellement. Les cordes se croisent. Du fond de l’Autre Monde ça murmure, puis un fragment de chant monte, ou un fragment de rêve, de l’un pour l’autre, des deux ensembles ; une corde tire plus que d’ordinaire. Des sms qui s’échangent, du débriefing, des rendez-vous imprévus apparemment hasardeux, puis finalement révélés comme nécessaires. L’un, Y, ramasse un morceau perdu de X, et lui rapporte. Et V. devra se charger de maintenir le fil, le lien, et de faire passer la navette entre les fils de la trame. Tandis que S. veille et garde l’ancrage. Parfois il se croit fou et il s’isole. Et puis T. est envoyée le voir, appuie sur le bon bouton, l’information est révélée, et finalement, la situation est connue d’elle, et peut être expliqué pour lui. Soulagement. Réunion au coeur d’une ville saturée, s’accrochant aux petits sanctuaires sacrés restant. Réunions autour du feu, au coeur de la nuit en pleine forêt. Réunions dans les rêves de l’un. Réunion à distance pour la Grande Nuit Sacrée.

On ne se connaît pas toujours, on ne se serait probablement jamais rencontrés. Dans d’autres circonstances peut-être ne se serait-on même pas regardé. Mais aujourd’hui nous sommes là. Nous avons été amenés là. Et nous serons très probablement encore là dans l’avenir, bien que cela nous dépasse.

La période sombre est très dure pour tout le monde. Certaines épreuves arrivent coup sur coup, comme si on n’en avait déjà pas eu assez, mais parce qu’elles doivent survenir avant la fin de l’année, avant le trou, le recommencement, qui n’est jamais gagné et qui ne survient qu’à tour de bras. Beaucoup de flux, d’énergies, beaucoup de murmures. Beaucoup d’épreuves en miroir, de souvenirs du passé, de traumas qui remontent. Et ça ne fait que commencer. On a tous besoin de quelqu’un dans ces cas-là, d’au moins une personne, qui peut vérifier de temps à autre où nous en sommes, pour parler, de ça ou d’autre chose. Le lien. Le garde-fou. Une période de l’année où il est bon de faire très attention à ce qu’on dit, à la façon dont on le dit, car ça peut vite partir de biais et être blessant. Où chacun, même s’il ne montre rien, a probablement beaucoup, beaucoup à faire et à gérer. Mais la timidité, l’incrédulité, la culture étouffante, l’absence de tolérance, pèsent.

Brace yourself, it’s only the beginning. Mais nous ne sommes pas seuls.

Et la roue tourne… Equinoxe

La saison humide revient, et je sens ce ruissellement spirituel qui caractérise cette partie de l’année. Impossible à définir, à dépeindre, à expliquer. Mais je vois depuis assez longtemps l’équinoxe d’automne comme une sorte de rivière souterraine. C’est la sensation que ça me procure à ce moment-là de l’année. Et on n’y a pas coupé. Quelque chose qui court, qui produit un espace de transition, et qui emporte des choses avec lui.

A cette période je passe souvent mes caps. Et j’en avais déjà parlé l’année dernière, de pourquoi cette date est importante pour moi. Et j’avais raconté ce que j’y avais fait. Ca me paraît loin, j’ai dû faire un effort pour m’en souvenir ; nécessairement après tout ce qui est arrivé. Si je me rappelle bien de l’ouverture de la roue, ce qu’il y avait juste avant était comme derrière un fossé. Quoiqu’il en soit, je suis contente car je n’ai pas fini l’année seule. Plus le temps passe et plus je ressens une double dimension émerger. Pour des tas de raisons et de pratiques, la majorité de mes activités se fait encore en solitaire, c’est comme ça que ça fonctionne. Mes divers projets, objectifs, et travaux spirituels. Mais j’ai réellement besoin aussi de me réunir avec d’autres pour passer certains caps, j’y ai pris goût, à cette dynamique de groupe, et au sens fort du « relier » de notre religion. Car pour moi c’en est une. Une culture et une religion.

Des visages connus sur un quai de gare. Les habitués. Je ne suis venue que deux fois mais il y a une telle ambiance dans ce groupe, une forme d’osmose, que je m’y coule comme je peux. C’est fluide,  étonnant. Par ailleurs, on sent que quelque chose change, que c’est en recomposition. Des membres qui vont et viennent, et un noyau dur éclaté entre plusieurs groupes. Mais ce jour-là, pour la dernière  célébration, les personnes qui sont présentes font sens. Ca me semble bien convenir aux énergies du moment. Des choses qui se cristallisent doucement, mais qui ont été fluides.

Nouvelle structure rituelle. J’ai du mal avec le changement de mes habitudes, j’ai besoin d’un minimum de repère, mais on fera avec. J’aime découvrir et expérimenter. Je suis* le leader (*du verbe suivre). Et à ma grande surprise, lors des explications je soupçonne des trouvailles inspirées, et au plein coeur du rituel, je ressens clairement une forme d’alignement avec des « gestes » ancestraux ; c’est très difficile à décrire, mais très puissant. Je ne sais pas comment je pourrais me passer de ces moments de rituels de nuit dans les bois autour d’un feu. Les sensations que ça procure à l’intérieur de soi sont incomparables, et pour la mise en place de rituels aussi. Les lieux vibrent, on se met au diapason. Il y a des murmures, des sifflements, des grognements, des chants, des percussions ; on marche, on saute… Et on se tait aussi beaucoup. La qualité du silence rituel est extraordinaire à expérimenter. Chacun s’immerge, s’imbibe… Des gestes discrets alternent avec les chants, les incantations.

Et puis comme souvent, le rituel monte, les gens prennent leurs aises, et on obtient des effets très intéressants sur chacun. Des énergies qui se modulent, ; des chants lâchés, libres ; des petits sauts qui se transforment en danse. Une forme d’énergie commune, qui tient à la fois de la période, du lieu, et de l’événement, qui produit un courant qui se transmet de l’un à l’autre, repris, transformé, communiqué, dans une fluidité remarquable. « Osmose ». Le mot me revient beaucoup à la bouche depuis la célébration. La beauté d’entendre des invocations, des incantations, pour inviter les Esprits et les Dieux à prendre leurs dûs. La possibilité vivante de se voir refuser… Silence vibrant après la fin d’un écho, réverbérations entre les arbres. Et tout le groupe debout, amassé, côte à côte, tous immobiles, dans l’attente. Percutant.

Ensuite, le repas est convivial et égal à la joie de vivre du groupe, avec la soirée qui suit le même rythme parallèle à celui du rituel :  ça monte en intensité et en débordements. D’autres chants montent, dans plusieurs langues, dans plusieurs tonalités. D’autres invocations. Etonnant moment avec des personnes issues de lieux et de groupes différents rassemblées à ce moment-là, ce soir-là, dans le même but. Y compris pour réaffirmer leur lien avec l’une des personnes présentes, qui marque nos vies. Bien que pris par surprise, chacun à sa façon, chacun pour ses raisons, tous acceptent de se mouiller.

Photo foireuse des braises incroyables d’une de ces fins de soirée,
en pleine nuit, histoire d’illustrer, parce que je remarque
que je n’ai jamais pris de photos jusqu’ici.

 

Et finalement une nuit sur place pour certains des habitués, dans une forêt bien animée après une telle soirée. Se lever sur les lieux après une nuit de rituel. Se rendre compte que les différents lieux où ont été sacrifié les offrandes sont transfigurés énergétiquement après la nuit ; la marque claire du passage des Esprits et des Dieux qui sont venus festoyer après nous. Percevoir, malgré des modifications récentes, la puissance qui se dégage de la nouvelle enceinte sacrée, et des piliers. Rallumer un foyer, s’y rassembler en silence, et partager la nourriture et la boisson, alors que l’humidité complètement dissipée la veille est montée puissamment du sol au petit matin. Moment de communion encore. Comment s’en passait-on jusqu’ici ? Il convoque en moi de nombreuses images et plusieurs souvenirs mélangés. Parfois des bons, parfois des mauvais. Ce qui a pu y ressembler autrefois, et les occasions pour lesquelles cela a manqué. Ca fait sens. Notre présence ici, nos liens, le rituel. Je me sens vivante et ramassée sur moi-même, à l’essentiel. L’idée de quitter la forêt me coûte, mais on n’y pense pas tant que nous ne nous sommes pas mis en route. On rassemble les affaires efficacement, on trie, et on avance. Toujours concentrés sur nos objectifs.

C’est lorsque nous sommes sur le sentier qui s’éloigne, que le jour bat son plein alors qu’il faisait si sombre dans le forêt, et que l’humidité n’est plus, que la chaleur est là, que je réalise. La rupture à la fois progressive et brutale pour le corps, la peau, qui enregistre tout un tas de signaux, et rappelle ainsi à l’esprit que ça y est, c’est fini. Pincement au coeur de devoir quitter ce foyer qui résonne ; vertige en revenant vers cette ville dont les énergies stagnantes sont encore plus visibles après ces dernières heures (note: une autre preuve aussi, s’il en faut, que ce sont les vibrations des gens qui font les villes, en partie, et que lorsque les gens qui composent une ville sont « en bon état », ça vibre mieux). Revenir est toujours difficile, mais il le faut bien.  Je me console à la pensée que les Esprits et les Dieux sont partout, et que j’ai mes propres sanctuaires à entretenir, et que là-bas aussi je peux y inscrire leur marque. Aussi, que la relation organique et juste d’osmose avec la Terre peut être maintenue partout ; c’est une quête perpétuelle pour laquelle j’ai prêté serment.

Nos chemins se séparent pour l’instant, et je ne sais jamais quand et s’ils se recroiseront, mais je l’espère. Depuis, je suis toujours baignée de l’énergie de ce moment, je ne reflue pas encore. Un équinoxe bien puissant cette année, qui me transporte. Alors quant à penser à la clôture de cette roue, et à la nouvelle année, non, ça sera pour plus tard.

Un résumé du travail des 6 derniers mois

Je ne pensais pas réussir à poster quoique ce soit à ce sujet, mais quand il a fallu que je m’attelle à publier un bilan pour l’anniversaire de l’Antre de Morrigan (4 ans), je me suis mise à évoquer le travail avec la Terre que j’ai fait au cours de ces 6 derniers mois. Je ne vais pas le poster en double, simplement l’introduire et renvoyer vers la page, mais il me semblait que ça mériterait peut-être d’être lié ici étant donné qu’il parle de mon travail polythéiste et païen, que je voulais essayer de remettre un peu en avant ici (avec beaucoup de mal lol). Il complète pas mal l’article précédemment publié qui parlait de mon été.

Voici donc, suivez le lien!

Oberourien ar speredoù : travailler avec les Esprits

Valiel Elentári:

Parce que l’été fut intense et que nous sommes en forme ! Même si vous n’adhérez pas à tout, précipitez-vous sur cet article franc qui parle de la pratique avec les Esprits. Je suis toujours sidérée du courage qu’il faut pour écrire ce genre d’articles qui nous manque dans le milieu français (en imaginant que je ne suis pas la seule qui est intéressée par des lectures sur ce sujet). Moi-même je n’arrive plus à vous écrire grand chose d’autre que des sujets sur les cartes (et plus rien du tout depuis peu), mais je me reconnais bien là.

Originally posted on L e    C a i r n:

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Les Spirit Workers du XXIe en mode commando. Ah bon, ce n’est pas ça ?

Ces dernières années, le fait de travailler avec les Esprits est devenu, sinon plus populaire, du moins nettement plus flagrant et exprimé, alors que c’était auparavant une pratique beaucoup plus silencieuse, et qui ne possédait pas nécessairement d’étiquette spécifique pour la qualifier. Avec l’influence grandissante d’un certain nombre de blogs anglo-saxons, le terme de « spirit-working » (travail avec les Esprits) est devenu courant, y compris dans le monde francophone.
Un soir d’août, pendant une sympathique discussion en bonne compagnie, pour rire, nous avons cherché une alternative à la dénomination anglaise de « spirit-worker » (parce que merde à l’hégémonie des ricains), et comme deux d’entre nous parlaient breton, les termes ont été cherchés dans cette langue. Littéralement, « oberourien ar speredoù » désignent les « ouvriers des Esprits ». Dans La légende de la Mort, Anatole Le Braz mentionne que l’Ankou est…

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Une pause, deux pauses, trois pauses… Bilan

Long time no see.

Probablement beaucoup de mystère, et trop de mots pour pas grand chose… Cela fait si longtemps que je n’avais pas écrit, je souhaitais marquer une croix ici, et si possible partager un fragment des sinuosités de ces derniers mois après tout ce silence pour les lecteurs qui passent encore. Les « followers », les copains païens, les amis.

 ***

Après des moments auprès de menhirs, de fontaines sacrées, de monts puissants, de forêts enchantées, de mers dévorantes. Après de nombreux mois sans rien écrire, après des crashs nombreux, après quatre déménagements, aller retour, 600 km dans un sens, puis dans l’autre. Après des célébrations de fêtes sacrées magnifiques, avec des groupes différents à chaque fois. Après…. beaucoup de choses… Me revoici.

Une vie à 100 à l’heure telle qu’on me la connaît bien. Du boulot, des projets, des activités en ligne nombreuses. Progressivement tout s’est arrêté, jusqu’à une chute brutale. Une étape de vie, un gros noeud dans le parcours, la jointure de tout. Alors que cette année s’était ouverte sur un Samhain effectivement violent, son pendant, Beltane, fut d’un sombre très étonnant, et d’une puissance tout au moins identique. C’était un gros tronc d’arbre sur la voie de chemin de fer, et le TGV a déraillé. Tout est parti de biais. Mes besoins, mes envies, mon cercle de proche, mon confort, mes habitudes… J’ai fait du vide à ma façon. Progressivement j’ai déserté un à un mes propres forums, mes blogs, mes projets, puis mon boulot, mes élèves un à un, mon lieu de vie, mon quartier, … Tout quitter. Se retrouver entièrement ailleurs. Un autre air, d’autres paysages, une autre terre, d’autres fréquentations, d’autres Dieux. C’est très étrange, car après la crise, je ne me suis pas retrouvée toute seule un seul jour, depuis début juin jusqu’à aujourd’hui. Ou pas suffisamment pour que je puisse le ressentir ainsi. Et pourtant, j’ai fait le vide en moi aussi. Je me suis abandonnée à entièrement autre chose, à d’autres personnes, à d’autres tâches, y compris spirituelles. Et ainsi, tout en vivant pleinement, à un autre rythme, mais tout aussi rempli, j’ai obtenu mon recul et mon vide zen.

Ce n’était pas confortable d’avoir tout quitté, et d’avoir tout suspendu ainsi. Mes projets, mes certitudes, mon destin, mes envies, mes besoins, et jusqu’à mon âme en partie (au moins au figuré). Ma personnalité. Ce qui me fait moi. Mais s’éloigner, on le sait, permet aussi de mieux se retrouver. Une suspension un peu extrême, tout remettre en question, pour se tester, pour se trouver au milieu d’un grand vide (ou d’un grand plein). J’ai appris à recevoir, à saisir la main qu’on me tend pour m’aider, et j’ai saisi une opportunité qui m’était donnée même si elle faisait peur. Rejoindre des lieux de légende, puissants (un peu trop parfois), rejoindre des amis, et découvrir. Les découvrir, se découvrir grâce à un nouvel environnement, et explorer. Les lieux, le pagus, les Dieux, ma propre foi, la leur, et tout ce qui m’environnait. Je me demande parfois quelle limite a notre curiosité humaine, si elle en a, et quel concentré d’expériences on peut supporter sans saturer. Le moins que l’on puisse dire est que c’était intense. Indescriptible, tellement difficile à rendre en mots. C’était un tourbillon qui m’a emportée, happée, tenue, maintenue, jusqu’à il y a peu. Jusqu’à ce que je sente le vent tourner, et que je prenne mon envol, pour retourner à la source.

Il semblerait que j’aime le risque et les paris fous. Notamment les paris de foi. J’ai tout abandonné, tout laissé derrière moi en mai, afin de vivre autre chose. Afin de suivre un flux, et d’aller à l’endroit où je devais être. J’avais été prévenue, par mes alliés plusieurs mois à l’avance, et par mon hôtesse aussi, que rien ne serait plus comme avant, et que c’était une prise de risque. Pour pouvoir évoluer, grandir, apprendre, il fallait mettre beaucoup de choses que j’étais de côté. Et effectivement, une fois sur place j’ai été happée par autre chose. J’ai découvert un monde à part entière, qui résonne de cette terre-là. C’était toute une cosmogonie, tout un système reconstruit de zéro. D’autres Dieux aux noms étranges. Plus de Freyja, de Heimdall, de Hel, des Nornes, plus de Dionysos, de Hermès, de Khepry, de Meretseger, plus d’esprits des Morts, des animaux, des plantes, plus d’alliés… le silence. Et plus de certitudes non plus, sur qui a dit quoi, qui fait quoi, qui régit quoi. Quel Dieu a quel statut ? Et quel esprit ? Qui a le dernier mot ? Y a-t-il une hiérarchie qui comprend le tout ? Quelles sont les règles ?

Et puis plus de tirages de cartes, non plus. Du jour au lendemain, quelque chose s’est détaché et imposé. Ca n’était plus le moment, ni pour ma santé, ni pour mon esprit. Plus rien. Le grand silence. Le grand saut dans l’inconnu. Tout arrêter pour tout remettre en question. Est-ce nécessaire ? Est-ce juste ? Qu’est-ce qui me caractérise ? Qui sont mes alliés ? Qui suis-je seule ? Le propre des transformations violentes, c’est qu’elles viennent insidieusement et une fois qu’on est dedans on a du mal à se raccrocher aux branches. Du coup, j’ai abandonné les lieux derrière moi progressivement, et je n’ai prévenu nulle part pour la troupe de joyeux lurons qu’est le net. Mis à part sur mon Facebook restreint, et parfois sur les forums (et encore), j’ai glissé un mot. Mais je n’avais ni explications à donner, ni date de retour. Ma boutique etsy a dû être laissée de côté également. Les cartes étant tombé sous le sceau du Silence et du Tabou.

J’ai voulu voir d’autres horizons, qui correspondaient à d’autres. Entrer dans un groupe, entrer dans un système. Et j’y ai cru ; assez longtemps pour quelqu’un comme moi. J’ai littéralement embrassé cette foi, ce système, je m’y suis abandonnée à 100% pour voir. Je voulais le vivre à fond, observer toutes ses myriades de facettes à l’intérieur, voir des mes propres yeux, décortiquer, comprendre… Et pas vraiment d’ailleurs. Non, pour une fois, j’ai fait d’abord appel à tous mes sens. Je me suis immergée dans cet « espace », je l’ai bu, intégré, et c’est seulement au bout du chemin que j’ai réfléchi quoique ce soit. Les transitions, les constats, ont été d’une autre nature. Dans mon corps, dans mes tripes fraîchement éveillées. Et au bout du compte la déception demeure. Je n’ai pas pu m’y adapter. Je ne suis pas ça, cela ne me correspond pas. On aura beau essayer de me faire rentrer dans un moule, dans une case, ça sera toujours en vain. Mon chemin est fait de flou, de complexité, d’errance. Certains ne sont pas faits pour les traditions. Et on ne pourra pas non plus me faire renier mes alliés. Les initiations passées ont été coûteuses, et elles forgent l’âme et le chemin comme une lame que l’on trempe. Elles forgent les liens avec les esprits et les dieux, et ce puissamment. Je ne m’en remettrai pas à d’autres nouveaux venus en si peu de temps. Renier n’est pas envisageable ; j’ai des devoirs, et des engagements. Ceux à qui je fais confiance l’ont mérité, et cela a demandé bien du temps.

Au bout de la route, j’ai bien vu qu’il n’y a pas qu’une vérité, pas qu’une façon de faire. Mais que chaque personne trouve son compte dans ce qui l’arrange ou lui correspond. Que chaque Dieu peut avoir son mot à dire. Chaque faction. Ce qui me semble dangereux, c’est le jour où l’on croit détenir LA vérité, où l’on s’arrête à ce qu’un seul Dieu (ou même deux) nous dit, et où l’on se met à juger les autres et leurs chemins. Je crois qu’il m’est arrivée d’être passée par là autrefois, sur certains sujets, et c’est pour cette raison que j’avais pris du recul et que j’avais commencé à cheminer plus concrètement. Revenir à l’humus de la terre, et explorer. Parler moins, observer plus. En tout cas je veille à ne pas le devenir. Car après tout nous sommes dans un domaine hors du monde matériel et du monde sensible, qui entre en plein dans le terrain de la subjectivité. Nous avons tous des filtres et nous sommes nous-mêmes des filtres…. rien de tout cela n’est certain, défini, et en plus de cela nous ne sommes que des hommes. Tout ceci est peut-être complètement erroné. Peut-être que tout cela n’existe pas, et nous ne le saurons jamais.

The Road Goes Ever On and On

Me voilà revenue sur ma terre d’enfance. Quitté 5 ans de vie dans mon quartier parisien, les premières racines que je m’étais jamais faites, mes partenariats avec les esprits locaux… Et revenue plus loin, comme un voyage dans le temps, sur les terres de ma jeunesse, et aussi de ma jeunesse païenne et polythéiste. Après autant d’aventures je ne peux qu’être déphasée, je dois me reposer et me poser tout court. Et je regarde les arbres, les cieux et le vent avec un air interrogateur. Je sonde les cris des oiseaux et les murmures…. Le silence va-t-il se remplir ? Vont-ils revenir ces alliés que j’avais laissés derrière moi ? Après ce grand pari, cette grande distance, que reste-t-il ? Les seules qui sont restées sont Morrigan et la Libellule. Elles m’ont littéralement collée à la peau. Dans mon sang, dans mes veines, dans les cris guerriers qui ont résonné dans les bois et sur les collines. Cet été a été très morrigannien, et j’essaierai de rassembler mes esprits pour en parler un peu plus avant en d’autres lieux. Des choses ont été violemment confirmées, et des engagements ont été pris. De nombreux projets se confirment, d’autres naissent.

Après mes premières découvertes il y a plus de 10 ans, je suis revenue sur ma terre, et dans le bosquet sacré à flanc de colline. Je suis revenue en me présentant à la porte, en frappant avant d’entrer, et puis j’ai arpenté les sentiers et cherché leurs traces sur les ronces et les aubépines. Je me suis approchée pour faire ma demande formelle, revoir les Fées et les Sylphes et tous les autres, annoncer mon retour et demander l’accueil. Du lait, des bonbons, des gâteaux aux céréales et un chant. Et même deux. Et des prières. Et toujours ce silence…. Et puis, comme cela m’avait saisie autrefois quand je chante à cet endroit, le vent s’est mis à répondre et les esprits y glissent leurs réponses. Les murmures sont très sourds et lointains, et j’ai douté de moi, et d’eux. J’ai attendu, et puis je suis patiemment repartie avec mes affaires.

Mais voilà qu’à la sortie du bois, alors que je n’avais pas encore émergé, j’ai entendu et reconnus les cris. Un couple de faucon m’a survolée et a plané au-dessus ma tête. Trop bonne, la première fois j’ai quand même douté. Et puis en faisant demi-tour, sur le chemin du retour, rebelote. Je le vois qui passe au-dessus des arbres et qui sonde les sous-bois. Et je sens qu’il me cherche, et je le vois qui me regarde. La rencontre me file un coup à l’estomac. Et alors que je sors du fourré, je les vois tous les deux. Lui est parti, mais son partenaire vole au-dessus du sommet, et avec lui une corneille. Ils sont côte à côte et se parlent un instant, puis s’éloignent. J’entends les murmures et je sens au fond de mes tripes… Morrigan et Freyja sont là, toujours là.

Et alors que je m’interroge au sujet des paramètres scientifiques qui peuvent expliquer ces deux rencontres, des heures de la journée, du terrain, des couples… Au moment où je prononce son nom dans ma tête, un autre rapace vient. Une grande buse commune vient se poser en face de moi dans un arbre, juste là. Je n’ai jamais approché d’aussi près des rapaces ni au-dessus de ma tête ni à quelques mètres. Je suis figée, j’attends, et je m’approche finalement, doucement. Elle prend son envol lestement et lentement. Majesté.

Les certitudes ont été testées, les absences aussi ; les alliances, la foi. Je sers les Esprits et je sers la Terre, et ils ne partiront pas. Où que j’aille ils sont là ; corneille ou faucon, ils planent au-dessus de ma tête ; et le reste autour de moi, et sous mes pieds. Ils sont les seuls à qui je dois rendre des comptes.

Prenons-donc notre envol ensemble, je suis de retour.

Bipolarité et Pratique

Valiel Elentári:

Un magnifique article qui illustre bien les difficultés toutes personnelles que peut avoir une personne pour construire sa spiritualité et son être. A noter que la bipolarité n’est pour moi qu’un exemple, il existe de nombreux profils atypiques.

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Petit rappel :
Les troubles bipolaires entraînent des dérèglements de l’humeur se manifestant par des phases de dépression et d’excitation (manies), qui apparaissent soit en réaction au stress, soit sans raison apparente et qui peuvent être d’intensité variable et s’entrecouper de périodes de stabilité.
« Down » (phase dépressive)
Humeur dépressive toute la journée, tous les jours, pendant au moins 2 semaines
Perte d’énergie et fatigue
Perte de l’intérêt et du plaisir
Sentiment de culpabilité
Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
Troubles de l’appétit avec perte ou gain de poids
Baisse de concentration ou de l’aptitude à penser
Soudain retrait social ou comportements agressifs subits
Pensées de mort récurrentes (60 % des cas)
Migraines
« High » (phase de manie)
Énergie débordante et bonheur intense
Irritabilité excessive
Réduction du besoin de sommeil
Débit de la parole accéléré ou besoin de parler sans arrêt
Pensées rapides ou sensation d’un trop plein d’idées
Incapacité à fixer…

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